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Nous
avons reçu de Roumanie, le résumé d'une
recherche historique sur le dadaïsme réalisée
par un spécialiste des questions dadaïstes,
Ion Pachia-Tatomirescu; ainsi, nous en
livrons le contenu qui paraît pour la
première fois en français. En bref, on
peut énoncer que trois phases ont prévalu:
Le dadaïsme fut d'abord celui qui prit
naissance à Bucharest-Gârceni (Roumanie)
avant de devenir le dadaïsme européen de
Bucharest-Zürich et de se prolonger dans
la République mondiale du dadaïsme de
Bucharest (Roumanie), Zürich (Suisse) et
Paris (France), et de se perpétuer dans
le surréalisme (NDLR). Le
premier Dadaïsme, ou bien, le Dadaïsme
de Bucharest – Gârceni (Roumanie). L'attitude
d'avant-garde du dadaïsme, avec un
lyrisme programmatique-déssolennisé,
avec un langage qu'affrontent les normes
syntaxiques et topiques, fait son
apparition, pour
la première fois, dans la Roumanie des
années 1912 –1915, comme fruit de la
collaboration des jeunes poètes,
Ion
Vinea (Giurgiu-Roumanie, 1895 – 1964,
Bucharest-Roumanie) et Tristan Tzara (Moineşti-Roumanie,
1896-1963, Paris-France). Dans
une "phase de quête" en 1912,
l’esprit d’avant-garde
de très jeunes poètes de Bucharest, Ion
Vinea (Ion Iovanachi) et Tristan Tzara (Samyro
/ Samuel Rosenstock), se manifestent
dans l’élaboration et la rédaction
de la revue Simbolul
/ Le Symbole.
Ils sont encouragés et aussi aidés par
leur ami, le peintre / graphicien Marcel
Iancu (celui qui découvre "la
pictopoésie", qui assure la
"partie graphique" et – comme
"banquier de la revue" –,
"les fonds nécessaires à la
publication" parce qu’il
"avait des parents riches" – CrohL,
II, 366).
Les
trois font une très bonne impression à
l’élite de la poésie
parnassienne-symboliste de Roumanie de
cette époque-là, puisqu’à cette
revue, au Symbole,
collaborent les célèbres poètes de la
nouvelle poésie: Alexandru Macedonski,
Ion Minulescu, Iuliu Cezar Săvescu,
Adrian Maniu, Al. T. Stamatiad, Emil Isac,
N. Davidescu, Eugen Stefănescu-Est et
beaucoup d'autres.
On
n’exclut pas, dans cette période de quête
de ses collaborateurs remarquables au Symbole,
la connaissance d’Urmuz (Demetru Dem.
Demetrescu-Buzau: 1883 – 1923), "le
précurseur de l’avant-garde / de
l’absurde", juge / greffier à la
Cour de Cassation, de 1912 (cf.
CPes, 39).
Au
Symbole,
selon Ov. S. Crohmălniceanu, on
trouve le jeune poète Tristan Tzara (Samyro
– le nom réel du poète est Samuel
Rosenstock), "en dévastant tous les
accessoires du symbolisme." (Crohl,
II, 366).
Les poèmes publiés dans la revue Le
Symbole
(1912)
par Tristan Tzara (alias Samuel Rosenstock),
sous le pseudonyme Samyro, sont sous le
signe de la quête d’une voix propre.
Selon l’observation du critique littéraire
Eugen Simion, “l’adolescent de 1912 réintroduit
les symboles courants (le cercueil comme
messager de la mort, la mer éloignée, le
voyageur qui avance sur la rivière
de la vie
dans
la quête des grandes énigmes et de
blancs élans, l’éternel
et le douloureux
plus loin) dans
un schéma symboliste lui aussi prévisible
(Sur
la rivière de la vie);
on
remarque ici, sans difficulté, des échos
des poèmes de Baudelaire insuffisamment
assimilés;
Chant (publié
dans Le
Symbole,
ainsi
que Conte
et
Danse
de fée)
apporte l’image du Temps qui pleure en
cadence à la fenêtre de sa bien-aimée
et de l’amour
blanc
qui
meurt; on n’oublie pas non plus le
symbole du chiffre trois qui vient de
Minulescu…”
(SPT,
7 sq.). Avec
des poèmes un peu plus audacieux que ceux
de son "collègue de rédaction"
fait son apparition – dans la revue Le
Symbole
– Ion Vinea (qui signe avec son nom réel:
Ion Iovanachi). Dans un Sonnet
–
publié au Symbole,
no. 2 / 15 novembre 1912, p. 10 (cf.
