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Quand
l’amour est interdit
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Neffeli
a grandi dans un quartier juif hassidique où elle n’a jamais
pu parler à un Juif. Adulte,
l’un d’eux devient son amant.
Un
improbable couple
Dans
la salle d’attente de l’hôpital juif, Neffeli Lykourgos,
une chrétienne née d’un père grec, fait la rencontre de Yéhouda
Leibovitz, un Juif hassidique. Elle s’est fait avorter le
matin même et s’inquiète de douleurs au ventre. Son fiancé,
Haïthem, est en Syrie, au chevet de son père malade. Tel que
le prescrit sa religion, Yéhouda porte la barbe, des vêtements
blancs et noirs et un grand chapeau; des papillotes encadrent
son visage. Quatre ans après la fin d’un mariage qu’on lui
avait imposé, il est toujours célibataire au grand désespoir
de ses parents qui voudraient qu’il soit comme tous les jeunes
gens de son âge: marié et père de quelques enfants. Mais Yéhouda
n’est pas tout à fait comme les autres. Bien que religieux,
il est perçu comme un rebelle par son entourage.
N’enfreint-il pas une loi lorsqu’il entre chez Neffeli et
plus encore lorsqu’il devient son amant et la fréquente assidûment?
Neffeli et Yéhouda forment un improbable couple, lui «le pieux»,
comme elle l’appelle, et elle, la goy, l’impure, fiancée à
un autre, un Arabe de surcroît. Quand quelqu’un les dénonce,
après les avoir vus se promener ensemble dans le ghetto
hassidique, la mère de Yéhouda pleure jour et nuit. Se sentant
coupable de transgresser les lois millénaires, Yéhouda quitte
alors Neffeli, puis revient vers elle, inaugurant ainsi une série
d’allers-retours motivés tour à tour par son désir d’elle
et par son sentiment de culpabilité. Neffeli, qui souffre de
ces rejets, le désire d’autant plus qu’il la repousse. Mais
que veut-elle vraiment, elle qui reconnaît que si elle arrivait
un jour à l’épouser, elle «perdrai[t] tout intérêt pour
lui» (p. 113)?
L’amour
empêché
L’amour
empêché, dans le roman, est multiple. Il n’est pas que celui
des deux protagonistes. Il est aussi celui du père retourné en
Grèce, celui du fiancé parti à Damas et que Neffeli a
l’intention de quitter, et surtout celui du bébé qui ne naîtra
jamais. Yéhouda, en effet, semble occuper la place laissée
vacante par l’enfant avorté. Neffeli, qui est la narratrice
du récit, le désigne par les mots de «garçon juif», et
parfois même de «gamin». Ce n’est pas un homme qu’elle
voit en lui, mais un enfant, lui qui ne connaît pas grand-chose
de la vie en dehors du quartier hassidique, lui qu’elle guide,
en dehors de ce ghetto, comme elle aurait guidé son enfant dans
la vie, en dehors de son ventre. Yéhouda incarne aussi à ses
yeux la solidarité et la fraternité qui lui font défaut, car
les Juifs hassidiques sont surtout, pour elle, des gens «possédant
des liens» (p. 140). Les regarder marcher ensemble, sur la rue,
la réconforte.
Somme
toute, ce sont tous ces sens entremêlés qui confèrent sa
richesse au roman, un roman peu banal écrit dans une langue qui
ne l’est pas non plus.
Josée
Bonneville
 

Tassia Trifiatis, Judas, Montréal,
Leméac,
2007, 144 p., 17,95$.
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