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Ta bouche est ravissante - Nancy Richler - 2002

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La mère de Nechama avait une telle soif que dès la naissance de celle-ci, en 1887, qu'elle est entrée dans la rivière Pripet et qu'on ne l'a jamais revue. Son père, le cordonnier Aaron Lev, l'a placée chez la nourrice et pseudosorcière Lipsa, qui l'a rebaptisée Miriam pour éloigner la malédiction entourant sa naissance. Au cours de sa septième année, Miriam est retournée vivre chez son père, dans un hameau «édifié au milieu des marais du Polyseh». Celle qui lui a enseigné tout, à commencer par la Torah, c'est sa belle-mère Lipsa, qui ne s'est jamais fait d'illusion sur le sort des humbles aux prises avec le joug tsariste, particulièrement à cette époque où le capitalisme était des plus libéral : «Nous ignorons si nous mourrons cette année à cause de la famine ou l'an prochain, victimes d'un pogrom. Mais ce que nous savons, c'est que la prospérité, le confort, le charme d'une vie normale nous seront toujours refusés. Nous n'y aurons jamais droit. Jamais. Pas tant que nous resterons ici.» La révolte gronde, mais il y a loin entre la coupe de la révolution et les lèvres de l'indignation populaire. Beaucoup feront les frais du soulèvement... C'est en partie ce qu'explique, de sa prison, la narratrice dans des lettres adressées à ce fils qu'elle n'a jamais vu.

À notre avis :

Vingt chapitres écrits à l'imparfait allant de la naissance de la narratrice jusqu'à... ben la fin du récit (na!). C'est parfois entrecoupé de lettres écrites en 1911-12. Noble, sobre, aristocratique, précis, efficace : voilà autant de mots pour décrire ce style précis qui réussit à tenir en haleine. Quelques légèretés dans la structure de l'oeuvre (par exemple : c'est gros la Russie, pourtant dans la populeuse Kiev, la narratrice tombe continuellement sur des gens originaires de son patelin...), mais je chipote comme un abruti : cette plume est ravissante, malgré un propos qui l'est moins (car nous voilà à leur souhaiter le joug bolchévique, c'est tout dire). On note : «Son aigreur égalait celle du lait caillé.» «La vie est un lit de douleur, poursuivit-elle, mais on ne voit pas pour autant les gens s'allonger et faire le mort dans la rue.» «Les êtres humains ne sont pas des gouttes d'eau. Il n'est pas dans notre nature de couler, insouciant, vers notre destinée.» et «Dis-leur qu'il est venu par le siège, à sa naissance, et que depuis il n'a jamais très bien su distinguer le haut du bas.»

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