Vop, I, 494):
Suprême
fleur de l’automne tardif, / S’éveille
aux horizons le soleil jaunâtre, / et
mystérieusement, comme dans les cellules
d'une prison, / Il glisse doucement parmi
des brouillards déchirés. // Sa pâleur
de neige s'étend dans le lointain / Et
dans le silence blond des rayons dispersés
/ Des odeurs de corolles vivantes /
Flottent, et viennent
nous entourer. // Pareils à des
sourires défunts / Sérénités de jours
s’écoulent, / Étés passés, s’en
vont avec l’azur. / De tristes yeux
suivent notre chimère / Regardent vers le
ciel les nues qui semblent / De roses galères
vers la Cythère.
(Vop,
I, 127)
–, le critique littéraire Şerban
Cioculescu constate "une mélancolie
un peu conventionnelle, fluence mélodieuse,
la maîtrise précoce de l’occupation
qui caractérise ces vers de débutant
habile." (CAlc,
25).
De la même manière "presque
classique" sont: le sonnet Lewdness
(angl.
"débauche" / "dévergondage",
"prostitution"), publié dans Le
Symbole,
no. 3 / 1 décembre 1912, p. 49, au titre
changé en Lowness
("abjection")
– selon le texte dactylographié du
volume de vers préparé en 1956 pour la
publication –, sonnet au vers final
duquel réverbère, on pourrait dire,
d’une manière d’avant-garde, Un
sphinx lascif embrassant le désert…
(VOp,
I 495 ),
la poésie Mer
(dont Şerban
Cioculescu nous dit qu’elle a des
vers "saturés du lexique des
romances de Minulescu" – CAlc,
25
–, mais, dans le cas de Vinea,
l’influence de Minulescu ne devient pas
comme chez Tristan Tzara
“influence-obssession” etc.
L’analyse des poésies publiées par
Vinea et Tzara dans leur première revue, Le
Symbole,
de 1912, prouve chez tous les deux une
qualité particulière de s’approprier
la grande leçon de la poésie
(parnassienne-symboliste) de leur l’époque.
Bien sûr, "le travail de rédaction"
au Symbole
"fatigue" les deux jeunes poètes
/ pictopoètes, tout en les déterminant
à renoncer à de pareils efforts à la
faveur d’un "repos". Mais
Ion Vinea et Tristan Tzara, les deux
jeunes rédacteurs-poètes bucharestois du
Symbole
de
1912 dans leurs fébriles vacances de
"repos lyrique" passées au
domaine de Gârceni-Vaslui,
entre les années 1913 et 1915 élaborent
la stratégie d’avant-garde-dadaïste,
tout en la concrétisant dans une série
de poèmes. Toujours à Gârceni, Ion
Vinea trouve pour son ami-poète du Symbole,
Samyro, alias Samuel Rosenstock, le
nouveau pseudonyme: Tzara;
il s’ajoute lui-même le prénom
Tristan; Ion Vinea avoue dans ce sens:
"Le pseudonyme Tzara, c’est moi-même
qui l’ai trouvé, en 1915, pendant un été
passé à Gârceni (Vaslui). Il a
tellement aimé le nom Tristan qu’on lui
a trouvé l’infame calembour Triste-Âne”
(VOp, 501). Pendant
leur travail dans la rédaction du Symbole
de 1912, les jeunes Tristan Tzara et Ion
Vinea, "fatigués" par les
exigences des collaborateurs d’élite,
mais aussi par l’élaboration de leurs
propres poésies (chez Vinea aussi dans la
forme fixe du sonnet), sentent impérieusement
"la liberté absolue" de la poésie
(de l’art), qui ne respecte aucun
"canon", aucune
"norme" / "règle";
dans leurs quêtes en ce sens, notamment
celles des vacances de 1913 – 1915, passées
à Gârceni-Vaslui, Ion Vinea et Tristan
Tzara inventent aussi "le jeu avec la
poésie" – comme dans le manifeste
quelques années plus tard: Prenez
un journal. Prenez quelques ciseaux /
Choisissez dans le journal un article qui
ait la longueur que / vous désirez donner
à votre poésie. / Découpez l’article.
