|
Sous
les poncifs ridicules, la plage
|
Des
récits formellement sobres, mais d'une extravagance vivifiante,
un auteur (sic) qui écrit avec la calme assurance du marin qui
murmure ses confidences à la buvette à matelot...
Ce
n'est pas moi qui le dis, mais l'« argumentaire »
fourni par l'éditeur, « argumentaire » qui tient
lieu ici de communiqué. Pour quiconque veut bien rendre compte
de ce livre, l'affaire est doublement choquante. D'abord, c'est
nous prendre pour des demeurés que de nous balancer une bullshit
si pompeuse. Ensuite, ces quelques petites phrases m'ont mis
dans de très mauvaises dispositions et ont porté ombrage à un
livre qui a pourtant plus d'un mérite. Note à l'éditeur que
je découvre : pourriez-vous rendre vos arguments dans une
prose digne des récits que vous présentez, s’il vous plaît?
Il
s'agit d'un recueil de courtes nouvelles circulaires présenté
en six parties, les quatre premières sous des thèmes qui ne
sont pas identifiés mais qu’on devine très vite être :
l'aliénation, le viol, les crimes violents et le suicide.
L'avant-dernière nouvelle fait figure de synthèse et la dernière
est une uchronie traitée à la manière d'une légende. La
plume flirte négligemment avec le commun, probablement
consciente qu'elle n'a pas à prouver qu'elle s'en démarque.
Elle est discrète, aussi, peut-être parce que la phrase se
sait assise sur une construction solide et qu'elle connaît la
vacuité relative de l'esbroufe langagière. Les textes savent
aussi changer de couleur sans jurer avec l'ensemble.
Ce
qui est dommage, c'est qu'on comprend vite cette idée des thèmes
et que ceux-ci viennent brûler les chutes des récits, chutes
pourtant très bien emmenées et parfois essentielles à
certaines histoires. Dès la deuxième nouvelle, dans la quatrième
partie, « Black-Out », je n'attendais que les
suicides.
De
l’agacement au ravissement
Je
suis entré dans la première partie en réprimant aussi un
sentiment d'agacement envers le premier thème abordé. Je me
retrouve trop souvent, avec la littérature des femmes, dans un
univers de petites chattes blessées qui lèchent encore et
encore leurs plaies...
Puis
vient le viol, en deuxième partie. Dans la première nouvelle,
le viol d'une inconnue. Évidemment, me suis-je dit, confirmant
à mes yeux le côté dérisoire de ces récits et fantasmes
communs à toutes ces auteures grises qui pullulent, poursuivant
ma lecture presque malgré moi et malgré l'« argumentaire ».
C'est
à la première nouvelle sur le suicide, « Par deux fois »,
que j'ai rendu les armes et que j'ai commencé à aborder l'auteure
comme une écrivaine, que j'ai été vraiment touché. C'est
lors de la chute que j'ai vécu une petite mort. J'ai eu beau,
par la suite, avoir un mouvement d'humeur contre « Parenthèse »,
je l'ai finalement mis sur le compte d'un comportement masculin
post-coïtal tout à fait normal.
Tout compte fait, j'ai aimé mes aventures avec Dany Tremblay.
Sébastien
Lavoie
 
Dany Tremblay, Tous les chemins mènent
à l'ombre, Montréal, Éditions de la Grenouille Bleue,
2010, 140 pages, 22,95 $
|