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Article paru dans le numéro 139, automne 2010, de la revue Lettres québécoises (pages 35-36).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous les poncifs ridicules, la plage

Des récits formellement sobres, mais d'une extravagance vivifiante, un auteur (sic) qui écrit avec la calme assurance du marin qui murmure ses confidences à la buvette à matelot...

 

Ce n'est pas moi qui le dis, mais l'« argumentaire » fourni par l'éditeur, « argumentaire » qui tient lieu ici de communiqué. Pour quiconque veut bien rendre compte de ce livre, l'affaire est doublement choquante. D'abord, c'est nous prendre pour des demeurés que de nous balancer une bullshit si pompeuse. Ensuite, ces quelques petites phrases m'ont mis dans de très mauvaises dispositions et ont porté ombrage à un livre qui a pourtant plus d'un mérite. Note à l'éditeur que je découvre : pourriez-vous rendre vos arguments dans une prose digne des récits que vous présentez, s’il vous plaît?

Il s'agit d'un recueil de courtes nouvelles circulaires présenté en six parties, les quatre premières sous des thèmes qui ne sont pas identifiés mais qu’on devine très vite être : l'aliénation, le viol, les crimes violents et le suicide. L'avant-dernière nouvelle fait figure de synthèse et la dernière est une uchronie traitée à la manière d'une légende. La plume flirte négligemment avec le commun, probablement consciente qu'elle n'a pas à prouver qu'elle s'en démarque. Elle est discrète, aussi, peut-être parce que la phrase se sait assise sur une construction solide et qu'elle connaît la vacuité relative de l'esbroufe langagière. Les textes savent aussi changer de couleur sans jurer avec l'ensemble.

Ce qui est dommage, c'est qu'on comprend vite cette idée des thèmes et que ceux-ci viennent brûler les chutes des récits, chutes pourtant très bien emmenées et parfois essentielles à certaines histoires. Dès la deuxième nouvelle, dans la quatrième partie, « Black-Out », je n'attendais que les suicides.

De l’agacement au ravissement

Je suis entré dans la première partie en réprimant aussi un sentiment d'agacement envers le premier thème abordé. Je me retrouve trop souvent, avec la littérature des femmes, dans un univers de petites chattes blessées qui lèchent encore et encore leurs plaies...

Puis vient le viol, en deuxième partie. Dans la première nouvelle, le viol d'une inconnue. Évidemment, me suis-je dit, confirmant à mes yeux le côté dérisoire de ces récits et fantasmes communs à toutes ces auteures grises qui pullulent, poursuivant ma lecture presque malgré moi et malgré l'« argumentaire ».

C'est à la première nouvelle sur le suicide, « Par deux fois », que j'ai rendu les armes et que j'ai commencé à aborder l'auteure comme une écrivaine, que j'ai été vraiment touché. C'est lors de la chute que j'ai vécu une petite mort. J'ai eu beau, par la suite, avoir un mouvement d'humeur contre « Parenthèse », je l'ai finalement mis sur le compte d'un comportement masculin post-coïtal tout à fait normal. Tout compte fait, j'ai aimé mes aventures avec Dany Tremblay.

 

Sébastien Lavoie

Dany Tremblay, Tous les chemins mènent à l'ombre, Montréal, Éditions de la Grenouille Bleue, 2010, 140 pages, 22,95 $

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