Découpez aussi, avec attention chaque mot
qui / compose l’article et mettez tous
les mots dans / un sac. / Agitez
doucement. / Faites sortir les mots,
l’un après l’autre, en les rangeant /
dans l’ordre de leur sortie. /
Copiez-les consciencieusement. / La poésie
vous ressemblera. / Vous voilà un écrivain
très original / et doué d’une
charmante sensibilité...–,
"jeu" par lequel les mots
puissent entrer dans un mariage sans
frontières. "La
découverte" de deux poètes à
Gârceni-Vaslui,
leur nouvelle poétique d’avant-garde-dadaïste,
se concrétise dans leurs productions
lyriques datant de 1913 – 1915. Chez
Tristan Tzara il s’agit des poèmes: Invitation
("La forêt Gârceni, 1913" –
TzPrim, 43), Le
soir descend
("1913, Mangalia" – TzPrim,
28), À
la périphérie de la ville
("1913" – TzPrim, 30), Voix
("Bucharest, 1914" – TzPrim,
23), ***Je
raconte au jardin…
("1914" – TzPrim, 26), La
tempête et le chant du déserteur, I, II
(poème "1914" – TzPrim, 12;
la première partie du poème est publiée
dans Chemarea
/
L’Appel,
no 2 / 11 octobre 1915; la deuxième
partie, dans Azi
/ Aujourd’hui,
an III, 4 octobre 1934), Doutes
("1914
– 1915" – TzPrim, 38), Viens
avec moi à la campagne
(poème "Gârceni, 1915" –
TzPrim, 15), Chant
de guerre
("1915" – TzPrim, 18), Cousine,
fille de pension
(poème publié dans Noua
Revistă Română /
La
Nouvelle Revue Roumaine,
vol. XVIII, 11 / 21 – 28 juin 1915), Vacances
en province
(publié dans Chemarea
/ L’Appel,
no. 1 / 4 octobre 1915) et Dimanche
("1915"
– TzPrim, 33). Chez Ion Vinea, nous
avons dans l'objet de la discussion les poésies:
Éternité
("publiée
dans Seara
/ Le
Soir,
an IV, no. 1597 / 30 juin 1914, p. 1"
– VOp, I, 497), Fantaisie
("publiée
dans Seara
/ Le
Soir,
an IV, no. 1597 / 30 juin 1914, p. 1"
– VOp. I, 498), Chant
de nuit
("publiée dans Seara
/ Le
Soir,
an IV, no. 1639 / 11 août, 1914, p.
3" – VOp. I, 499), Chapitre
("publiée
dans Seara
/ Le
Soir,
an IV, no. 1639 / 11 août 1914, p.
1" – VOp, I, 500), Un
bâillement au crépuscule
(“publiée
dans Cronica
/ La Chronique,
an IV, no. 27 / 16 août 1915, p. 531”
– VOp, I, 501), Soliloque
("publiée
dans Cronica
/ La Chronique,
an I, no. 29 / 30 août 1915, p. 569"
– VOp, I, 501), Septembre
("publiée
dans Cronica
/ La Chronique,
an 34 / 4 octobre 1915, p. 540" –
VOp, I, 502), La
parade du départ
("publiée dans Cronica
/ La Chronique,
an I, no. 35 / 11 octobre 1915, p.
684" – VOp, I, 504) et Les
étoiles
("publiée dans Cronica
/ La Chronique,
an I, no. 39 / 8 novembre 1915, p.
762" – VOp, I, 506). Donc, l’été
de 1915, les deux jeunes poètes d’avant-garde-dadaïstes,
Samuel Rosenstock – appellé par Ion
Vinea, Tristan
Tzara
– et son "parrain" reviennent
de Gârceni-Vaslui à Bucharest, décidés
d’entrer sur le "panneau central de
la Poésie. Ion
Vinea et Tristan Tzara s’obstinent à
croire que "le jeu des mots"
qu’ils ont découvert peut être considéré
comme principe poétique / esthétique;
les deux s’obstinent de nouveau et
publient le premier numéro d’une
nouvelle "revue littéraire et
politique", l'hebdomadaire Chemarea
/ L’Appel,
où
ils voulaient faire connaître leurs
propres théories esthétiques et
productions lyriques, "antiparnassiennes"
/ "antisymbolistes". Le premier
numéro de la revue Chemarea
/ L’appel
"s’ouvre avec un Avertissement
incendiaire
signé par Ion Vinea, où
on proclame "l’abandon de tous les
dogmes et ankyloses" et la légifération
de la révolte "contre la presse,
vacarme immonde, et contre les lecteurs,
foule amorphe et brute de victimes honnêtes
et inconscientes".
(HDic, 76). C’est
en effet le premier manifeste d’avant-garde-dadaïste.
