Si
voyager a déjà été synonyme d' «errer», qu'en est-il
maintenant? Voyager aujourd'hui ce n'est plus partir, c'est
revenir! Toujours revenir à son point d'origine. L'heure
n'est plus aux grands départs, sur le quai d'une gare ou
dans un port!
Reste-t-il encore des espaces non explorés ou des expéditions
innovatrices? Nicolas Bouvier, cet écrivain suisse qui
repousse les frontières, a écrit : «On croit qu’on
va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui nous
fait ou nous défait.». Tout laisser derrière soi et
recommencer ailleurs constitue une expérience de plus en
plus rare. Nos sociétés dites modernes n'ont-elles pas relégué
tout nomadisme à une ère révolue?
Tout
mouvement est placé sous le signe de l’aller et du
retour. Absence, éloignement ne sont que temporaires,
cycliques… Les transporteurs de plus en plus sophistiqués
ainsi que les nouveaux moyens de communication (cellulaire,
courriel etc.) ont aboli la distance, le lointain, l’éloignement…voire
l’inconnu! Toute destination comprend son retour. S'évader,
s’enfuir, échapper à son quotidien est de plus en plus
difficile; être dépaysé, de plus en plus improbable! Il y
a bien sûr ici et là des échappées. Même si le désir
de voyager pour quitter routine et agenda existe toujours,
il est, plus souvent qu’autrement, assujetti à une
planification rationnelle. De nos jours, les déplacements
s’accompagnent des mêmes turbulences que les obligations
personnelles et professionnelles! Le voyage n’est plus conçu
comme une occasion de remise en question et le contact avec
l'altérité ne provoque plus ni
interrogation ni bouleversement.
A-t-on
banalisé « l’ailleurs »? L’inconnu qui fascinait est
vite devenu documenté, apprivoisé et connu. Mais il est
vrai qu’on ne peut épuiser la réalité du voyage puisque
celle-ci occulte tout en dévoilant! Néanmoins cette réalité
campe l’imaginaire au cœur de l’ordinaire. L’un
passe, l’autre demeure; l’un peut devenir autre et se
transformer. Il
est des voyages où l'on n'emprunte pas les sentiers
habituels, où l'on invente son propre chemin pour faire
resurgir des signes ou des significations que la vie
ordinaire a usés ou effacés sous le familier, la norme.
Le
livre n’est-il pas un des derniers refuges de l’évasion,
une autre façon de voyager, de penser, de sentir, de
s'approprier le réel?
De redéfinir le projet d'existence qui se profile?
Certains explorateurs de l'immédiat font dans l'incident,
l'accessoire, l'infime tandis que d'autres, fascinés par
les jeux de masques, traduisent la fibre de l'effacement de
soi et de la double vie, des mondes parallèles et des
identités alternatives. S’évader avec les mots tout en
se forgeant un espace de liberté, n’est-ce pas ce qui
donne sens à l’expérience et contribue à renouveler
notre perception.
L’écrivain
n’est-il pas un des derniers aventuriers? Avec ses images,
il découvre de plus en plus de régions intérieures. Il décrypte
des zones d’ombre où se fondent les territoires de l’être.
Il est à l’écoute du grand périple de la vie vers
l’ultime, il en évoque certains contours. À la revue Mouvances,
les textes nous transportent de Namur en Acadie pour réinvestir
la mémoire. Ils nous proposent des incursions au Japon, au
Mexique, en Roumanie, en Colombie ou à Cuba… Ils nous
entraînent aussi vers l’Islande où se côtoient
histoires et légendes, d’où surgit un art poétique sous
forme de Carnet de nuit…
Laissons-nous interpeller par ces imaginaires, par ces
multiples langages.
La
revue Mouvances remercie toutes les collaboratrices et tous les
collaborateurs:
Carmen
Avila Jaquez, Emilio Ballagas, Tahereh Barei, Nicole Barrière,
Jean-Sébastien Belzile,
Claudine Bertrand, Piedad Bonnett,
Josée Bonneville,
France Boucher , Ekatarina Bouchoueva,
Marie-Ève Comtois, Margarita Contreras, Pierre
DesRuisseaux, Jean Désy,
Julie Dupuis, Alexandra
Fixmer, Jean-Pierre
Gaudreau, Liliane
Giraudon, Françoise Huppertz, Sébastien Lavoie, Brigitte
LeBrun Vanhove, Renée Legris,
Seymour Mayne, Bernard Mazo, Pierre Ouellet , Christine Palmiéri,
Jean-Mari Pître, Jean Royer, Jérémie
Soulier , Ioana Trica,
Tristan Tzara, Christophe
Van Rossom, Suzanne
Vanweddingen, Frank Villain.