La
femme est couchée à même le sommier
et
le matin se déplie en ombres,
traçant
sur la porte une ligne bleue.
Elle
serre très fort les yeux pour préserver sa nuit,
la
prolonge trompant la lumière encore un peu.
Elle
se retourne et ne bouge plus.
Le
pli du drap se croise là où est la douleur.
Un
peu vite son cœur bat,
il
connaît tous les secrets.
Machine
d’enfer à tenir bon, sous sa main il palpite.
Le
café doit être brûlant, réconfortant, présent.
Tartine,
cigarette, banal.
Il
faut plonger dans les textes écrits la veille,
continuer
de remplir les pages et avec elles,
les
jours.
Hier
la rage a été plus forte que le sommeil.
La
femme dit que la tempête est la seule violence
faite
aux arbres devant sa porte.
Dans
une nuit si pleine de la lune, les amours trahis
sont
les plus lourds à porter.
Clarté
en forme de sacrifice et aucun cri
pour
éloigner de nous les bêtes.
Nous
marchons dans la montagne,
la
neige brille sous nos traces.
Je
baisse la tête, je m’enfonce dans le froid.
Derrière nous hurlent les louves.
Elles
attendent que l’odeur de leur sexe
attire
un mâle, un chef.
Animal,
animal…. le chemin de la vallée
est
un triangle noir où le désir se déplie
comme
une carte, comme une carte.
Animal,
animal…la forêt piquée sur le mur
porte
un titre secret.
Jamais
plus le silence de la nature ne viendra
bercer
nos cœurs.
Mes
louves à moi ont repoussé leurs maîtres.
L’homme
se montre, il plonge sa langue
dans
le nombril de la femme.
Elle
rit si fort que l’automne prend peur
et
se met à jaunir plus tard.
Dans
la cour un arbre a pris racine à même le ciment.
Dedans,
les oiseaux ont construit des maisons.
Ils
ne se trompent jamais les oiseaux si fragiles,
dans
le pouvoir de traverser le monde par le haut.
Ici
la tempête est venue agiter une mer
qui
se lance contre un rocher lisse.
Une
porte fermée de l’intérieur révèle
ses
transparences liquides.
Narcisse
tel un coquillage,
se
décolle doucement de la vitre
et
glisse à terre.
Une
bulle de salive éclate au coin de sa lèvre,
sa
bouche se tord dans un rictus disgracieux.
Il
plie sa beauté dans un mouchoir et le sort
est
enfin brisé.
La
femme danse sur le bateau qui traverse le fleuve.
Elle
regarde en bas et plonge.
Une
algue se roule autour de son poignet
et
l’oblige à descendre.
L’homme
la voit disparaître.
Au
fond de l’océan elle embrasse son double.
Narcisse
s’ouvre comme la bouche d’un dieu malade.
Il
laisse échapper un soupir et se noie aussitôt.
La
porte se ferme avec fracas, un tremblement court
derrière
une petite fille et la manque, et la manque.
La
ville brûle tout entière ou presque.
Saint-Georges
a tout vu et n’a rien pu.
La
femme serre les mains de l’inconnu avec force.
En
un clin d’œil le bien trompe le mal
et
l’amour comme la poésie, dicte sa volonté.
Tout
recommence neuf, léger, informe et accompagne
les
âmes dans leur pénible traversée.
La
soif est tarie là où la Nécessité les
accueille,
et
le cri des huit sirènes les rend folles mais de
joie.
Méfiez-vous
des sirènes !
Méfiez-vous
des sirènes !
La
femme marche devant l’homme pour oublier son
pas,
pour
le perdre.
Elle
tourne sur soi-même et monte au ciel dessinant
une
spirale parfaite.
(
eternety, eternety )
Pour
finir- elle lui a offert des fleurs et du chocolat
amer,
et
puis le masque est tombé.
La
réconciliation a besoin d’un bras fort qui
serre
le
cou du passé.
L’homme
a pris sa hache et d’un coup sec coupe
les
mains de la femme.
Les
fleuves noient leur peine, le vent plie le cri en
l’étouffant.
A
la foire il lui tire dessus avec un fusil,
de
son ventre sort de la pourriture.
Aucun
enfant ne viendra de ce trou.
Aucun
enfant ne viendra de ce trou.
La
méchanceté a fait son nid sur une boîte à
musique,
le
diable est un mélomane.
Le
destin est peut-être ceci, une vague respire,
s’étale
sur son double
et surprend un nageur distrait.
Sibille
hérite de l’histoire qui se décompose au fond
de l’eau.
Elle
ne sait comment défaire le nœud.
Cassandre
dit :
«
Ceux qui marchent jusqu’au bord de la falaise,
les
yeux grands ouverts, ne tarderont pas à céder au
vertige.
En
bas la lumière est murmure caressant, voix aux prénoms
connus,
aimés.
Traverser
les fuyantes brumes sans regarder en arrière.
Aucune
menace, aucun danger ne nous poursuit.
Le
passage s’accomplit, de l’après nul ne connaît
le récit « .
Tous
les soirs elle se roule dans le voile épais de la
nuit,
se
cache de la ligne droite qui sépare les deux
mondes.
C’est
aussi l’heure du retour.
Ceci
est vrai.
Un
homme se tient devant ma porte, sa chevelure
est
couronnée d’algues, la mer noie ses pieds.
De
petites vagues s’avancent jusqu’à moi.
Il
dit :
«
- Dehors le doute s’est cassé le nez,
il
gèle loin de cette demeure le sel a dévoré ma
peur,
j’ai
soif.
Donnez-moi
le sein et je vous serai fidèle.
