Égarement peul *

   

On ferme les yeux, c'est minuscule, on les ouvre, c'est une effervescence

Jamais le même décor avec les mêmes images.

Pourtant, la même lumière

Avec le chat sur la fenêtre, qu'est-ce qui vient ? des bruits de moteur ?

Le silence soudain, on ne sait plus trop

Quelque chose qu'on pourrait appeler son mirage

L'arbre, son tronc obscur, comme tombée du haut une lumière

C'est partout un espace plus vaste avec le bruit des feuilles
poussées par le vent

J'écoute. C'est le monde qu'on n'entend quand on se retire

Une route, le soleil de temps à autre, une voiture puis le silence

Maintenant, ici, pourquoi ? Que chercher d'autre ?

Des prés, des maisons, des montagnes, un cerisier ?

Comme un souffle du dedans, de ce présent

Une touffe d'herbes sèches à peine jaunie

Des cris, une légère chaleur, dans la clarté grise d'un jour quelconque

Un souffle, comme ça, on guette l'attente

Une porte s'entrouvre, on voudrait reconnaître une vieille habitude

Se demander qui attend.

Rien. Ce mouvement dans le paysage, venu sans crier gare

Une trace mouvante le jour qui vient et qui va

Jamais à la même place

Les bruits du jour s'effacent

On regarde ce qui reste sans comprendre

Ensuite, c'est le suspens

Retrouver cette solitude assise à la même place, le silence

Une sorte de vertige instantané me traverse les yeux

Rien n'a changé entre les mots, comment dire ensuite?

Entre clair et vide il y a une vague étincelante

Les paroles empêchent de se perdre

Dans les bouches les bruits se retirent au milieu des corps.

J'ai cessé d'être perdue et je laisse les images s'éloigner

Un triangle sur le mur, le soleil à ce moment précis me submerge.

Arrêtés aux lisières du vide, les mots s'installent

La lenteur des feuilles.

L'immobilité de l'herbe

C'est l'après-midi. Je vois monter de la plaine, la fumée du soleil, une
brume ténue

Un appel de prière, il est trois heures?

Sur le tronc d'arbre plus obscur, massif et gris

Des choses s'évaporent, jaune, l'espace commence.

Sans savoir d'où vient la lumière

D'autres bruits dans la pièce

Je ne sais plus qui est cette même voix d'absence que je comprends

J'écoute, je la reconnais, c'est comme si elle venait d'ailleurs, de très
loin,

Je vois le bout de l'instant qui m'échappe, m'appelle

Les ombres grincent, les couleurs plus vives ressemblent à l'orage

Écrire ce que je vois entre le regard et les choses?

Le matin et le soir, j'entends un bruit de source entre les pierres

Un balbutiement d'air et d'eau entre les mots

La lumière tenaille elle aussi,

Comme un fleuve invisible entre la rocaille et la nasse

 

* Peuple nomade d'Afrique

Nicole BARRIÈRE