Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 120, hiver 2005, de la revue Lettres québécoises (pages 17-18).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A pour Apocalypse

 L. E. Vollick dépeint un univers très cohérent dans son désespoir.

 

Magpie Smith, la narratrice, perçoit la vie comme «une merde totale» où «tout n’est que mensonge» (p. 138). Comment pourrait-elle faire autrement quand son père l’a abandonnée, ainsi que sa mère  et ses deux frères, alors qu’elle n’avait que quatre ou cinq ans et que sa mère, réduite à faire des ménages pour faire vivre sa famille, est devenue «une vraie loque» (p. 33) à 40 ans? À l’adolescence, Magpie se lie d’amitié avec des jeunes issus de familles aussi dysfonctionnelles que la sienne, des ados dont les parents sont totalement incompétents: la mère de Spanky est partie sans laisser d’adresse, celle de Derek se prostitue, le père de PK l’a mis à la porte à 13 ans, celui de Zach le bat régulièrement et celui de Spanky refuse de le reprendre et même de lui parler quand celui-ci a pourtant un urgent besoin d’aide. Ces ados sont plus vrais que nature avec leurs surnoms, leur esprit de clan, leur recours aux drogues et à l’alcool, leurs questions existentielles, leur inquiétude face à l’avenir et leur refus d’«une vie censément normale. Se trouver un emploi, faire des bébés, vieillir» (p. 138). Certains personnages restent en tête longtemps après qu’on a fermé le livre: Peek, le «bollé» qui disserte sur tout et qui lit La nausée, Jessie qui dort dans son placard pour se sécuriser ou Spanky qui trompe sa solitude en hébergeant, dans la manche de son manteau, une souris trouvée dans le métro. Ils sont vrais dans leur grandeur et leur générosité, tout autant que dans leur lâcheté et leur égocentrisme. C’est d’ailleurs pourquoi Magpie, qui croit avoir créé des liens indissolubles avec eux et en reçoit souvent protection et réconfort, connaîtra aussi de douloureuses désillusions. 

Un univers sombre

Tout est sombre dans ce roman auquel L. E. Vollick confère une dimension plus sombre encore en le situant dans un monde menacé d’extinction, celui des années quatre-vingt. Vous souvenez-vous de Samantha Smith, cette Américaine de onze ans qui avait écrit au président russe pour lui demander s’il comptait déclarer la guerre aux États-Unis? C’était en novembre 1982, pendant la guerre froide. En juillet 1983, elle s’était  rendue en U.R.S.S., à l’invitation de celui-ci, et son voyage avait été grandement médiatisé. Dans le roman, Samantha devient l’idole et l’alter ego de Jessie et de Magpie qui craignent plus que tout une guerre nucléaire. De Jessie parce qu’elle a écrit la lettre que celle-ci rêvait d’écrire depuis longtemps. De Magpie parce qu’elle a le même patronyme qu’elle – Smith – le même âge, les mêmes yeux bleus et les mêmes cheveux bruns. Quand Samantha Smith meurt dans un accident d’avion, en 1985, Magpie a l’impression de mourir avec elle. Ce crash d’avion représente pour elle la fin de l’espoir en un monde meilleur. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’elle s’achète, quelques années plus tard, un t-shirt sur lequel la photo d’un champignon atomique apparaît sous la légende: « A pour Apocalypse» (p. 186). Désespérant, vous dis-je. Mais très réussi dans l’expression de ce désespoir.

Josée Bonneville

Lindsay Erin Vollick, Les originaux, (traduit de l’anglais par Pierre DesRuisseaux), Montréal, Les Éditions Triptyque, 2005, 242 pages.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.