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Comment
survivre à une enfance terrifiante?
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Lyne
Richard nous fait vivre un voyage troublant au pays de la folie.
Zab
connaît la pire des enfances: un père violent, une mère déprimée
au cœur sec, une institutrice qui se sert de la religion pour
persécuter ses élèves, bref, la misère affective autant que
matérielle. Heureusement qu’il y a son grand frère, seul
capable de tendresse et de complicité, mais lorsqu’il fuit
cet enfer, plus personne ne peut consoler Zab, qui n’a alors
que douze ans. Quand sa mère meurt, trois ans plus tard, Zab
cesse de parler pendant un an. Le silence est son refuge. Tout
comme les dessins qu’elle fait sur tous les bouts de papier et
de carton qu’elle trouve. Adulte, elle sera peintre. Et elle
se battra sans relâche contre les démons, tenaces, de cette
enfance vécue dans la terreur. Rien n’y fera. Ni l’amour dévoué
et inconditionnel de son mari qui lui pardonne tout dans
l’espoir de la sauver, ni la naissance de leur fille en qui
elle ne perçoit que «la part sombre» (p. 60) d’elle-même,
ni les multiples liaisons dans lesquelles elle cherche «des
peurs de plus en plus grandes afin d’abolir celles de [son]
enfance» (p. 70), ni même le seul homme en qui elle se reconnaîtra
comme dans un frère et qu’elle aimera à la folie et… dans
la folie.
La
folie comme si vous y étiez
Le
récit est raconté à la première personne par une Zab (un
diminutif d’Élizabeth) qui avance dans sa vie comme une
funambule sur une lame de rasoir. Une Zab qui ne connaît que la
démesure, celle de la violence, de la passion et du désespoir.
Le lecteur est donc constamment plongé dans l’horreur avec
elle, et le grand mérite du roman, c’est de lui faire connaître,
de l’intérieur, les abîmes vertigineux de sa folie ainsi que
toutes ses implications: son enlisement dans des patterns insensés
et douloureux, son angoisse incessante, son incapacité à
entrer en relation avec les autres, son inaptitude au bonheur et
à la vie. À part le bruit des oranges, qui «ont des voix de
paradis, de soleil, d’îles perdues dans la mer chaude» (p.
104), à peu près rien ne vient atténuer son désespoir. Dans
la mesure où, trop accaparée par sa douleur, elle ne peut
reconnaître aux autres ni une vie ni une voix propres, aucun
discours ne permet au lecteur de se distancier de sa folie, ce
qui rend le récit, par moments, presque insoutenable. Les
quelques paroles sensées du récit, prononcées par des amis de
Zab, tombent à plat; ils font ricaner Zab qui n’y voit, non
sans raison d’ailleurs, que des clichés et des phrases
creuses. Personne ne peut la rejoindre, et l’impuissance des
autres à l’aider fait davantage ressortir la force de son désespoir
et la profondeur de sa folie.
Seule
l’écriture permet une distanciation. La narratrice, en effet,
s’exprime dans une langue très lyrique. La douleur est ainsi
magnifiée, portée par une poésie qui la transcende, et le
lecteur est partagé entre l’horreur du récit et la beauté
de la langue qui le fait vivre.
Josée
Bonneville
 
Lyne Richard, Le bruit des oranges,
Montréal, Québec Amérique, coll. «Littérature d’Amérique»,
2007, 168 p., 19,95$.
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