Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 130, été 2008, de la revue Lettres québécoises (pages 21-22).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un truand romantique

Le cinéma nous a donné Le party, de Pierre Falardeau, mais la littérature québécoise a peu exploré l’univers carcéral. Jean-Pierre Trépanier le fait avec brio dans Colomia.

 

Le pénitencier, où se passe la première moitié du roman, est un milieu que connaît bien Jean-Pierre Trépanier puisqu’il y travaille depuis 15 ans comme animateur culturel et sportif. La description des lieux, des gens qui y vivent –gardiens et prisonniers – et des mœurs qui y prévalent en témoigne. Dès l’incipit, la description de l’ouverture des portes des cellules pour le souper, par exemple, atteste de son expérience répétée du bruit de «déchirement métallique» (p. 9) qu’elles produisent lorsqu’elles s’ouvrent toutes en même temps, à 17 heures trente précises. La description de la cellule de Colomia, puis celle de la bagarre avec le chef des prisonniers, nous plongent d’emblée dans ce milieu dur avec ses règles (celles des autorités et celles des prisonniers), ses jeux de pouvoir et ses magouilles. 

Un personnage attachant

Colomia n’est pas un roman policier, même si la plupart des ingrédients du genre y sont présents: un policier qui traque sans relâche un bandit qui le déteste et veut se venger de lui, des cambriolages, de la violence et de la drogue; il y manque tout au plus un meurtre ou deux! Qu’à cela ne tienne: les nombreux rebondissements de l’action, racontés sur un rythme soutenu, suffisent amplement à soutenir l’intérêt du lecteur. Le personnage principal, ici, n’est pas le policier. C’est le truand, Colomia, un personnage attachant, de la lignée des hors-la-loi au grand cœur auxquels le lecteur s’identifie volontiers. Malgré de grandes différences avec le héros des Misérables, il y a du Jean Valjean en lui. Adolescent, il a voulu être un «Robin des bois moderne» (p. 46) et il a donné une bonne partie du fruit de ses premiers larcins à des organismes de charité. Colomia est un être contrasté. Homme fort qui ne craint pas les bagarres, ni aux poings ni à l’arme blanche, il aime lire de la philosophie et de la poésie. Considéré dangereux par la police, il cherche à sauver toutes les femmes en détresse que la vie met sur son chemin, y compris celles à qui il fait peur lors de ses hold-up. Son éternel rival, l’inspecteur Levarois, le qualifie de «romantique» (p. 155), une épithète qui convient parfaitement à ce héros qui a déjà rêvé de mourir comme Clyde Barrow dans le film Bonnie and Clyde

Un film, pourquoi pas?

Il est dommage, cependant, que l’auteur ait senti le besoin de donner une explication trop appuyée, et plutôt convenue, de sa psychologie. La conversation entre Colomia et sa sœur, à la fin du chapitre 4, est à cet égard trop rationnelle, et le niveau de langue utilisé est, par ailleurs, trop soutenu. Il n’est pas crédible que les deux personnages emploient, par exemple, le passé simple et le pronom cela. La même chose se produit au chapitre 6 lorsqu’un autre personnage, Frange, explique à Colomia ce qui l’a amenée à se droguer et à se prostituer. Si le dialogue manque parfois d’authenticité, l’écriture narrative est, par ailleurs, limpide, sensible et fort bien maîtrisée. Avis aux intéressés: bien réalisé, ce roman ferait un excellent film.

 

Josée Bonneville

Jean-Pierre Trépanier, Colomia, Montréal, Les Éditions Sémaphore, 2007, 199 p., 21,95$.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.