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Article paru dans le numéro 133, printemps 2009, de la revue Lettres québécoises (page 19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un personnage magnifique

Après Joséphine Plouffe et Rose-Anna Lacasse, voici Mom, une mère qui, à la différence des deux autres, affirme son droit de vivre aussi sa vie de femme.

Dans la mythologie, Méduse est l’une des trois Gorgones, ces monstres aux cheveux de serpents qui pétrifiaient quiconque les regardait. Elle eut la tête tranchée par Persée, qui réussit à éviter son regard. Dans le roman, Méduse s’appelle Marie. Comme Méduse, elle a deux sœurs. Les trois femmes ne sont pas des monstres, mais leur mère, Grand-Mom, a craint qu’elles le soient. Marie s’appelle aussi Mom. Surtout Mom. Elle aime ses trois enfants et souhaite leur bonheur, mais ceux-ci la craignent et ils ont imaginé sa mort «des centaines de fois […] au moins six cents fois» (p. 9).

Le roman débute fin janvier, un peu plus de deux mois après sa disparition. Au début, personne ne s’est inquiété. Toute la famille avait l’habitude de ses escapades. Même quand ses enfants étaient jeunes, Mom partait parfois pour deux ou trois semaines, sans crier gare, avec l’un de ses amants. Elle est même allée en Russie avec l’un d’eux. Aussi Grand-Mom a-t-elle attendu deux semaines avant d’appeler la police, qui a ratissé les environs du chalet de Mom pendant deux mois; sans succès. Fin janvier, Lucie, la plus jeune, qui a maintenant 22 ans, vient faire l’inventaire des affaires de sa mère, mais c’est finalement dans son enfance et son adolescence qu’elle met de l’ordre. Dans l’atelier de Mom, elle trouve les portraits que celle-ci a peints ainsi que des albums photos qu’elle feuillette pendant que le fantôme de son frère Simon l’observe. Elle reçoit aussi la visite de Sam, un ami d’enfance qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Au fil des souvenirs qui ressurgissent et des révélations que lui font Sam, puis ses tantes et sa cousine Hirondelle, plusieurs secrets sont enfin dévoilés.

Une mère peu banale

Au centre de tout cela, Mom. Excessive, égocentrique, immature, manipulatrice, tour à tour enjouée et dépressive, elle revendique à tout bout de champ une liberté qui ne s’accorde pas toujours avec les besoins de ses enfants. «On n’a qu’une vie à vivre!» (p. 95), répète-t-elle pour justifier ses coups de tête. Elle ne laisse personne indifférent. Le père de Simon et de Lucie la trouve folle, Judith souffre de sa sévérité excessive et Simon se sentira coupable envers elle.

Laurence Prud’homme a tracé d’elle un portrait tout en nuances et terriblement vivant. Ses coups de gueule et ses excentricités sont rendus avec une grande justesse. Certaines scènes sont saisissantes, comme celle où Mom arrive dans la chambre de ses filles, toute nue et en colère, parce que Judith, excédée de ne pas dormir depuis une semaine, lui a crié, à elle et à son amant: «Vos gueules! On essaie de dormir ici! (p. 140).

Laurence Prud’homme maîtrise son récit. Les nombreux éléments qui le constituent sont parfaitement imbriqués, et les passages entre le présent et le passé se font sans heurts. Elle nous avait donné un premier roman fort beau, en 2005; son deuxième l’est tout autant.

Josée Bonneville

Laurence Prud’homme, La danse de la Méduse, Montréal, Québec Amérique, coll. «Littérature d’Amérique», 2008, 200 p., 19,95$.

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