Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 134, été 2009, de la revue Lettres québécoises (page 18).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un livre lumineux sur la vieillesse et sur la mort

Le jury du prix Robert-Cliche 2008, présidé par Hélène Rioux, a fait un excellent choix en primant le beau roman de Danielle Trussart.  

Le grand voyage

Blanche Bouchard est née le 28 février 1925, le jour du célèbre tremblement de terre; elle a donc eu 83 ans en 2008. Elle vit seule, à Baie Saint-Paul, dans la maison familiale où elle a grandi. Son mari, Florent, et son fils unique, Louis-Jonas, sont décédés depuis belle lurette.

Blanche vit «sur un quai de gare», dans l’attente de son train  pour le «grand voyage» (p. 40).  Elle rêve que ce train passera par Samarcande, en Ouzbékistan, la ville mythique où s’arrêtaient autrefois les caravanes sur la route de la soie.

 

Un personnage attachant

Blanche est une femme très attachante. Ce qui séduit chez elle, c’est sa simplicité, son humour, son indépendance d’esprit, mais aussi le pouvoir de son imagination. Blanche a toujours aimé lire et rêver. Elle se plaît à récrire la vie de la femme qu’elle voit, à la télévision, se faire tuer par une bombe; elle parle continuellement à son mari, comme s’il était vivant, ce qui le rend très présent; elle invente, pour son fils mort à 12 ans, la vie qu’il n’a pas eue et elle l’imagine marié, père de famille et travaillant au parc des Grands-Jardins, dans la région de Charlevoix.

 

Qui plus est, Blanche aime les autres. Tout un monde, dépeint avec vivacité et une grande efficacité, gravite autour d’elle. Il y a d’abord Jeanne d’Arc, sa grande amie d’enfance qui lui rend régulièrement visite. Les deux femmes sont très différentes l’une de l’autre. Jeanne d’Arc, que Blanche appelle la Mère supérieure, est un «bloc de certitude» (p. 43); elle a des idées arrêtées sur tout et donne souvent des conseils à Blanche qui, elle, est une rêveuse quelque peu délinquante. La première est croyante et la seconde, athée, ce qui donne lieu à des échanges fort amusants, comme celui où Blanche affirme: «Le pape est toujours convaincu qu’il n’y a pas moyen de célébrer la messe correctement sans pénis. Comme si ça faisait partie de la liste des saints ustensiles !» (p. 38). Il y a aussi ses voisines, Ariane, une peintre qu’elle observe de la fenêtre de son salon, et Mélodie, une adolescente dont elle s’est souvent occupée et qui a  pris, jusqu’à un certain point, la place laissée vacante par Louis-Jonas. Il y a enfin tous ceux qui «empiètent sur la frontière de la conformité» (p. 96), les marginaux, les déficients tels que Bidou, qui ramasse les cannettes vides et les vend au IGA du coin.

 

La peur de disparaître

Blanche s’intéresse aux raisons de vivre de ses concitoyens, qu’elle classe par catégories, dans un registre où elle prend des notes sur eux. Elle conclut que leur dénominateur commun, c’est la peur de disparaître. Mais elle, elle attend la mort avec sérénité et nous rappelle, à une époque où personne ne veut admettre qu’il vieillit, que la vieillesse et la mort sont notre inéluctable destin.

 

Josée Bonneville

Danielle Trussart, Le train pour Samarcande, Montréal, VLB éditeur, 2008, 240 p., 24,95$.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.