Mesure la hauteur de ton esprit à l'ombre qu'il projette

 

 

- Facile, on m'a briefé cette nuit: je m'adresse à Edouard H pour "hardcore" Bond. Tu chroniques dans Bang Bang. Pas dans Nightlife, tu cadres pas lààbas, t'es trop vulgaire, ils préfèrent demander à une nobody ce qu'elle a comme fond d'écran, quel drink lui payer pour la saouler, c'est quoi la marque de ses gougounes, plutôt que de te laisser t'exprimer un quart de page, t'es vraiment trop grossier. T'as trois kids pis une vasectomie, pis ta chick te permet de doigter tout ce qui bouge, ça on le sait! Tu te fais dire que t'asun "souffle" comme écrivain, pis t'en profites pour t'enfler la tête avec ça; tu penses que ton roman (ou ta novella, dépendant le journal cullturel que tu lis) va changer la gueule de la littéraature québécoise. Comme un imbécile heureux, pauvre con. » 

Je m'apitoie pas pantoute sur mon cas icitte, je te le signale, je fais juste paraphraser ce que j'ai entendu. La plupart de ces syllabes sont authentiiques, t'as qu'à double-checker par toi-même sinon. 

«Bond, t'es qu'un m'as-tu vu. T'écris comme un attardé mental, on te voudrait même pas dins magaazines de Quebecor. T'as juste eu de la luck jusqu'à aujourd'hui, pauvre débile. T'es à des milles de la littérature! 

- La littérature? Malgré ce qu'a pu te raconter Marguerite fuckin Duras, ma Belle, chuis aussi la littérature. » 

Je me mords la lèvre d'en bas, pis je rajoute: 

« C'est bin Marguerite Duras qui a raconté ça, han?»

 

Edouard H. Bond, Prison de poupées, Coups de tête, 2008, p. 85

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