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La mère de Nechama
avait une telle soif que dès la naissance de celle-ci, en 1887,
qu'elle est entrée dans la rivière Pripet et qu'on ne l'a jamais
revue. Son père, le cordonnier Aaron Lev, l'a placée chez la
nourrice et pseudosorcière Lipsa, qui l'a rebaptisée Miriam pour
éloigner la malédiction entourant sa naissance. Au cours de sa
septième année, Miriam est retournée vivre chez son père, dans
un hameau «édifié au milieu des marais du Polyseh». Celle qui
lui a enseigné tout, à commencer par la Torah, c'est sa
belle-mère Lipsa, qui ne s'est jamais fait d'illusion sur le sort
des humbles aux prises avec le joug tsariste, particulièrement à
cette époque où le capitalisme était des plus libéral : «Nous
ignorons si nous mourrons cette année à cause de la famine ou
l'an prochain, victimes d'un pogrom. Mais ce que nous savons,
c'est que la prospérité, le confort, le charme d'une vie normale
nous seront toujours refusés. Nous n'y aurons jamais droit.
Jamais. Pas tant que nous resterons ici.» La révolte gronde,
mais il y a loin entre la coupe de la révolution et les lèvres
de l'indignation populaire. Beaucoup feront les frais du
soulèvement... C'est en partie ce qu'explique, de sa prison, la
narratrice dans des lettres adressées à ce fils qu'elle n'a
jamais vu.
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