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Article paru dans le numéro 134, été 2009, de la revue Lettres québécoises (page 37).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des choses essentielles et de leur diversion

Un livre grandement ombragé – mais l'ombre ne provient-elle pas de la lumière?

Un homme se met à fraterniser avec un clochard et à être de plus en plus fasciné par celui-ci qui s'applique à débusquer et à éliminer les « mots menteurs », ces « mots faux qui sèment l'illusion » (« Le Clochard sans nom », p. 20). Un homme décide  d'aller finalement se mettre en ménage avec son amoureuse, mais un doute surgit quand celle-ci arrive avec un sourire condescendant au moment où il doit régler le sort de ces objets inanimés avec qui il a partagé vingt ans de vie et qui n'auront pas de place dans son nouveau logement; tout se cristallisera autour d'un cendrier romain élevé au rang d'objet sacré (« Deux ultimatums pour un déménagement »). Un homme cache au sous-sol ce qu'il ne peut ranger avant l'arrivée d'une femme dont il souhaite la conquête... mais c'est précisément le sous-sol qu'elle tient à visiter parce que ce lieu est, selon elle, des plus révélateurs... (« Le sous-sol n'est jamais fini »). Un homme tient à ponctuer la fin d'une liaison avec un rite se déroulant aux chandelles (« La Cérémonie »). Un homme entre deux âges et nouvellement « clochardisé » se lie avec une jeune serveuse qui capture la vie par l'entremise de son appareil-photo (« Le secours de l'escalier »).

Il est toujours question de la rencontre de deux intimités – souvent déguisées en « amour » – dans ce recueil de sept nouvelles. Le narrateur ou le personnage principal est toujours un homme qui intellectualise tout, qui aspire souvent à être écrivain et qui a aussi souvent étudié la philosophie (à l'instar de l'auteur, qui a une maîtrise en ce domaine). S'il y a une femme, elle aura un prénom double, composé avec Marie, et la plupart des textes sont émaillés de références à des écrivains, à des « penseurs ». Mais revenons au narrateur/protagoniste pour rappeler qu'il n'est jamais nommé et est semblable d'une nouvelle à l'autre parce qu'il est toujours pourvu du même regard. Parfois, c'est un barman de Québec, d'autres fois un défroqué de l'université... tout comme notre écrivain qui est aussi un barman n'ayant pas complété son doctorat en littérature, si on en croit la courte notice en quatrième de couverture.

La prose se veut hyperréfléchie et ne tombe jamais dans la simple enflure verbale ou le monologue creux, c'est même assez intéressant. Outre une ponctuation qui m'a obligé à quelques retours en arrière, la plume est précise, assez terre à terre bien qu'il peut arriver à l'auteur de transformer une érection en « soif des cieux » (p. 96). Tout de même, le ton est souvent sombre : « L'amour ne devait pas être une diversion des choses essentielles, à savoir la solitude et la mort, mais plutôt une façon d'entrevoir ces choses sur un angle différent. » (p. 59), mais l'intelligence de ce livre est, on me permettra le cliché, lumineuse. En somme, voici une sorte de Gaétan Soucy en devenir. Et comme on l'aime, c'est-à-dire dépressif.

 

Sébastien Lavoie

Martin Vézina, L'escalier et autres amours de secours, Lachine, La Pleine Lune, 2008, 180 p. 22,95$

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