j’ai hiberné dans des rêves bleu pinard
dans des cauchemars y a plus rien à boire dans le
réveil de fange dans la course au premier alcool
du matin comme un soleil de printemps sur la
clairière du parc aux daims
arcanes de ténèbres
anneau feu blanc de cou avec chaînes qui
traînent dans la gadoue des sous-tables
oiseau noir phoque écorché albinos
rampant des cavernes où migrèrent jadis des
dieux amorphes crétin à la balançoire et le
dernier soir qui ne vient pas allo ! allo !
ici radio jungle ici radio fox trot d’asile de
nuit tu me suis ? albatros crucifix
l’enfer n’a pas de voisinage la
solitude c’est tout seul qui nage tout là-bas
en bas si bas que nous n’entendons pas ?
albatros royaume ensanglanté de bigorneaux
interstellaires qui font comme une exquise
confiture de pavane défunte sur un lit
d’astrolabes désaffectés
confession confession des tas d’excuses
surtout pas d’absolution
victime d’une obstétrique aveugle avec
lumière terrorisante ?
victime d’une erreur de transbordement
spatio-temporel ?
victime à sept ans de l’agression
d’une araignée velue qui court toujours sur les
parois rétrécissantes de la mémoire ?
victime à cinq ans d’un musicien des
rues qui violonnait «
Les
yeux noirs » ?
victime d’une déveine des parents de
tempérament d’éducation ? victime de son
temps des guerres qu’on a connues qu’on n’a
pas vécues qui laissent de ce remord qui fait
mordre qui laissent de vagues souvenances et de la
légende au kilo guerre des nerfs guerre de l’âme
la jamais entraperçue victime victime et quoi ?
oiseau estropié victime du chat noir de Dieu ?
du chat noir que Dieu lâche sur le pas encore né
quand ses divines hémorroïdes s’enflamment
dame ! à force de trôner victime tu parles
victime tu poétises depuis la base pseudo secrète
de la bouteille et tu vas chancelant d’un délire
petit bourgeois à des élans d’héroïsme niais
et ça parle de sagesse et ça joue le moine thibétain
ça se prend pour un extra-terrestre la boule de
cristal du Livre de tous les livres te tonitrue
dans la tête morphine la tête camisole la tête
coquille vide que parcourt inlassablement le Ver
alors on prie dans une pierre on cherche la
bonne pierre dans ce désert de pierres et on prie
dans la pierre
pour que vienne l’Iradouine
alors le fantôme du cadavre de père se
met à rire « c’est déjà ce que tu
radotais quand tu étais gosse vieux gamin va ! »
alors on n’est pourtant pas dans le cauchemar
alors on dit « la ferme ! t’es mort
tu savais pas » et le père se met à
ricaner et alors et ainsi et on a beau essayer de
retrouver l’enfant que paraît-il on fut ça
change rien ça n’arrête pas
j’ai hiberné dans mon Our
j’ai hiberné mille ans trois nuits dans
le haut du haut de l’Our
alors l’Iradouine
alors revient l’Iradouine
alors l’Iradouine parle et on entend
alors l’Iradouine désigne la montagne et
on va plus profond dans la montagne et on demeure
dans le vent de glace à écouter le silence
alors on a quelque chose à donner
on n’a rien
on donne le rien
alors l’Iradouine vient