À côté de L’avertissement
incendiaire
de Ion Vinea, on publie aussi Vacances
en province
par Tristan Tzara: Au
ciel les oiseaux immobiles /
Comme les traces des mouches / Des
domestiques bavardent au seuil d’étable
/ Débris
des bêtes épanouissent sur la
route // Le monsieur en noir passe sur la
rue avec sa fille / La joie des clochards
au crépuscule / Mais j’ai chez- moi un
Polichinelle aux clochettes / Pour me
sortir de mon chagrin quand tu me trompes
// Mon Âme est un maçon qui rentre du
travail / Souvenir à l’odeur propre de
pharmacie / Raconte-moi, vieille servante,
ce qui était une fois, / Et toi cousine,
éveille mon esprit au chant du coucou //
Descendons dans l’abîme / Le Dieu qui
s’ennuie / Reflétons-nous dans le lac /
Au vert habit de soie // Soyons pauvres au
retour / Et frappons à la porte de l’étranger
/ Au bec des oiseaux dans la croûte
printanière / Ou bien, n’allons nulle
part / Deuil blanc à la vierge du voisin.
(TzPrim, 7 sq. HDic, 76). Selon
l’observation pertinente de Eugen Simion,
le jeune poète de Bucharest, de l’année
1914 / 1915, Tristan Tzara, "humilie
les sujets lyriques traditionnels,
solennels, mystérieux par des
comparaisons d’une banalité soignée; un
ravin / abîme
est quelque chose qui ressemble au
Dieu qui bâille;
l’âme
est un
maçon qui rentre du travail
(…), le
souvenir
a une odeur
de pharmacie propre…"
(SPT, 9). Ils
sont aussi évidents: "les
brouillages" de la syntaxe / topique,
"la bifurcation" du complément
circonstanciel de lieu (frappons: 1.
"à la porte de l’étranger";
2. "dans la croûte printanière"),
pour "le glissage" du héros
lyrique pareil au Beau Prince "au
carrefour"; "le dynamitage"
de la morphologie du conte roumain, la
dispersion des mythèmes dans tous les
points cardinaux du texte (La
Vieille Dame
du conte qui conseille et conduit vers la
réussite Le
Beau Prince
devient
"la vieille servante" interrogée
sur "l’existence du temps
mythique"; L’homme
Noir
des incantations roumaines est remplacé
par le
monsieur noir avec la fille,
"la profanation du ciel", les
oiseaux au bec de fer…
etc.) pour rendre vraisemblable "au
chantier" d’où revient "l’âme-maçon"
au nom du souvenir "à l’odeur de
pharmacie" (allusion à sa "décision
démiurgique" de "nettoyer comme
dans la pharmacie" dans l’espace de
la poésie), "choquer le récepteur"
par "la profanation" (le ciel
aux oiseaux immobiles comme les excréments
des mouches; "l’épanouissement des
ordures sur la route"; lac –
grenouille etc.), "le pouvoir" /
"la capacité de dictionnaire"
pour la "semaille" des mots dans
l'aréole du texte – résultat de la méthode
"du découpage du vocabulaire"
par les ciseaux d’un article de journal
("l'incision du quotidien"),
"les attentats
d'anti-signification" (reconnus par
Tristan Tzara, plus tard – le 30 octobre
1922 –, dans une lettre à Jacques
Doucet: "En 1914, déjà j'avais
essayé d'enlever aux mots leur
signification, et de les employer pour
donner un sens nouveau, global au vers par
la tonalité et le contraste
auditif." – TzDouce, 166 / v.
ChTz-1, 161 sqq.) etc. Dans
le deuxième numéro de la revue Chemarea
/ L’Appel,
Tristan Tzara publie aussi le poème L’orage
et le chant du déserteur;
du volume Les
premiers poèmes de Tristan Tzara et
L’insurrection de Zurich…,
soigné par Saşa Pană, on
apprend que le poème date de 1914: La
lumière des obus a éclaté / Et l'éclair
a craqué à nos mains... // (…) // Le
gel: casse les os, mange la chair / Nous
laissons le cœur pleurer // Pourquoi nous
glissons le long de la montagne déchirée
? / Les lions hurlant ont déclenché
l’orage, … // (…) // Il est si
sombre que les paroles seulement brillent.
