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Le hockey à l'avant-scène.
Le
narrateur de Ça
sent la coupe porte
le même prénom que son auteur, Matthieu (avec deux t). Il tient
le journal de sa vie qui se déroule presque exclusivement sur
son sofa, devant sa télé de 51 pouces où il regarde 93 matchs
de hockey, à raison de un par chapitre. Dans son salon défilent sa soeur et
ses« amis fuckés» (p. 132) qui viennent lui parler de leurs
histoires de couples qui se font, se défont et se refont.
Enfin... parler est un bien grand mot puisque aucun des
personnages n'arrive à vraiment exprimer ce qu'il ressent ni à
bien expliquer ce qu'il vit. Tant bien que mal le narrateur, doté
d'une grande sensibilité, essaie néanmoins de les comprendre
et de les aider. C'est à partir de ce vide qu'il élabore son récit:
« [... ] je ne comprends pas toujours ce qui se passe, mais je
vous le raconte pareil [... ].» (p. 132)
Le hockey : toute la place… ou presque
À
mon avis, le hockey ne constitue pas qu'«un beau décor pour
[l']histoire», ainsi qu'il est écrit sur la quatrième de
couverture. Tout est construit autour de lui et tout est suscité
par lui, ce qui fait d'ailleurs dire au narrateur que, dans son
monde, «[i]l ne se passe rien quand il n'y a pas de hockey»
(p. 172). Ce qui est désolant, dans cet univers, c'est la
primauté du discours sur le hockey sur toute autre parole.
Ainsi, le narrateur ne dit presque rien de sa rupture avec la
femme dont il a partagé la vie pendant deux ans, mais il
commente abondamment les 93 matchs de hockey de la saison
2003-2004.
En
structurant son récit à partir de ces 93 matchs, Matthieu
Simard l'a enfermé dans un cadre qui, de prime abord, m'a semblé
artificiel et rigide. Pourtant, force est de reconnaître qu'il
a réussi à construire un univers très cohérent. Si les
personnages manquent d'épaisseur, en revanche, ils sont très
vraisemblables. Les dialogues, abondants (même si ce sont
souvent des «conversations vides», p. 141), collent à la
langue parlée («ça
te tente-tu», «faque» «coudon» «c'est cool»), ce qui
n'exclut pas, par moments, un lyrisme certain mais jamais appuyé:
«Je suis gris de l'intérieur.» (p. 80)
Josée Bonneville
Matthieu Simard, Ça sent la coupe,Montréal Les Éditions
internationales Alain Stanké, 2004, 272 p., 22,95 $.
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