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Article paru dans le numéro 126, été 2007, de la revue Lettres québécoises (page 18).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un huis clos poignant, une écriture raffinée

René Viau signe un premier roman tout en finesse.

Le roman débute par l’évocation du lieu: «La voiture traverse des paysages inhabités. Grandioses et sauvages, ça va de soi.» (p. 9). Tout est dit: la solitude des personnages ainsi que leur détresse. Car le paysage, ici, n’est pas que décor; il reflète la vie intérieure des protagonistes, il l’incarne même.

Jim et Vera roulent sur la 138 dans la vieille Volvo de Jim. Ils s’arrêtent bientôt à l’hôtel- motel Les Goélands, à Sandy Beach, sur la Côte-Nord, où ils louent une cabine décrépite en bois rond. Ils ne veulent y passer qu’une nuit; ils y resteront deux semaines. Cet endroit est à l’image de ce qu’ils sont: perdus. Tout comme l’avion qui s’est écrasé contre une falaise, près de leur motel, lors d’un crash célèbre, en 1957, leur vie a dévié de la trajectoire qu’ils avaient  voulu lui donner et elle s’est brisée en morceaux.

Jim et Vera ne forment pas un couple, comme le lecteur pourrait d’abord le croire. Jim est amoureux d’Alice, qu’il ne se console pas d’avoir perdue. Il voudrait parler d’elle avec Vera, mais celle-ci ne veut rien entendre et, souvent, se réfugie dans le sommeil. Vera, de son côté, reste traumatisée par des événements qui se sont déroulés en Italie, d’où elle est originaire, et dont elle ne veut pas parler avec Jim: «Qu’est-ce qu’il comprendrait de toute façon?» (p.55). Ils sont donc seuls ensemble, perdus chacun dans leurs pensées. Ils font du «surplace mélancolique» (p. 185) tout en buvant de la bière et du whisky. Vera, en outre, avale des pilules de toutes les couleurs et prend trois douches par jour comme si elle voulait se laver d’un passé qui lui colle douloureusement à la peau.

La narration oscille entre ce présent douloureux et le passé qui l’a engendré. Elle reconstitue peu à peu les principaux événements de la vie de Jim et de Vera et fait voir le cul de sac où ils les ont menés. Obligés de reconnaître la fin de leur jeunesse et de leurs illusions, confrontés à l’impasse, il ne leur restera qu’à réorienter leur vie.

Une écriture picturale

René Viau est critique d’art. Il a signé plusieurs monographies et a publié, entre autres, la biographie Dallaire – Le cyclope et l’oiseau. Cela explique sans nul doute sa sensibilité à la lumière et à l’espace. Il décrit souvent un paysage ou une scène comme on imagine qu’il décrirait un tableau. Mieux: il fait de certaines scènes, des tableaux, comme dans ce passage où Jim pense à Alice: «Lorsqu’elle en ouvre la porte [du frigo], une ampoule à l’intérieur projette son halo sur son visage. Sa lumière traverse le tissu de sa robe de nuit. Quand elle se penche, ses cheveux sont projetés en avant.» (p. 69). Son écriture est à la fois précise et suggestive; elle procède par touches impressionnistes et réussit à créer un climat, une atmosphère. Tout en finesse, vraiment!

 

Josée Bonneville

René Viau, Hôtel-motel Les Goélands, Montréal, Leméac, 2006, 192 p., 19,95$.

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