// (…) // De bleus morceaux de ciel
tombent, / La glace des nuages mord, des
tables de givre s’abattent sur la terre
/ Les arbres s’ondoient comme le navire
/ Des chauve-souris arrachent de blanches
pétales de la corolle sélénaire. / Le
vent les jette et
les écrase. / Seulement pour moi
la nuit perd sa beauté, / Seulement pour
moi. // Le chant arrêté penser: le gel
casse les os mange la chair/ Laisse le cœur
pleurer.
(TzPrim, 9 sqq.). L’avant-dernier vers, Le
chant arrêté penser: le gel casse les os
mange la chair,
met en évidence la méthode dadaïste de
Gârceni-Bucharest de la création du vers
par "le découpage aux ciseaux"
de l’article de journal, suivi par le découpage
des mots, de leur introduction dans le sac
(non pas dans le chapeau, pour éviter la
tentation de leur lecture et de leur
"sélection" avant de les
extraire), puis par la légère agitation
du sac, par l’extraction des mots du sac
et de leur arrangement dans l’ordre de
l’extraction. Le poète ne s’occupe
plus de poser les conjonctions de
coordination / subordination dans la
phrase ("… casse et la chair
mange"), ou du verbe auxiliaire, du
passé composé ("le chant est arrêté
le penser"), en laissant les mots
"dans la topique", dans "la
forme" de leur extraction du sac: Le
chant arrêté penser: le gel casse les os
mange la chair... La
même recette d’avant-garde-dadaïste, découverte
par les deux poètes à Gârceni-Vaslui,
se trouve aussi dans le poème de Ion
Vinea, Un
bâillement au crépuscule,
écrit pendant l’été 1913, mais publié
dans Cronica
/
La Chronique
– le 16 août 1915 (supra);
dans ce poème, Ion Vinea fait l'éloge du
mystérieux relief de Gârceni-Vaslui, un
talus sur lequel "Dieu a joué aux échecs
/ et les Gârceni lui ont échappé, des dés
à la vitre ronde", ou la mystérieuse
forêt de Gârceni, "nerveuse comme
un haras", forêt où Tristan aussi
écrit le poème L’appel
(TzPrim,
41 – 43); mais Ion Vinea, avec
"plus de raffinement" – donné
par le fait qu’il était "plus âgé"
("un an et un jour") que son
ami, Tristan Tzara – valorise mieux les
ressources synesthésiques (des mots des
articles de journal / dictionnaire
"tirés à la pincette du sac"),
en gardant là où il est absolument nécessaire,
les conjonctions, en surprenant non pas un
Dieu qui bâille
la bouche-ravin (cf. Vacances
en province
par Tristan Tzara), mais un
Dieu qui joue aux échecs
(inspiration ayant la même source que la
comparaison "on va jouer aux échecs
comme deux vieux pharmaciens"),
extrait du poème Vient
avec moi à la campagne,
par
Tristan Tzara, un
Dieu distrait au lancement des dés
etc.: La
forêt nerveuse tait comme un haras; son
ventre, / vallée lisse et ronde entre les
collines de givre: femme nue entre mous
oreillers. / Couvreuse surnaturelle, le
soir étend des ailes de nuages sur les
oeufs / de campagne – et sur un talus de
l’arrière Dieu a joué aux échecs/ et
les Gârceni lui ont échappé, des dés
à la vitre ronde. / Depuis une semaine
aucun facteur à cheval n’a sonné de
son cornet / en revanche, voici, un prêtre-noir
chevauche la route restant debout / voici,
la distance hurle et s’étend sur un
troupeau / voici le vent se pare des
sonnailles héritées des ancêtres /
voici…/ je ne sais plus, peut-être il
fait tard, / puisqu’aux petites fenêtres
pareilles à des icônes luit la pauvreté
/ et
les foyers du ciel ont tiré leurs
volets / les saints ont abandonné sur les
nuages leurs pipes et ils se sont couchés
avec leur femmes / et les troupeaux
bibliques et ennuyés montent, montent,
montent, montent sur / le sentier et on
frappe du fouet, dia-hue ! et des
invectives.
