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Un
roman en fleurs… du mal
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Après
deux recueils de nouvelles, Mélanie Vincelette signe un magnifique
premier roman.
Le titre de son roman rappelle celui des célèbres Fleurs du mal
de Baudelaire. Il le fait d’autant plus que des fleurs sont au
centre du roman, celles du pavot, et que celles-ci évoquent une
dualité puisque leur «beauté […] envoûte» et qu’elles sont
«rouges comme le diable» (p. 67).
Un univers insolite
C’est autour d’elles que Mélanie Vincelette a construit son univers
et plus particulièrement autour de la «première plantation de
pavots à opium en Amérique du Nord» (p. 52). La plantation est
située à La Conception, un village des Laurentides qui, sous la
plume de l’auteure, n’a rien de banal. Il est peuplé de
personnages singuliers qui gravitent autour d’Émile, la
narratrice, affublée par erreur d’un prénom de garçon. Le père
d’Émile, Philippe, dit le Baron, est celui qui cultive le pavot,
espérant ainsi faire fortune; il pratique aussi la taxidermie et
l’infidélité conjugale. Sa mère, Anouk, est cuisinière chez
Miss Patate où elle prépare des mets inusités pour un tel lieu,
tels des joues de veau à l’écarlate; «spécialiste en tarots et
oracles» (p. 16), elle prédit aussi l’avenir à ses nombreux
clients. Sa grand-mère, quant à elle, clavarde avec un Mexicain à
qui elle a caché son âge et avec qui elle rêve d’amour. La
famille loge dans un motel désaffecté, infesté de chauves-souris.
Près d’elle vit Liam, un vieux peintre marseillais qui s’est
chargé de l’éducation d’Émile en échange d’un logement
gratuit dans la grange; il l’initie à la peinture et lui montre
parfois le Van Gogh qu’il cache sous son lit. Plus loin, habite
Nila, l’amie d’Émile qui est la fille de Pavel Bouillon, le
propriétaire du Faucon bleu, un bar de danseuses logé dans une
roulotte, et d’Anise, une danseuse disparue peu après la
naissance de Nila.
Le roman raconte quelques mois dans la vie d’Émile, l’été de ses
douze ans, l’été où son univers bascule alors qu’elle doit
faire le deuil de son innocence et d’êtres très chers. Secrètement
amoureuse d’Eduardo Luna, le nouveau vicaire du village, et
conseillée dans ses amours par Irlande, la danseuse qui est la maîtresse
de son père, elle apprend de manière cruelle que l’amour n’est
pas ce qu’elle croyait. Pendant ce temps, un fou rode dans la forêt
et la police découvre un cadavre sous des lys sauvages.
Heureusement qu’Émile peut se réfugier dans la peinture et rêver
de Tanger, dont lui parle souvent Liam.
Un univers envoûtant
L’univers de Mélanie Vincelette est envoûtant comme les fleurs du
pavot. Il envoûte tant par sa singularité que par l’écriture
tout en finesse par laquelle elle le fait vivre. L’écrivaine
avance par petites touches précises qui débouchent parfois sur une
remarque d’une grande justesse ou sur une évocation poétique
habile. Même si les événements se bousculent, dans les derniers
chapitres, rien ne paraît jamais forcé et l’écriture est
d’une grande fluidité. Un bonheur de lecture!
Josée Bonneville
Mélanie Vincelette, Crimes horticoles,
Montréal, Leméac, 2005, 149 p., 17,95$.
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