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Article paru dans le numéro 134, été 2009, de la revue Lettres québécoises (pages 37-38).

 

 

 

 

 

 

 

 

Mines expressives

Du vagin à la mine, il ne faut pourtant pas creuser longtemps pour trouver un fil conducteur...

Après ses histoires de fentes obscures qui attirent le petit pape (Contes coquins pour oreilles folichonnes, 2000), et leurs conséquences logiques, des histoires tournant autour de l'enfantement (La Désilet s'est fait engrosser par un lièvre, 2005), tous publiés chez le même éditeur, la conteuse Renée Robitaille nous arrive avec un sujet totalement différent, celui des Hommes de pioche.

C'est à cause de son petit garçon curieux de tout, a-t-elle dit au journal de Val-d'Or en 2006, qu'elle a eu envie de revisiter le pays qui l'a vue naître et de s'en inspirer pour écrire ces récits de mineurs. Récits qui vont dans toutes les directions et qui appartiennent à divers registres. Certains sont de banales histoires de taverne, des histoires de pisse (un remède au tétanos?) et de tours pendables; d'autres sont plus dramatiques, comme celui d'une maison en feu où un couple voit, un 14 février, périr trois de ses enfants.

Le recueil s'ouvre sur une question d'Arthur, un petit garçon qui demande à sa mère ce qu'elle fait avec une grosse valise. Elle s'en va conter dans le pays des géants, lui répond-elle. Et de lui expliquer, par images, ce qu'est l'Abitibi-Témiscamingue et le lecteur de comprendre qu'elle laissera derrière elle son petit gars... Mais non, il interviendra tout au long du recueil...

Après ce préambule, le recueil fait un détour par l'Italie où la conteuse, enceinte d'Arthur, est l'invitée d'un quelconque festival du conte. Dans un café, elle fait la rencontre fortuite d'un dénommé Antonio, un Italien qui a déjà roulé sa bosse dans les mines d'Abitibi et qui charge la conteuse de rapporter une fiole à un certain Grand Zaphat. Quatre ans plus tard (Arthur s'exprime de la même façon que lorsque, foetus, il intervenait dans le café italien), elle revoit sa grand-mère en Abitibi et elle se met en quête du Grand Zaphat. Va t'en demander Ti-Cas à la taverne du coin, lui suggère-t-elle, il connaît toutes les histoires de mineurs. Et les histoires viendront de celui-ci et de Pinchaud, qu'il s'agisse des histoires qui tendent à vous mettre une pépite dans l'oeil ou des histoires simplement divertissantes.

L'auteure a glané celles-ci, comme il se doit, dans les mines et les tavernes, et elle a à l'évidence un réel souci d'authenticité, ce qui pollue parfois la fluidité du récit qui s'encombre alors de détails pas toujours essentiels qui m'ont laissé songeur (Antonio est inexplicablement au courant des problèmes de santé du Grand Zafat, par exemple). L'auteure nous propose aussi quelques contorsions inutiles et rarement convaincantes pour en arriver à présenter Arthur au Grand Zafat.

Le CD finement livré qui accompagne le livre offre un texte relativement décalé par rapport à la version écrite, assez décalé pour que l'un contribue à éclaircir des passages de l'autre. Un montage sonore des entrevues réalisées par madame Robitaille ouvre chaque plage. Sur ses précédents CD, le timbre de voix de la conteuse et son rendu me rappelaient désagréablement la manière de Passe-Partout; ici, elle est bien mieux incarnée.

Sébastien Lavoie

Renée Robitaille, Hommes de pioche, Montréal, Planète rebelle, 2008, 97 p., 21,95 $

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