(VOp,
I, 134). Ion Vinea a gardé dans le secret
de son laboratoire de Bucharest "le
trésor de la poésie d’avant-garde-dadaïste"
découverte avec son ami à
Gârceni-Vaslui;
Tristan Tzara "l’a vendue" à
Zürich-Suisse, en échange de la célébrité
de son nom. Le
deuxième dadaïsme ou le dadaïsme de
Bucharest–Zürich / Paris. On
sait qu’en 1916, la Roumanie entre dans
la première guerre mondiale. En ne
s’exposant pas au danger des
bombardements, Tristan Tzara, vers janvier
1916, quitte Bucharest pour la Suisse, le
pays "protégé" par les orages
de la première conflagration mondiale, en
s’établissant à Zürich pour une période
où son nom connaît une ascension rapide
européenne / universelle. Naturellement,
le jeune Tristan Tzara amène de
Bucharest-Roumanie, à Zürich-Suisse,
"la nouvelle esthétique d’avant-garde-dadaïste"
élaborée (à Gârceni-Vaslui et
Bucharest) avec son ami, Ion Vinea, mais
aussi son trésor de nouvelle
poésie,
en les lançant sur le marché des arts de
sa nouvelle résidence, esthétique
et poésie
qui
choquent, qui deviennent mode / courant,
qui reçoivent dorénavant l’appellation
de mouvement
dadaïste,
de dadaïsme. L’esthétique
/ le mouvement d’avant-garde-dadaïste
part de Bucharest-Roumanie (de Ion Vinea,
Tristan Tzara, Marcel Iancu, B. Fundoianu
Ilarie Voronca et d'autres), arrive à Zürich-Suisse
(par Tristan Tzara qui, le 8 février
1916, dans le Cabaret
Voltaire,
"baptise" le courant, en présence
"de ses principaux adeptes" par
le nom de dadaïsme
–
à la "cérémonie" participent
Hugo Ball, Hans Arp, Richard Heuelsenbeck
et d'autres: Tristan Tzara "introduit
au hasard le coupe-papier dans un Larousse
et
trouve le mot Dada
qui
est en tête de la colonne de droite et
signifie "Cheval, dans le langage des
enfants…"; /…/ le courant a été
donc nommé Dada;
le groupe publie le premier Cabaret
Voltaire
– juin 1916 –, puis le bulletin Dada
– cinq numéros de juillet 1917 à mai
1919 – et finalement Cannibale
–
1920" – CPes, 23 sq), et d’ici,
à Paris, où il
fait son apparition dans le
"circuit de l’universalité",
en dévoilant "le revers de la médaille"
comme surréalisme.
Depuis l’histoire d’avant-garde-dadaïste
est bien connue (cf. CPes, 23 sqq. /
TzPrim, 107 sqq.; TDel, 107 – 115). SIGLES: CAlc
= Şerban Cioculescu, Aspecte
lirice contemporane, Bucureşti,
Editura Casa Şcoalelor, 1942. ChTz-1
=
Caietele Tristan Tzara / Les Cahiers
Tristan Tzara, nr. 1, Editura Ion
Vinea, Bucureşti, 1998. ChTz-2
=
Caietele Tristan Tzara / Les Cahiers
Tristan Tzara, nr. 2 – 4, Editura
Ion Vinea, Bucureşti, 2000. CPes
= G. Călinescu, Principii de
estetică, Bucureşti,
Fundaţia pentru Literatură
şi Artă Regele Carol II,
1939. CrohL,
II
= Ov. S. Crohmălniceanu, Literatura
română între cele două războaie
mondiale, vol. II, Bucureşti,
Editura Minerva, 1974. HDic
= Ion Hangiu, Dicţionar al
presei literare româneşti (1790
– 1982), Bucureşti, Editura
Ştiin]ifică şi Enciclopedică,
1987. SPT
=
Eugen Simion, Primul Tzara,
în Caiete critice
– revistă lunară de critică
literară şi informaţie
ştiinţifică (Bucureşti),
nr. 4 – 5 (101 – 102) / 1996. TDel
=
Ion Pachia Tatomirescu, Dicţionar
estetico-literar, lingvistic, religios, de
teoria comunicaţiei..., Timişoara,
Editura Aethicus, 2003. TzDouce
= Scrisoarea lui Tristan Tzara către
Jacques Doucet (Paris, 30 octombrie 1922),
publicată
/ tradusă de Vasile Robciuc în
“Caietele / Les Cahiers Tristan Tzara”
nr. 1, Editura Ion Vinea, Bucureşti,
1998, pp. 164 – 166. TzPrim
= Tristan Tzara, Primele poeme
(cu Insurecţia de la Zürich
prezentată de Saşa Pană),
Bucureşti, Editura Cartea Românească,
1971. VOp,
I
= Ion Vinea, Opere, vol.
I – Poezii (ediţie
critică şi prefaţă de
Elena Zaharia Filipaş), Bucureşti,
Editura Minerva, 1984. Prof. dr. ION PACHIA-TATOMIRESCU |