Mesure la hauteur de ton esprit à l'ombre qu'il projette

 

 

On s'invente des jeux : elle tente d'entrer dans le four mais il est trop étroit, je parle avec le linoléum de la cuisine, elle s'ouvre une conserve de petits pois et les mange un à la fois... ça prend du temps... j'arrose les plantes avec de l'eau de Javel, elle parle avec des enfants dehors et leur offre des biscuits imaginaires, je tente de grimper aux murs comme Spiderman... avec un crayon (celui de Murielle), elle écrit le mot «papillon» à répétition sur un mur de la salle de bains... le couvre au complet; je m'installe près d'un miroir et lis des poèmes à l'envers, par exemple :(Saint-Denys Garneau)... elle joue aux quilles avec les bouteilles vides et un pamplemousse, je regarde cinq fois de suite le même film sans m'endormir, on fait l'amour dans des endroits inusités comme la garde-robe (les souliers font mal aux fesses) ou sous la table de la cuisine, entourés de plus de trente chandelles; elle met la télévision à l'envers (ça a brisé l'antenne), j'appelle des gens en pointant des numéros au hasard dans le bottin et demande Dieu... elle se déguise en moi et moi en elle... on s'arrange du mieux qu'on peut pour tuer le temps.

 

Patrick Brisebois, Que jeunesse trépasse, L'effet pourpre, 1999, p.103

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