|
Un
livre lumineux sur la vieillesse et sur la mort
|
Le
jury du prix Robert-Cliche 2008, présidé par Hélène Rioux, a
fait un excellent choix en primant le beau roman de Danielle
Trussart.
Le grand voyage
Blanche
Bouchard est née le 28 février 1925, le jour du célèbre
tremblement de terre; elle a donc eu 83 ans en 2008. Elle vit
seule, à Baie Saint-Paul, dans la maison familiale où elle a
grandi. Son mari, Florent, et son fils unique, Louis-Jonas, sont
décédés depuis belle lurette.
Blanche
vit «sur un quai de gare», dans l’attente de son train
pour le «grand voyage» (p. 40).
Elle rêve que ce train passera par Samarcande, en Ouzbékistan,
la ville mythique où s’arrêtaient autrefois les caravanes
sur la route de la soie.
Un personnage attachant
Blanche
est une femme très attachante. Ce qui séduit chez elle,
c’est sa simplicité, son humour, son indépendance
d’esprit, mais aussi le pouvoir de son imagination.
Blanche a toujours aimé lire et rêver. Elle se plaît à récrire
la vie de la femme qu’elle voit, à la télévision, se faire
tuer par une bombe; elle parle continuellement à son mari,
comme s’il était vivant, ce qui le rend très présent; elle
invente, pour son fils mort à 12 ans, la vie qu’il n’a
pas eue et elle l’imagine marié, père de famille et
travaillant au parc des Grands-Jardins, dans la région de
Charlevoix.
Qui
plus est, Blanche aime les autres. Tout un monde, dépeint avec
vivacité et une grande efficacité, gravite autour d’elle. Il
y a d’abord Jeanne d’Arc, sa grande amie d’enfance qui lui
rend régulièrement visite. Les deux femmes sont très différentes
l’une de l’autre. Jeanne d’Arc, que Blanche appelle la Mère
supérieure, est un «bloc de certitude» (p. 43); elle a des idées
arrêtées sur tout et donne souvent des conseils à Blanche
qui, elle, est une rêveuse quelque peu délinquante. La première
est croyante et la seconde, athée, ce qui donne lieu à des échanges
fort amusants, comme celui où Blanche affirme: «Le pape est
toujours convaincu qu’il n’y a pas moyen de célébrer la
messe correctement sans pénis. Comme si ça faisait partie de
la liste des saints ustensiles !» (p. 38). Il y a aussi
ses voisines, Ariane, une peintre qu’elle observe de la fenêtre
de son salon, et Mélodie, une adolescente dont elle s’est
souvent occupée et qui a pris,
jusqu’à un certain point, la place laissée vacante par
Louis-Jonas. Il y a enfin tous ceux qui «empiètent sur la
frontière de la conformité» (p. 96), les marginaux, les déficients
tels que Bidou, qui ramasse les cannettes vides et les vend au
IGA du coin.
La
peur de disparaître
Blanche
s’intéresse aux raisons de vivre de ses concitoyens,
qu’elle classe par catégories, dans un registre où elle
prend des notes sur eux. Elle conclut que leur dénominateur
commun, c’est la peur de disparaître. Mais elle, elle attend
la mort avec sérénité et nous rappelle, à une époque où
personne ne veut admettre qu’il vieillit, que la vieillesse et
la mort sont notre inéluctable destin.
Josée
Bonneville
   
Danielle Trussart, Le train pour Samarcande,
Montréal, VLB éditeur, 2008, 240 p., 24,95$.
|