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Neuf nouvelles denses écrites soit à la
première personne, soit par un narrateur omniscient (une nouvelle
est présentée sous la forme d'épître). Quête spirituelle
(souvent confondue avec la religion, comme il se doit). La phrase
est très ouvragée; l'adjectif, chirurgical : c'est une orgie de
descriptions fleuries, parfois assez opaques, d'un lyrisme noir
consommé, touffu (et parfois étouffant). Le résumé ci-haut
présenté ne reproduit donc pas le style, d'aucune façon.
Supposons que la littérature se divise en deux catégories: l'une
qui cerne un personnage et l'enjeu du récit en une phrase et une
autre aux antipodes de la première; ce livre appartient à cette
deuxième catégorie. «La mer de la tranquillité» se retrouve dans
L'amélanchier.
J'en ai pris avec délectation, mais j'en ai laissé davantage. On
note une orgie de mots rares : escarpolettes, grenu, purpura,
moleskine, gibbosité, chrême, marigots, corégones, ajoncs,
blettir, cormes, élytres, prurit, fétuque, sarracénie,
inflorescences; des formulations comme «sous des chaos de nuages
illisibles»; et «De toute façon, on ne sait rien de rien, mais il
faut toujours envisager le pire, parce que, le pire, c'est le propre
de l'homme.» (Sylvain Trudel, La mer de la tranquillité,
Les allusifs, 2006, p.30), «L'amour est une vache à lait et la
poésie est bête comme mes deux pieds, mais ça nourrit son
mendiant mieux que la pitié.» (p.73), «Tout autour de moi, des
gens priaient pour l'âme du suicidé, mais je me suis demandé à
quoi pouvait bien servir leur bon Dieu, dans ce monde où tant
d'hommes ont encore plus peur de vivre que de mourir.» (p. 108),
«Le soir de ce jour-là, je me suis barricadé dans ma chambre et
enfoui sous mes draps en me disant : tout seul dans le noir, on se
sent moins seul, parce qu'on ne voit pas qu'il n'y a personne
d'autre.» (p. 149) et «Le plaisir de haïr et de tuer est trop
grand, trop universellement répandu depuis des millénaires, il n'y
a rien à faire pour le freiner, les hommes sont perdus.» (p. 138).
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