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La mer de la tranquillité - Sylvain Trudel - 2006

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Un petit garçon s'enflamme pour les bondieuseries et se met en tête de sauver l'âme de son père, perdue dans une bouteille d'alcool. Souvenir de jeunesse, l'été, chez des grands-parents hurluberlus où le narrateur connaîtra ses premiers émois avec une certaine Fatima pourvue d'un bec-de-lièvre. Un homme «touché par le désir de changer le monde» s'en va rencontrer les gueux pour, encore, sauver leurs âmes. Un homme se jette en bas du pont Jacques-Cartier, un autre se retrouve devant sa carcasse et voit que ce n'est pas son père, fait prisonnier après avoir tué sa mère. Un an après les faits, un jeune homme est aux prises avec les réminescences du suicide de son frère. Et autres histoires.


L'ÎLE

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À notre avis :

Neuf nouvelles denses écrites soit à la première personne, soit par un narrateur omniscient (une nouvelle est présentée sous la forme d'épître). Quête spirituelle (souvent confondue avec la religion, comme il se doit). La phrase est très ouvragée; l'adjectif, chirurgical : c'est une orgie de descriptions fleuries, parfois assez opaques, d'un lyrisme noir consommé, touffu (et parfois étouffant). Le résumé ci-haut présenté ne reproduit donc pas le style, d'aucune façon. Supposons que la littérature se divise en deux catégories: l'une qui cerne un personnage et l'enjeu du récit en une phrase et une autre aux antipodes de la première; ce livre appartient à cette deuxième catégorie. «La mer de la tranquillité» se retrouve dans L'amélanchier. J'en ai pris avec délectation, mais j'en ai laissé davantage. On note une orgie de mots rares : escarpolettes, grenu, purpura, moleskine, gibbosité, chrême, marigots, corégones, ajoncs, blettir, cormes, élytres, prurit, fétuque, sarracénie, inflorescences; des formulations comme «sous des chaos de nuages illisibles»; et «De toute façon, on ne sait rien de rien, mais il faut toujours envisager le pire, parce que, le pire, c'est le propre de l'homme.» (Sylvain Trudel, La mer de la tranquillité, Les allusifs, 2006, p.30), «L'amour est une vache à lait et la poésie est bête comme mes deux pieds, mais ça nourrit son mendiant mieux que la pitié.» (p.73), «Tout autour de moi, des gens priaient pour l'âme du suicidé, mais je me suis demandé à quoi pouvait bien servir leur bon Dieu, dans ce monde où tant d'hommes ont encore plus peur de vivre que de mourir.» (p. 108), «Le soir de ce jour-là, je me suis barricadé dans ma chambre et enfoui sous mes draps en me disant : tout seul dans le noir, on se sent moins seul, parce qu'on ne voit pas qu'il n'y a personne d'autre.» (p. 149) et «Le plaisir de haïr et de tuer est trop grand, trop universellement répandu depuis des millénaires, il n'y a rien à faire pour le freiner, les hommes sont perdus.» (p. 138).

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