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Après
Joséphine Plouffe et Rose-Anna Lacasse, voici Mom, une mère
qui, à la différence des deux autres, affirme son droit de
vivre aussi sa vie de femme.
Dans la mythologie, Méduse est l’une des trois Gorgones, ces monstres
aux cheveux de serpents qui pétrifiaient quiconque les
regardait. Elle eut la tête tranchée par Persée, qui réussit
à éviter son regard. Dans le roman, Méduse s’appelle Marie.
Comme Méduse, elle a deux sœurs. Les trois femmes ne sont pas
des monstres, mais leur mère, Grand-Mom, a craint qu’elles le
soient. Marie s’appelle aussi Mom. Surtout Mom. Elle aime ses
trois enfants et souhaite leur bonheur, mais ceux-ci la
craignent et ils ont imaginé sa mort «des centaines de fois
[…] au moins six cents fois» (p. 9).
Le roman débute fin janvier, un peu plus de deux mois après sa
disparition. Au début, personne ne s’est inquiété. Toute la
famille avait l’habitude de ses escapades. Même quand ses
enfants étaient jeunes, Mom partait parfois pour deux ou trois
semaines, sans crier gare, avec l’un de ses amants. Elle est même
allée en Russie avec l’un d’eux. Aussi Grand-Mom a-t-elle
attendu deux semaines avant d’appeler la police, qui a ratissé
les environs du chalet de Mom pendant deux mois; sans succès.
Fin janvier, Lucie, la plus jeune, qui a maintenant 22 ans,
vient faire l’inventaire des affaires de sa mère, mais
c’est finalement dans son enfance et son adolescence qu’elle
met de l’ordre. Dans l’atelier de Mom, elle trouve les
portraits que celle-ci a peints ainsi que des albums photos
qu’elle feuillette pendant que le fantôme de son frère Simon
l’observe. Elle reçoit aussi la visite de Sam, un ami
d’enfance qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Au fil des
souvenirs qui ressurgissent et des révélations que lui font
Sam, puis ses tantes et sa cousine Hirondelle, plusieurs secrets
sont enfin dévoilés.
Une mère peu banale
Au centre de tout cela, Mom. Excessive, égocentrique, immature,
manipulatrice, tour à tour enjouée et dépressive, elle
revendique à tout bout de champ une liberté qui ne s’accorde
pas toujours avec les besoins de ses enfants. «On n’a
qu’une vie à vivre!» (p. 95), répète-t-elle pour justifier
ses coups de tête. Elle ne laisse personne indifférent. Le père
de Simon et de Lucie la trouve folle, Judith souffre de sa sévérité
excessive et Simon se sentira coupable envers elle.
Laurence Prud’homme a tracé d’elle un portrait tout en nuances et
terriblement vivant. Ses coups de gueule et ses excentricités
sont rendus avec une grande justesse. Certaines scènes sont
saisissantes, comme celle où Mom arrive dans la chambre de ses
filles, toute nue et en colère, parce que Judith, excédée de
ne pas dormir depuis une semaine, lui a crié, à elle et à son
amant: «Vos gueules! On essaie de dormir ici! (p. 140).
Laurence Prud’homme maîtrise son récit. Les nombreux éléments qui
le constituent sont parfaitement imbriqués, et les passages
entre le présent et le passé se font sans heurts. Elle nous
avait donné un premier roman fort beau, en 2005; son deuxième
l’est tout autant.
Josée
Bonneville
 
Laurence
Prud’homme, La danse de la Méduse, Montréal, Québec
Amérique, coll. «Littérature d’Amérique», 2008, 200 p.,
19,95$.
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