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Article paru dans le numéro 137, printemps 2010, de la revue Lettres québécoises (page 35).

 

 

 

 

 

 

 

 

Fausses nouvelles, bonnes nouvelles

Un joyeux roman éclaté, tragique et postmoderne qui nous est présenté sous forme de nouvelles, allez savoir pourquoi.

La forme du livre m'a rappelé vaguement Le dompteur d'ours d'Yves Thériault. Chaque nouvelle est largement autosuffisante et son pouvoir d'évocation se trouve démultiplié au contact des autres nouvelles qui lui répondent. Les deux premières et les deux dernières histoires du livre ne sauraient être lues à une autre position que celle que leur a assignée l'écrivaine. Pourtant, c'est présenté comme des nouvelles. Pourquoi pas.

Un roman grandiose!

Ça se passe à Roses-sur-Mer, « un endroit qui aime voir les gens mourir » (p. 137). Tout semble avoir commencé en juillet 1846. Elle s'appelait Rose et attendait, près de la mer, dans la robe qu'elle projetait de porter lors de son mariage avec son amoureux François, « parti en bateau depuis deux mois » (p. 15) et qui devait être revenu depuis déjà trois semaines. Depuis ces trois semaines, tout chez la belle « s'assèche et meurt » (p. 15). Quand son frère vient la voir au bord de l'eau et la touche, elle « se défait immédiatement en cendres très fines [...] parfumées » (p. 16), puis les vagues viennent lécher le rivage avec intensité et laissent derrière elles, une semaine plus tard, un rosier qui chante avec la voix de la belle. Ainsi est née la malédiction de Roses-sur-Mer, un village où la mort se substitue élégamment à la vie.

Le mal-être

Tous les personnages sont habités par un mal-être aussi grand qu'est magnifique le lyrisme agonisant qu'emprunte l'auteure pour nous livrer ces récits. C'est beau! C'est La héronnière avec du réalisme magique; et c'est écrit avec la même finesse que celle de, disons, Louise Dupré ou Michèle Péloquin. Le récit ne sacrifie rien à la recherche stylistique. Elle fait dans la « tragédie rendue de façon si poétique » (p. 126), où l'écrivaine injecte à son lecteur un fatalisme ironique vaguement narquois.

Tout, dans ce livre, est tragédie. Tragédies de bourgeois, préciseront les cyniques. C'est que toutes ces histoires sont axées sur les problèmes existentiels, sur ce spleen qui est généralement l'apanage de ceux qui n'ont plus à s'occuper de leur survie.

L’écrivaine fait aussi dans la mise en abyme avec ce livre qui revient de nouvelle en nouvelle : Il est venu avec des anémones. Et tout cela n’est pas innocent. C'est que tout tourbillonne lentement, dans ce livre, tout revient sans cesse. D'ailleurs, sitôt le livre terminé, une grande envie de le relire sur-le-champ m'a saisi afin de m'assurer d'avoir bien distingué tous les personnages, toutes les images, toutes les odeurs qui reviennent sans cesse, comme des leitmotivs. Et puis je ne sais pas ce que j'ai avec l'Alzheimer, mais c’est encore une nouvelle traitant de cette maladie qui m'a le plus touché; elle s'appelle « Ma mémoire d'elle ».

Peu importe dans quelle petite case littéraire entrent ces histoires, l'important pour vous est de savoir que ce livre est à mettre entre toutes les mains.

 

Sébastien Lavoie

Lyne Richard, Il est venu avec des anémones, Montréal, Québec Amérique, coll. "Littérature d'Amérique", 2009, 181 p., 19,95 $.

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