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Voilà
un magnifique roman, bien construit, bien écrit et
très vivant.
L’histoire de La Ville aux escargots n’est pas racontée de façon
linéaire, mais est «découpée en morceaux» (p. 78), qui sont
parfaitement agencés. Lucie, la narratrice, fait alterner le récit
de son séjour à Barcelone et celui de sa marche d’un mois
sur la route de Compostelle, et ses
récits sont parfois entrecoupés d’un dialogue en
italique avec un lecteur anonyme qui lui parle comme si elle était
une vieille connaissance, lui pose des questions et s’insurge
contre sa manière de mener le récit.
Des tableaux vivants
Les «morceaux» du roman sont autant de tableaux non pas figés, mais
rendus extrêmement vivants par l’attention de la narratrice
aux sensations. Avec elle, le lecteur voit les immeubles délabrés
et les bijoux de l’Art déco de Barcelone, il sent les
effluves de poisson et d’ail grillé, il entend les téléviseurs
des voisins dans les cours intérieures, les voix aiguës des
Gitanes qui demandent l’aumône dans le métro ainsi que tous
les bruits de la ville qui culminent parfois, le soir, dans ces casseroladas
au cours desquels le peuple frappe sur des casseroles en guise
de protestation. Sur la route de Compostelle, il entend le
bourdonnement des grillons, voit l’air vibrer sous la chaleur
étouffante et ressent la fraîcheur des monastères où s’arrêtent
les pèlerins épuisés. Et partout, il entend la langue
espagnole, omniprésente dans les dialogues, Peu importe s’il
ne comprend pas les répliques qui ne sont pas toujours
traduites. Elles lui permettent de ressentir le dépaysement de Lucie et de se
heurter à la même difficulté de communiquer qu’elle.
L’essentiel n’est-il pas qu’il entende le son de l’Espagne?
Le roman devient alors musique. On peut d’ailleurs en dire la
même chose que Lucie, du morceau de violoncelle qu’elle écoute
dans un concert. Il suffit de remplacer le mot notes par mots:
«Au fil des notes se tissaient des paysages, des amours, des
exils, la trame d’une vie inventée par moi […]» (p. 115).
Des personnages en exil
Dans ces tableaux, des personnages attachants vivent leur présent et
racontent des bribes de leur passé. Outre Lucie, amoureuse d’Esteban
trop vite parti pour l’Autriche, et qui a une liaison avec
Manuel, le ténébreux Espagnol dont la mère lui fera vivre son
plus douloureux choc culturel, le lecteur fait la connaissance
de la belle Elena qui a fui l’Argentine et qui ne s’intéresse
qu’aux étrangers parce que les Argentins sont «désillusionnés,
déprimés, défaits» (p. 144), de Maria, l’infirmière qui
ne se remet pas d’une histoire d’amour impossible vécue à
Panama, de Wafa, qui a fui le Maroc pour pouvoir vivre avec
l’homme qu’elle aime, de Tomeu, l’étudiant en philosophie
à l’identité sexuelle incertaine et d’Alex, le
violoncelliste dont la « blonde » est partie étudier en
Angleterre. On le voit, l’amour est intimement lié aux
voyages et à l’exil. D’ailleurs, affirme Lucie, «L’amour,
c’est comme un exil» (p. 161). Les personnages sont en quête
d’un pays, d’une identité, de l’amour. Ils cherchent et
on sait qu’ils ne trouveront pas. Tout réside dans cette quête.
Pour notre plus grand bonheur!
Josée
Bonneville
 
Laurence
Prud’homme, La Ville aux escargots, Montréal, éd. Québec
Amérique, coll. «Littérature d’Amérique», 2005, 264 p.,
22,95$.
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