|
Voyages
en Inde sans parapluie
|
Récits
d’« une sorte de psychothérapie » moyenâgeuse
qui laissent à penser que même ceux qui veulent verser dans
l’aveuglement volontaire percevront toujours une lueur...
Ça
devait faire presque dix ans que je ne n’avais pas ouvert un
de ces livres à la sauce mystique, la dernière fois renvoyant
à une discothèque de Lyon où je m’étais réfugié pour
terminer la lecture de Khalil Gibran et où l’on ne cessait de
m’interrompre pour me demander si je comprenais vraiment ce
dont causait ce Prophète. Oui, je comprenais qu’il
n’y avait rien à y comprendre.
Et
vous ne trouvez pas ça drôle?
L’avantage
qu’il y a à se pencher sur la vie et sur la mort, c’est de
pouvoir en dire n’importe quoi, disait Cioran. Ainsi, il
m’appert que tout discours mystique ne peut résolument tenir
que du n’importe quoi. Les œuvres mystiques, me semble-t-il,
tendent toutes à reposer sur l’idée que le lecteur est
toujours une case en arrière et qu’il se doit de gober en
double les énormités professées s’il ne veut pas rester
l’attardé qu’il est. Le nerf de la guerre, c’est de faire
croire qu’il y a quelque chose de profond à comprendre
d’une assertion comme : « Celui qui est dans
Krishna est dans la vérité. » (p. 48 et 156). Notez que
je ne suis pas en désaccord avec ladite assertion, je pense
seulement que celui qui a le doigt dans la tarte aux pommes est
aussi dans la vérité…
Que
voulez-vous, bien que l’époque le proscrive, l’agnostique
qui chronique se doit d’ouvrir même les livres dont il sait
que la lecture de phrases telle que « Quand on veut le
changement, le changement se met en route » (p. 29) ne
l’amèneront qu’à se demander si une telle affirmation est
une piste de solution à ses Problèmes de Constipation (le
texte en question est truffé de mots parfois écrits TOTALEMENT
en lettres CAPITALES).
Refus
partiel
Thérèse
Renaud a fait partie du groupe des Automatistes, a signé le
manifeste Refus global et s’est exilée en France. Joie
est de constater que son sens du refus a tout de même
partiellement subsisté. C’est le récit, écrit à la troisième
personne (par la narratrice elle-même, Lise), d’une femme
mature, enfin désarçonnée (et donc vulnérable) qui
part pour l’Inde à la rencontre d’un « Sage »
— l’action, bien qu’écrite au présent, est antérieure
de plusieurs années au temps de la narration. Son refus de s’abandonner
totalement aux dogmes de sa nouvelle spiritualité est le moteur
de ses récits, et il n’est jamais totalement dominé, ce qui
m’a soulagé un peu du pénible de la voir se prosterner à
l’autel d’une culture qui a permis l’instauration d’une
classe sociale dite « Intouchables »... Tout de même,
je ne vois toujours pas comment, dans un tel milieu où on ne se
donne même pas la peine de s’occuper des chats, on peut
s’exclamer : « Oui, oui, place à la magie du
monde, à l’amour! » (p. 110)
En cet octobre 2010 pluvieux, j’ai complété ma
lecture en constatant qu’elle n’avait provoqué chez moi
qu’une grande nostalgie pour les romans de Louis
Gauthier.
C’est que madame Renaud n’a pas compris que le
XXIe siècle se fera avec un parapluie ou
qu’il se défera…
Sébastien
Lavoie
Thérèse Renaud, L’horizon
déployé, Montréal, Fides, 2010, 180 pages, 24,65 $
|