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Des
choses essentielles et de leur diversion
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Un livre grandement ombragé – mais l'ombre ne
provient-elle pas de la lumière?
Un homme se met à fraterniser avec un clochard
et à être de plus en plus fasciné par celui-ci qui s'applique à
débusquer et à éliminer les « mots menteurs »,
ces « mots faux qui sèment l'illusion » (« Le
Clochard sans nom », p. 20). Un homme décide d'aller finalement
se mettre en ménage avec son amoureuse, mais un doute
surgit quand celle-ci arrive avec un sourire condescendant au
moment où il doit régler le sort de ces objets inanimés avec
qui il a partagé vingt ans de vie et qui n'auront pas de place
dans son nouveau logement; tout se cristallisera autour d'un
cendrier romain élevé au rang d'objet sacré (« Deux
ultimatums pour un déménagement »). Un homme cache au
sous-sol ce qu'il ne peut ranger avant l'arrivée d'une femme
dont il souhaite la conquête... mais c'est précisément le
sous-sol qu'elle tient à visiter parce que ce lieu est, selon
elle, des plus révélateurs... (« Le sous-sol n'est
jamais fini »). Un homme tient à ponctuer la fin
d'une liaison avec un rite se déroulant aux chandelles
(« La Cérémonie »). Un homme entre deux âges et
nouvellement « clochardisé » se lie avec une jeune
serveuse qui capture la vie par l'entremise de son
appareil-photo (« Le secours de l'escalier »).
Il est toujours question de la rencontre de deux
intimités – souvent déguisées en « amour » –
dans ce recueil de sept nouvelles. Le narrateur ou le personnage
principal est toujours un homme qui intellectualise tout, qui
aspire souvent à être écrivain et qui a aussi souvent
étudié la philosophie (à l'instar de l'auteur, qui a une
maîtrise en ce domaine). S'il y a une femme, elle aura un
prénom double, composé avec Marie, et la plupart des textes
sont émaillés de références à des écrivains, à des
« penseurs ». Mais revenons au
narrateur/protagoniste pour rappeler qu'il n'est jamais nommé
et est semblable d'une nouvelle à l'autre parce qu'il est
toujours pourvu du même regard. Parfois, c'est un barman de
Québec, d'autres fois un défroqué de l'université... tout
comme notre écrivain qui est aussi un barman n'ayant pas
complété son doctorat en littérature, si on en croit la
courte notice en quatrième de couverture.
La prose se veut hyperréfléchie et ne tombe
jamais dans la simple enflure verbale ou le monologue creux,
c'est même assez intéressant. Outre une ponctuation qui m'a
obligé à quelques retours en arrière, la plume est précise,
assez terre à terre bien qu'il peut arriver à l'auteur de
transformer une érection en « soif des cieux » (p.
96). Tout de même, le ton est souvent sombre :
« L'amour ne devait pas être une diversion des choses
essentielles, à savoir la solitude et la mort, mais plutôt une
façon d'entrevoir ces choses sur un angle différent. »
(p. 59), mais l'intelligence de ce livre est, on me permettra le
cliché, lumineuse. En somme, voici une sorte de Gaétan Soucy
en devenir. Et comme on l'aime, c'est-à-dire dépressif.
Sébastien
Lavoie
   
Martin Vézina, L'escalier et autres
amours de secours, Lachine, La Pleine Lune, 2008, 180 p.
22,95$
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