Ami
lecteur, poursuis cette lecture, veux-tu
Ainsi main dans la main nous cheminerons
Ainsi s’accorderont nos voix
Et nos regards rimeront nos rêves
Tu déposeras ton regard sur ton voisin
Comme si tu voulais le faire renaître
Tu sortiras si tu es dans une chambre
Tu te pencheras à la fenêtre si tu es à la
bibliothèque
Tu te recueilleras dans la foule si tu
penses à moi
Tu m éditeras sur l’Homme devant le
premier passant venu
Tu méditeras aussi
Sur sa force, sur la terre qui le
soutient, sur l’agitation de son esprit
Tu regarderas la plante
Qui s’enracine chaque jour plus
profondément
Promettant de nouvelles feuilles
Tu regarderas les murs, les maisons
Ce petit garçon qui frappe dans un ballon
Cette femme très fière au bras de son mari
Tu tenteras d’entendre le concert de leurs
sens, d’imaginer leurs gestes
Et tu sauras ce qu’en lui fait la vie, ce
qu’elle fait de la vie
Tu regarderas la terre qui s’envole en
poussière
Et la poussière qui colle aux cheveux et
aux fronts
Tu regarderas la pluie qui tombe et l’eau
qui coule
Tu regarderas la boue avec laquelle jouent
les enfants
Tu plongeras ta propre main dans la source
et tu écouteras ton corps
Tu exploreras le sommeil et tu liras le
mouvement de ton esprit
Tu mettras ta main dans le feu et tu
verras si quelque chose en toi lui ressemble
Tu regarderas dehors et tu te regarderas
Ainsi tu sauras qui tu es
L’homme
attendait
Replié, ratatiné, abreuvé de lui-même
Rassasié par le cours des heures
Et comme un soufflet de forge allume le
feu
Transmuant la matière
La vie soufflait ses lèvres et ses joues
Où courait le frisson imparfait de
l’existence
Telle une fin de jour enquêtant sur les
besoins du cœur
Elle a trouvé un homme
Repu de nourritures passées
Indifférent au son de l’avenir
L’homme s’est laissé surprendre
Mais le mystique mort aux exigences de
l’autre
S’endort suspendu à une prière
La
puissance de l’homme paraît pesante à tout ce qui
l’entoure
Entendez craquer la terre sous ses pas
Et regardez l’homme
Au carrefour du rêve et de l’action
À l’intersection de la parole et de la
parabole
Avec dans la gorge une gravité de ton, une
solennité profonde
Regardez l’homme se lever et sourire à
lui-même
Regardez –le couper les heures
Ses yeux tressent pour son cœur la misère
d’autrui
Tous ses vœux sont frappés du sceau du
malheur à venir
Pourquoi retourne-t-il tous les jours aux
cendres de la vie
à cette frontière entre mouvement et néant
Est-ce une dictée qu’il écrit depuis son
premier cri ?
Passions
Haines en pâmoison
Ferments de l’esprit
Où est la ponctuation de ses actes ?
Tout se déroule comme la prière du soleil
Interminablement
Brusquement la lutte a une issue
Semblable à la fin d’un alphabet
Mais les lettres qui composent l’alphabet
Offrent l’infini, ouvrent le paradis
Que se passe-t-il dans la maison de
l’homme ?
Risques quotidiens, inconnus
Compter, évaluer ces risques
Tout dominer
Tout passer en revue
Tout faire pour l’homme
Peut-être en le rendant à son lieu de
naissance
Mais si l’homme ne sait pas qu’il pèse
lourd
Il sait que sa naissance le condamne
Où qu’il s’installe
À un surcroît de limites, de contraintes
Et chaque jour il s’enfonce un peu plus
dans la terre
Telle
une houle brûlante
Impérieuse, insidieuse
La douleur
Captant et captivant toute l’énergie
Comme pour refouler un souvenir
Rappeler un égarement
Un manque d’attention
Une négligence
Un geste inachevé
Ou quelque oubli méprisé malgré ses
spasmes
Semblable à un rappel
À la sanction de quelque légèreté
Ou d’une simple indifférence
La douleur plaide
Non pour le pardon de la faute commise
Mais pour la résurrection de l’esprit
engourdi
De toute une aventure enfouie
Menace avec véhémence
La main frileuse et fragile
Généreuse comme une terre de promission
Toujours
en alerte
La douleur
S’étend, se propage
Irradie et se fixe
Sans raison
Portant son message du centre de la paume
Jusqu’au bout des ongles
Effleurant os et cartilages
Tendons et articulations
S’essoufflant sur une ligne pour gagner un
mont
Raclant le revers
Visitant les phalanges
S’assouplissant dans les plis
Où elle jette ses aiguilles
Pour s’éparpiller tout d’un coup
Comme une poussière aveugle
Sur des doigts mille fois meurtris par son
passage
Et son spectre invisible
Investit tout l’espace de la main
Bonheur
indicible de l’homme délivré
Délivré du doute grâce à la foi
Grâce à l’espoir
Grâce à la tendresse liée à la magie
À la magie suprême de la félicité
De la félicité qui s’exhale dans
l’enchantement du Verbe
Du Verbe qui accueille tous les trésors
Ces trésors qui jaillissent des prières
Des prières qui labourent mes jours et mes
nuits
Nuits distillant des oracles
Jours dessinant le chemin de l’avenir
Dénombrant les dentelles des mystères
Comptant les pas de danse
Danse de l’homme en fête
Dans cette fête où se perd sa douleur
Grâce au répit qui le rend à la vie