Noël
Audet est né le 23 décembre 1938 à Maria, en
Gaspésie, à une trentaine de kilomètres de l’Anse-aux-Corbeaux
où, 50 ans plus tard, il fera vivre ses
personnages de L’Ombre
de l’épervier. Il quitte la Gaspésie en
1952, mais il restera toujours attaché à son
coin de pays comme en témoignent les cinq
romans dont l’action s’y déroule, en
tout ou en partie, et le fait qu’il y possédera,
jusqu’à sa mort, un chalet où il se rendra
tous les étés.
En
1962, il obtient une licence en lettres de l’Université
Laval et, en 1965, un doctorat de l’Université
de la Sorbonne, à Paris. Il enseigne ensuite au
collège Sainte-Marie, de 1965 à 1969, puis au Département
d’études littéraires de l’Université du Québec
à Montréal, de 1969 à 1997, année de sa
retraite. Parallèlement, il collabore à de
nombreuses revues, participe à des émissions
culturelles de Radio-Canada et poursuit une carrière
d’écrivain.
Noël
Audet publie d’abord deux recueils de poésie (Figures
parallèles, en 1963, et La
Tête barbare, en 1968), mais c’est comme
romancier qu’il se fait connaître. De 1980 à
2005, il fait paraître neuf romans dont le plus célèbre
est L’Ombre
de l’épervier (1988), qui raconte la vie de
trois générations d’une famille gaspésienne,
de 1919 à 1980. Environ 120 000 exemplaires
de ce roman ont été vendus à ce jour, sous huit
éditions différentes. De plus, une télésérie,
adaptée du roman, a connu un vif succès en 1998
et en 2000.
Quiconque
a lu les romans de Noël Audet sait qu’il est un
excellent conteur. Ce talent inestimable lui vient
sans doute de son oncle Donat, un anticonformiste
haut en couleurs qui a inspiré le personnage d’Arsène
dans Quand
la voile faseille (1980), son premier roman.
Noël Audet, enfant, était fasciné par les
histoires de son oncle et il a appris, en les écoutant,
une leçon essentielle pour un futur écrivain: la
manière de raconter est plus importante que
l’histoire narrée. Le conteur, chez Audet, se
double par ailleurs d’un polémiste très préoccupé
par les questions politiques (la question
nationale dans La Parade, publié dans la foulée du référendum de 1980) et
sociales (l’exploitation des pêcheurs gaspésiens
par les compagnies jersiaises, dans L’Ombre
de l’épervier, le choc des cultures amérindienne
et blanche lors de l’épopée de la baie James
dans L’Eau
blanche (1992), le suicide chez les jeunes
dans son dernier roman, Le
Roi des planeurs, paru en 2005). Ce côté polémiste
est servi par un humour souvent cinglant qui
tourne en dérision toutes les manifestations de
la bêtise humaine.
L’écrivain,
par ailleurs, a constamment cherché à se
renouveler en explorant différentes manières
d’écrire. Alors que L’Ombre
de l’épervier adopte une structure linéaire
(à peu près) traditionnelle, La Parade (1984) évoque, sur le mode de la farce carnavalesque, les
personnalités et les événements marquants des
années 1968 à 1980 et La
Terre promise, Remember! (1998) emprunte au
fantastique et au célèbre conte de «La
Chasse-galerie» en racontant les pérégrinations
d’un héros qui voyage dans le temps, de 1534 à
1997, sur le dos d’un cochon. Frontières
ou tableaux
d’Amérique (1995), par ailleurs, s’inspire des Tableaux d’une exposition de Moussorgski et est constitué de sept
récits qui s’articulent autour d’autant de
personnages prénommés Maria; chaque récit est
suivi d’une promenade
dans laquelle le narrateur le commente. Le
romancier se double ainsi de l’essayiste qui,
lui, s’est principalement exprimé dans deux
essais dont le premier lui a valu d’être nommé,
par La
Presse, personnalité de l’année du Monde
des livres: Écrire de la fiction au Québec (1990) et Écrire ce qu’il nous reste de liberté (2002). La dernière œuvre
de Noël Audet est un journal posthume intitulé Entre
la boussole et l’étoile (2006).