à
Pascale, à Léna
une
saison-fleuve sur un bateau-papier
toi
Arthur
qui as fait le point
pour finir
achever le corps du poème
pour prendre fuite
une fois pour toutes
sans revenir sur le papier
lieu froissé
du
seul crime ineffaçable
inexpiable
toi jeune homme à transes multiples
l'oeil à jeun d'étoiles carnivores
toi tireur d’élite
aux éjaculations de voyances précoces
de voyelles toucouleurs
A nègres I
rouge U vert O bleu
aujourd'hui Arthur
qu’adviendra t-il aujourd'hui même
si tu te passes de Rimbaud
pour gommer toutes traces d'adolescence
d’ennemi
public No1
toi capteur d'ondes
et d'inflammables poussières
O toi voleur de feux
aujourd’hui Arthur
l’espérance de vie du poème
la
traversée en puissance zéro
c'est le Sahara
qui féconde les rives de la soif
des apprentis-archanges ici et là
garces
et garçons
(cinquantenaires avant le temps)
se bousculent pour la marge
ils accouchent du même souffle
faute de contraceptifs pour poètes
ils mettent au monde des monstres
non pas des mondes
non pas des mots
des montagnes de mots
au sommet du désastre
aujourd'hui les trous noirs
creusent en nous des portes de sortie
des rêves de tombeaux frêles
plutôt que de vieux jardins suspendus
et de la ciguë aux lèvres
plutôt que le sang versé des éclipses
Arthur mon île
aujourd’hui un bateau ivre
flottant comme un bouchon sur la mort
des petits cadavres de sept ans
ont appris à nager
à jouer à la marelle
le temps de prendre la mesure des océans
la mesure de l'au-delà
une étendue noyée de bleu
de milliers d'âmes
insubmersibles
de Port-au-Prince
à Charleville
une caravelle verse et traverse
le sang d'un coeur à recycler
l'amour qui fait du porte-à-porte
procède toujours
par
retour d’âge
sur la route Arthur
que de souliers blessés
de trous rouges sur le flanc des ombres
les étoiles sont fatiguées
tout le monde veut s'asseoir
mais mon cul il y a peu de chaises ici-bas
toi Arthur
qui as fait le point
pour finir
achever le corps du poème
pour prendre fuite
une fois pour toutes
sans revenir sur le papier
lieu froissé
du
seul crime ineffaçable
inexpiable