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Un
huis clos poignant, une écriture raffinée
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René
Viau signe un premier roman tout en finesse.
Le roman débute par l’évocation du lieu: «La voiture traverse des
paysages inhabités. Grandioses et sauvages, ça va de soi.»
(p. 9). Tout est dit: la solitude des personnages ainsi que leur
détresse. Car le paysage, ici, n’est pas que décor; il reflète
la vie intérieure des protagonistes, il l’incarne même.
Jim et Vera roulent sur la 138 dans la vieille Volvo de Jim. Ils s’arrêtent
bientôt à l’hôtel- motel Les Goélands, à Sandy Beach, sur
la Côte-Nord, où ils louent une cabine décrépite en bois
rond. Ils ne veulent y passer qu’une nuit; ils y resteront
deux semaines. Cet endroit est à l’image de ce qu’ils sont:
perdus. Tout comme l’avion qui s’est écrasé contre une
falaise, près de leur motel, lors d’un crash célèbre, en
1957, leur vie a dévié de la trajectoire qu’ils avaient
voulu lui donner et elle s’est brisée en morceaux.
Jim et Vera ne forment pas un couple, comme le lecteur pourrait d’abord
le croire. Jim est amoureux d’Alice, qu’il ne se console pas
d’avoir perdue. Il voudrait parler d’elle avec Vera, mais
celle-ci ne veut rien entendre et, souvent, se réfugie dans le
sommeil. Vera, de son côté, reste traumatisée par des événements
qui se sont déroulés en Italie, d’où elle est originaire,
et dont elle ne veut pas parler avec Jim: «Qu’est-ce qu’il
comprendrait de toute façon?» (p.55). Ils sont donc seuls
ensemble, perdus chacun dans leurs pensées. Ils font du «surplace
mélancolique» (p. 185) tout en buvant de la bière et du
whisky. Vera, en outre, avale des pilules de toutes les couleurs
et prend trois douches par jour comme si elle voulait se laver
d’un passé qui lui colle douloureusement à la peau.
La narration oscille entre ce présent douloureux et le passé qui l’a
engendré. Elle reconstitue peu à peu les principaux événements
de la vie de Jim et de Vera et fait voir le cul de sac où ils
les ont menés. Obligés de reconnaître la fin de leur jeunesse
et de leurs illusions, confrontés à l’impasse, il ne leur
restera qu’à réorienter leur vie.
Une écriture picturale
René Viau est critique d’art. Il a signé plusieurs monographies et a
publié, entre autres, la biographie Dallaire – Le cyclope
et l’oiseau. Cela explique sans nul doute sa sensibilité
à la lumière et à l’espace. Il décrit souvent un paysage
ou une scène comme on imagine qu’il décrirait un tableau.
Mieux: il fait de certaines scènes, des tableaux, comme dans ce
passage où Jim pense à Alice: «Lorsqu’elle en ouvre la
porte [du frigo], une ampoule à l’intérieur projette son
halo sur son visage. Sa lumière traverse le tissu de sa robe de
nuit. Quand elle se penche, ses cheveux sont projetés en avant.»
(p. 69). Son écriture est à la fois précise et suggestive;
elle procède par touches impressionnistes et réussit à créer
un climat, une atmosphère. Tout en finesse, vraiment!
Josée
Bonneville
  
René Viau, Hôtel-motel Les Goélands,
Montréal, Leméac, 2006, 192 p., 19,95$.
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