mon père mange mes cheveux

 

l’hirondelle coupe mes jambes

 

je suis votre fille chauve

 

je range mes jambes hachées dans le tiroir avec mes dents

je cache mes ailes dans le corset

 

quand elles déborderont il me

 

 

***

 

 

 

j’aimerais écrire ce poème d’amour

mais mon oreille est le moulin qui moud tes mots

 

les reflets de lumière dans les plis de ta peau

les grains de sable que tu laisses entre mes draps quand l’hiver

                                                                                              asticote

la salamandre s’insinue se faufile le long du tympan

tes cheveux qui moutonnent dans la paume de ma main

 

***

 

 

tu presses ma lune pour en récolter le jus

 

le fruit rebelle ne donne que son désert

et je reste en courant

 

***

 

parfois mon ventre part en voyage

 

il se couche entre  les enfants

les écoute dormir

 

***

 

j’ai une valise dans l’âme

parfois je me réveille à côté de toi

je ne sais plus comment je t’ai rejoint ni où ni quand

 

***

 

tu me laboures

 

tu plantes des serrures des clés des poignées en laiton

j’accouche des maisons des jardins un asile

 

le coquelicot est une fenêtre sauvage

 

***

 

je relie les grains de beauté dans ton dos

 

mappemonde imaginaire

 

je perds la trace de tes pas

je t’écoute dormir

 

et je sais que tu n’es pas auprès de moi

 

***

 

j’entends les nuages naufrager dans l’armoire

et la lune s’effriter dans la cuisine

je passe l’aspirateur

je me colle des comètes sur le bout des orteils

 

*** 

 

 

Alexandra FIXMER