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Sor Juana
Inés de la Cruz
Écrire
un texte court sur Juana Inés de la Cruz, dont le
vrai nom était Juana Ramírez de Asbaje, poète,
écrivaine, humaniste et autodidacte mexicaine, née
à San Miguel Neplantla en 1651, fille d’un
militaire espagnol et d’une créole mexicaine,
n’est pas une tâche facile, tant les thèmes
qu’elle a abordés dans ses nombreux ouvrages
–poèmes d’amour profane et religieux, essais,
lettres, villancicos (chants de fête), pièces de
cape et d'épée, textes burlesques, drames
religieux...– et dans sa vie elle-même,
dramatique et passionnante, foisonnent.
Sor Juana Inés de la Cruz, a vu le
jour en pleine inquisition importée
d' Espagne pour affirmer son contrôle religieux
au Mexique et en plein Siècle d'Or avec
Cervantes, Lope de Vega, Quevedo, Góngora, Calderón
de la Barca… et Baltasar Gracián, le Baroque…
les écrivains et les philosophes grecs et romains, tout un composé explosif pour une
femme avide de connaissance qui s’est fait
nonne, moins par vocation mais plutôt pour « la
négation totale que j’avais pour le mariage,
c’était ce que je pouvais choisir de plus décent
pour mon salut » (SJIC) et parce que
l’université, à l’époque, était réservée
uniquement aux hommes et elle, Sor Juana Inés de
la Cruz, avait été destinée à occuper une
place intemporelle et incorporelle dans
l’histoire de la littérature mexicaine et
hispano-américaine.
Petite surdouée, Juana apprend
à lire et à écrire dès l’âge de trois ans.
Elle étudie seule dans la bibliothèque de son
grand-père, apprend le latin en vingt leçons, ce
qui lui permet d’entrer au service de la
vice-reine, Dona Leonor María Carreto, épouse du
vice-roi Antonio Sebastián de Toledo, en 1664. Éblouis par son intelligence, ils lui font passer
un examen devant quarante lettrés de toutes les
facultés, ce qu’elle réussit brillamment. Son
confesseur, le puissant jésuite Antonio Núñez
de Miranda l’encourage à entrer au couvent des Sœurs Carmélites déchaussées pour qu'elle
se consacre à ses études; tombée malade à
cause d’une discipline excessive elle le quitte
pour le Couvent Santa Paula de l’ordre de
Saint-Jérôme. Vers 1689, elle écrit le
Neptuno Alegórico en l’honneur des marquis de
la Laguna et Contes de Paredes, un magnifique
ouvrage baroque qui lui permet de gagner le
respect et l’admiration des vice-rois, ses
mécènes. Souvent, grâce à ses dons poétiques,
on lui demande de composer des villancicos et des
sonnets pour les fêtes religieuses. Son premier
recueil Inundación Castálida est publié à Madrid, avant de l'être au Mexique. Elle meurt, à
l’âge de 44 ans, lors d’une épidémie de
peste, occupée à soigner les bonnes sœurs : on
lui avait interdit d’écrire, de lire et de
jouer de ses instruments de musique pour se
consacrer entièrement au couvent.
Sor Juana avait réuni une belle
bibliothèque de 40 000 volumes : musique,
peinture, langues, littérature, mythologie,
astronomie, théologie, philosophie… La vie entière
d' une femme du XVIIe siècle, consacrée en
solitaire à l’écriture et aux études (dans sa
cellule individuelle, il y avait aussi des
cartes, des instruments de mesure) ne pouvait
pas passer inaperçue . En 1690, l’Évêque
de Puebla, Fernández de Santa Cruz, édite
la Carta Athenagórica (ou critique du sermon du
Mandat), ouvrage théologique de Sor Juana Inés
sur la vie et l’œuvre du Christ où elle
contredit le théologien jésuite portugais, très
renommé à l'époque, Antonio Vieira (Lisbonne,
1608 – Bahia, Brésil, 1697); « Une lettre en
trop » déclare Octavio Paz. L'évêque de
Puebla, très préoccupé des réactions et
se cachant sous un pseudonyme (Sor Filotea de La
Cruz) adresse à Sor Juana la Carta de Sor Filotea,
une lettre comminatoire dans laquelle il invite
cette femme intellectuelle, à renoncer aux choses
de cette terre pour sanctifier le Ciel .
Pour se défendre, Sor Juana Inés de la Cruz écrit
sa Respuesta à Sor Filotea de la Cruz (1691), une
très belle lettre autobiographique – plus
d’une vingtaine de pages – où elle exprime sa certitude
qu’une femme peut très bien former son propre
jugement grâce à son raisonnement et à sa
liberté. Une autre lettre, Autodefensa Espritual
écrite à son confesseur, Antonio Núñez
de Miranda, témoigne aussi de cet esprit bien à
elle qui revendique si précocement les droits de
la femme.
La vie et l’œuvre de Sor Juana Inés
de la Cruz ont alimenté des fleuves
d’encre surtout au Mexique et en Espagne. On
peut lire en français :
-De Sor Juana Inés de la Cruz : Le
divin Narcisse précédé de Premier songe et
autres textes. Paris, Gallimard, 1987 ;
Poèmes d'amour et de discrétion. Paris, La Délirante,
1987 ;
-D'Octavio Paz: Sor Juana Inés de la
Cruz ou les pièges de la foi. Paris, Gallimard,
1987 ;
-De Jean-Michel Wissmer: La Religieuse
mexicaine - Sor Juana Inés de la Cruz ou le
scandale de l'écriture. Genève, Metropolis, 2000
;
-D' Émile Martel : Sor Juana Inés de la Cruz, Obras
completas,
Mexique, Editorial Porrúa, 1977, la traduction
Dizains et quatrains, Trois-Rivières: Lèvres
Urbaines 23, 1993.
-On peut aussi voir le film, Yo,
la peor de todas (1990), biographie réalisée
par María Luisa Bemberg qui dirige et écrit aussi
(avec la collaboration de Antonio Larreta) une
adaptation du livre d' Octavio Paz "Sor
Juana Inés de la Cruz".
La Colombie vient de dire adieu
à l'un de ses meilleurs écrivains, Rafael
Humberto Moreno Durán. Après 13 ans de travail
consacré à l’œuvre de Sor Juana qui
"est passée de la splendeur à la misère en
un drame d’un seul acte. Consciente du double rôle
qu’elle incarnait, comme femme et comme artiste,
la nonne l’exprimait déjà de forme lucide
quand elle soulignait la double nature de sa
condition". «En deux parties divisée /
j’ai l’âme en confusion: / l’une, esclave
à la passion, / et l’autre, à la raison modérée…
» (SJIC). Il a publié le roman théâtral
Cuestión de Hábitos, une histoire d’amour littéraire
: Francisco Alvarez de Velasco y Zorrilla
(1647-1704), un poète de la Nueva Granada (voire
de Bogota) tombe follement amoureux de Sor Juana
: « le poète amoureux tourne le dos aux
difficultés de la géographie, et donc à la
distance qui sépare la Colombie du Mexique, et
pour arriver à temps au rendez-vous avec sa bien-aimée, il lui suffit de lire et de tourner les
pages des livres de cette belle femme… Le dévouement
du poète est tellement grand qu’il ne cesse de
l’aimer même au moment où il se rend
compte que la nonne est morte depuis des années [...]
».
Margarita CONTRERAS
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