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Article paru dans le numéro 118, été 2005, de la revue Lettres québécoises (page 18).

 

 

 

 

 

 

 

Lance et... écris

Le hockey à l'avant-scène.

Le narrateur de Ça sent la coupe porte le même prénom que son auteur, Matthieu (avec deux t). Il tient le journal de sa vie qui se déroule presque exclusivement sur son sofa, devant sa télé de 51 pouces où il regarde 93 matchs de hockey, à raison de un par chapitre. Dans son salon défilent sa soeur et ses« amis fuckés» (p. 132) qui viennent lui parler de leurs histoires de couples qui se font, se défont et se refont. Enfin... parler est un bien grand mot puisque aucun des personnages n'arrive à vraiment exprimer ce qu'il ressent ni à bien expliquer ce qu'il vit. Tant bien que mal le narrateur, doté d'une grande sensibilité, essaie néanmoins de les comprendre et de les aider. C'est à partir de ce vide qu'il élabore son récit: « [... ] je ne comprends pas toujours ce qui se passe, mais je vous le raconte pareil [... ].» (p. 132)

Le hockey : toute la place… ou presque

À mon avis, le hockey ne constitue pas qu'«un beau décor pour [l']histoire», ainsi qu'il est écrit sur la quatrième de couverture. Tout est construit autour de lui et tout est suscité par lui, ce qui fait d'ailleurs dire au narrateur que, dans son monde, «[i]l ne se passe rien quand il n'y a pas de hockey» (p. 172). Ce qui est désolant, dans cet univers, c'est la primauté du discours sur le hockey sur toute autre parole. Ainsi, le narrateur ne dit presque rien de sa rupture avec la femme dont il a partagé la vie pendant deux ans, mais il commente abondamment les 93 matchs de hockey de la saison 2003-2004.

En structurant son récit à partir de ces 93 matchs, Matthieu Simard l'a enfermé dans un cadre qui, de prime abord, m'a semblé artificiel et rigide. Pourtant, force est de reconnaître qu'il a réussi à construire un univers très cohérent. Si les personnages manquent d'épaisseur, en revanche, ils sont très vraisemblables. Les dialogues, abondants (même si ce sont souvent des «conversations vides», p. 141), collent à la langue parlée («ça te tente-tu», «faque» «coudon» «c'est cool»), ce qui n'exclut pas, par moments, un lyrisme certain mais jamais appuyé: «Je suis gris de l'intérieur.» (p. 80)

Josée Bonneville

Matthieu Simard, Ça sent la coupe,Montréal Les Éditions internationales Alain Stanké, 2004, 272 p., 22,95 $.

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