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Le
cinéma nous a donné Le party, de Pierre Falardeau, mais
la littérature québécoise a peu exploré l’univers carcéral.
Jean-Pierre Trépanier le fait avec brio dans Colomia.
Le pénitencier, où se passe la première moitié du roman, est un
milieu que connaît bien Jean-Pierre Trépanier puisqu’il y
travaille depuis 15 ans comme animateur culturel et sportif. La
description des lieux, des gens qui y vivent –gardiens et
prisonniers – et des mœurs qui y prévalent en témoigne. Dès
l’incipit, la description de l’ouverture des portes des
cellules pour le souper, par exemple, atteste de son expérience
répétée du bruit de «déchirement métallique» (p. 9)
qu’elles produisent lorsqu’elles s’ouvrent toutes en même
temps, à 17 heures trente précises. La description de la
cellule de Colomia, puis celle de la bagarre avec le chef des
prisonniers, nous plongent d’emblée dans ce milieu dur avec
ses règles (celles des autorités et celles des prisonniers),
ses jeux de pouvoir et ses magouilles.
Un personnage attachant
Colomia n’est pas un
roman policier, même si la plupart des ingrédients du genre y
sont présents: un policier qui traque sans relâche un bandit
qui le déteste et veut se venger de lui, des cambriolages, de
la violence et de la drogue; il y manque tout au plus un meurtre
ou deux! Qu’à cela ne tienne: les nombreux rebondissements de
l’action, racontés sur un rythme soutenu, suffisent amplement
à soutenir l’intérêt du lecteur. Le personnage principal,
ici, n’est pas le policier. C’est le truand, Colomia, un
personnage attachant, de la lignée des hors-la-loi au grand cœur
auxquels le lecteur s’identifie volontiers. Malgré de grandes
différences avec le héros des Misérables, il y a du
Jean Valjean en lui. Adolescent, il a voulu être un «Robin des
bois moderne» (p. 46) et il a donné une bonne partie du fruit
de ses premiers larcins à des organismes de charité. Colomia
est un être contrasté. Homme fort qui ne craint pas les
bagarres, ni aux poings ni à l’arme blanche, il aime lire de
la philosophie et de la poésie. Considéré dangereux par la
police, il cherche à sauver toutes les femmes en détresse que
la vie met sur son chemin, y compris celles à qui il fait peur
lors de ses hold-up. Son éternel rival, l’inspecteur Levarois,
le qualifie de «romantique» (p. 155), une épithète qui
convient parfaitement à ce héros qui a déjà rêvé de mourir
comme Clyde Barrow dans le film Bonnie and Clyde.
Un film, pourquoi pas?
Il est dommage, cependant, que l’auteur ait senti le besoin de donner
une explication trop appuyée, et plutôt convenue, de sa
psychologie. La conversation entre Colomia et sa sœur, à la
fin du chapitre 4, est à cet égard trop rationnelle, et le
niveau de langue utilisé est, par ailleurs, trop soutenu. Il
n’est pas crédible que les deux personnages emploient, par
exemple, le passé simple et le pronom cela. La même
chose se produit au chapitre 6 lorsqu’un autre personnage,
Frange, explique à Colomia ce qui l’a amenée à se droguer
et à se prostituer. Si le dialogue manque parfois
d’authenticité, l’écriture narrative est, par ailleurs,
limpide, sensible et fort bien maîtrisée. Avis aux intéressés:
bien réalisé, ce roman ferait un excellent film.
Josée
Bonneville
   
Jean-Pierre Trépanier, Colomia, Montréal,
Les Éditions Sémaphore, 2007, 199 p., 21,95$.
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