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Article paru dans le numéro 141, printemps 2011, de la revue Lettres québécoises (pages 32-33).

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyages en Inde sans parapluie

Récits d’« une sorte de psychothérapie » moyenâgeuse qui laissent à penser que même ceux qui veulent verser dans l’aveuglement volontaire percevront toujours une lueur...

Ça devait faire presque dix ans que je ne n’avais pas ouvert un de ces livres à la sauce mystique, la dernière fois renvoyant à une discothèque de Lyon où je m’étais réfugié pour terminer la lecture de Khalil Gibran et où l’on ne cessait de m’interrompre pour me demander si je comprenais vraiment ce dont causait ce Prophète. Oui, je comprenais qu’il n’y avait rien à y comprendre.

 

Et vous ne trouvez pas ça drôle?

L’avantage qu’il y a à se pencher sur la vie et sur la mort, c’est de pouvoir en dire n’importe quoi, disait Cioran. Ainsi, il m’appert que tout discours mystique ne peut résolument tenir que du n’importe quoi. Les œuvres mystiques, me semble-t-il, tendent toutes à reposer sur l’idée que le lecteur est toujours une case en arrière et qu’il se doit de gober en double les énormités professées s’il ne veut pas rester l’attardé qu’il est. Le nerf de la guerre, c’est de faire croire qu’il y a quelque chose de profond à comprendre d’une assertion comme : « Celui qui est dans Krishna est dans la vérité. » (p. 48 et 156). Notez que je ne suis pas en désaccord avec ladite assertion, je pense seulement que celui qui a le doigt dans la tarte aux pommes est aussi dans la vérité…

 

Que voulez-vous, bien que l’époque le proscrive, l’agnostique qui chronique se doit d’ouvrir même les livres dont il sait que la lecture de phrases telle que « Quand on veut le changement, le changement se met en route » (p. 29) ne l’amèneront qu’à se demander si une telle affirmation est une piste de solution à ses Problèmes de Constipation (le texte en question est truffé de mots parfois écrits TOTALEMENT en lettres CAPITALES).

 

Refus partiel

Thérèse Renaud a fait partie du groupe des Automatistes, a signé le manifeste Refus global et s’est exilée en France. Joie est de constater que son sens du refus a tout de même partiellement subsisté. C’est le récit, écrit à la troisième personne (par la narratrice elle-même, Lise), d’une femme mature, enfin désarçonnée (et donc vulnérable) qui part pour l’Inde à la rencontre d’un « Sage » — l’action, bien qu’écrite au présent, est antérieure de plusieurs années au temps de la narration. Son refus de s’abandonner totalement aux dogmes de sa nouvelle spiritualité est le moteur de ses récits, et il n’est jamais totalement dominé, ce qui m’a soulagé un peu du pénible de la voir se prosterner à l’autel d’une culture qui a permis l’instauration d’une classe sociale dite « Intouchables »... Tout de même, je ne vois toujours pas comment, dans un tel milieu où on ne se donne même pas la peine de s’occuper des chats, on peut s’exclamer : « Oui, oui, place à la magie du monde, à l’amour! » (p. 110)  

En cet octobre 2010 pluvieux, j’ai complété ma lecture en constatant qu’elle n’avait provoqué chez moi qu’une grande nostalgie pour les romans de Louis Gauthier. C’est que madame Renaud n’a pas compris que le  XXIe siècle se fera avec un parapluie ou qu’il se défera…

 

Sébastien Lavoie

Thérèse Renaud, L’horizon déployé, Montréal, Fides, 2010, 180 pages, 24,65 $

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