Je
suis venu vous embrasser derrière l’oreille,
c’est
marée basse.
Amie,
bercez-moi encore dans vos bras,
pleurez
sur l’enfant que je suis, j’aime votre douceur
et
le silence qui l’entoure, je vous aime, je vous
aime.
Quand
a-t-elle eu conscience d’avoir quitté le jardin
parfumé
et
d’avoir sauté à pieds joints dans le sable ?
Pieds
de nez à toute cette boue,
Car
légère et presque sans corps, elle allait
traverser le désert
comme
un ange qui attend encore de s’envoler plus
haut.
Peut-être
que l’histoire de la princesse prisonnière
au
fond du puits, lui dictait les prénoms de tous
les
amants appelés à son secours.
Elle
se lavait et buvait dans cette eau,
l’image
et les paroles d’une sainte.
Ces
mots étaient choisis parmi les plus beaux,
aucun
homme n’aurait plus les contourner.
La
princesse s’endormait toujours nichée
dans
la pourriture des feuilles mortes
entassées
à la surface de l’eau.
Elle
regardait le haut du puits, il avait la circonférence
exacte
de la lune.
Ses
cheveux étaient plus longs que des cordes,
mais
pour la libérer de cette profonde incertitude,
un
seul mot aurait suffit.
Des
fraises, je veux des fraises !
Rouges.
Donnez-moi un couteau, un opinel.
Coupez
en quarts ou en moitiés.
La nuit, la mandragore brille comme une lampe,
comme
une lampe.
Dites-moi
un seul mot, une page vide, un blanc.
Ta
bouche me mange des mots !
On
ne doit pas y toucher.
Seulement avec une lame, une lame en ivoire,
blanche.
Rouge
la viande et un chien qui la suit, affamé.
On
emploie des mots pour se moquer des pauvres
gens.
Tirez !
Tirez ! Tirez !
Mes
racines, ne touchez pas à mes racines
avec
vos mains sales.
Chienne
de vie, je vais te tordre le cou,
te
jeter à l’eau par-dessus bord.
Les
astres se sont tus, les aveugles oublient la
musique.
La
note suspendue du chant du rémouleur
nous
annonce la pluie.
Jamais
plus le malheur ne connaîtra le sens du mot
écrit
sur ma porte.
Mords
ma jambe, crache du sang, va-t’en vieille peau
et
coule de ton propre poids !
Mes
yeux regardent le monde et ne peuvent rien fixer.
Ils
sont en colère mes yeux.
Aiuto !
Aiuto !, au bord du Tage chante les mères.
Elles
pleurent une note unique, qui traverse les
continents
Et
tue toutes les guerres.
Ces
terres lointaines ont mangé beaucoup de nos
enfants.
Au
retour, le martyr roulé dans un drapeau,
voyageait
dans le froid et dans le patriotisme.
La
honte continue d’être un cri qui part d’Afrique
et
qui résonne dans la couleur de toutes les peaux.
Fin
août la procession traverse mon village.
Elle aussi finit les pieds dans l’eau et prie
pour ceux
qui
entrent dans la mer.
Le
mensonge court à nos côtés et le manège tourne
toujours
dans le sens du temps qui passe.
Il
m’offre son vertige.
Sur
une girafe au long cou si fin, j’embrasse
l’infini,
peut-être.
Faut-il
que je devienne une mer à déborder le tout ?
L’immobilité
n’est apparente, n’est qu’apparence
et
ma joie continue de se liquéfier.
Chopin,
Schubert, Schumann, chaussures, Schoenberg,
Berg,
cri, souffle, loup, typhon, faon, forêt,
cailloux,
soupir,
montagne.
Femelle,
fêlure, fente, sirène, chant, fée,
marine,
mer, médiateur.
Membre,
violeur, miche, son, typhon,
murmure,
mystère, mutation.
Mon
enfance nue, ma mère, tisserande du mot multiplié
en moi,
apprends-moi
le silence.
Tout
n’est qu’un résidu de cendres.
Leurs
mémoires nous sèchent de l’intérieur.
Lèche
ma main, goûte enfin à ceux qui ont brûlé en
toi.
La
raison veut se tenir debout.
Laisse
la beauté te frapper en plein front,
Que
sa lumière soit jaune comme les lichens !
Je
noie mon regard, la poussière est définitivement
consumée.
On
arrive au terme de l’incantation et de son mystère.
Je saute à pieds joints dans l’abîme, aucun
cri ne se fit entendre,
aucun
oiseau ne fut troublé en son sommeil.
Garde
tes mots, mes mouchoirs sont pliés,
Le
silence sera mon espace d’accueil.
Aucun
message ne tombe à nos pieds.
Le livre a enfin fleurit.
Sachez
que ma tristesse n’est pas un reproche et
qu’un seul œil
Suffit
pour voir juste.
La
peur n’est qu’une trace de doigt autour de la
gorge.
Il
y a aussi des gestes qui tuent.
Aujourd’hui
nous vivons une mort automnale.
Là-bas il y a un arbre qui porte mille prénoms.
Le relief de son écorce s’est imprimé sur nos
poitrines.
Une
cicatrice immense se lit du bout des doigts.
La
tendresse est devenue un mot indécent, le corps a
rougi.
Je
nomme la tragédie, je roule son récit autour
de
mon poignet et puis je frappe l’arbre.
Mes
os se brisent, ma colère est vaincue.
Notre
tremblement est une mémoire attachée
au
corps d’un chien battu.
Nous avons cuit notre peau d’homme
dans
lumière courbée du geste du tremblement.
Passons
notre chemin.