Mesure la hauteur de ton esprit à l'ombre qu'il projette

 

 

J'avais vingt-cinq ans quand j'y ai croisé Hubert Aquin qui venait d'être nommé directeur littéraire aux Éditions La Presse. Vous connaissez Aquin, Rachel?

- Oui, j'ai lu Prochain épisode au cégep.

- Il venait de publier Neige noire qui m'avait ébloui tout en me laissant perplexe. Lui ayant été présenté, je m'étais permis de lui donner ma propre lecture de ce récit que je comparais à un labyrinthe végétal extrêmement complexe, mais sans issue, dans lequel chaque branche et chaque feuille avaient été parfaitement taillées, comme un bosquet à la française. À mon avis, avais-je osé lui dire, il y manquait la petite feuille qui retrousse, une sorte de tolérance pour l'imperfection, toute humanité en ayant été évacuée. C'est pourquoi, selon moi, ce livre remarquable par sa construction ne pourrait jamais aspirer au statut de chef-d'oeuvre... Il fut surpris de mon franc-parler et nous prîmes grand plaisir à continuer cette discussion dans un bar autour d'un scotch, plaisir qui se renouvela maintes et maintes fois jusqu'à ce qu'il se donne la mort, deux ans plus tard, en 1977. Avec son sens de la mise en scène, il avait laissé le soin aux jeunes collégiennes de Villa Maria de découvrir son corps suicidé dans les grands jardins de cette institution d'enseignement

 

Envoyé par  : Josée Bonneville

 

Diane Jacob, Le vertige de David, Montréal, Les Éditions Triptyque, 2006, p. 20

Tous droits réservés © 2003 - 2008 IndexQuébec Inc.