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Article paru dans le numéro 135, automne 2009, de la revue Lettres québécoises (page 19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Drogue, sexe, rock’n roll et chirurgie plastique

 

Toujours vert est le 17e titre de Coups de tête, une collection de romans de gare dirigée par Michel Vézina, qui l’avait inaugurée en 2007 avec Élise.

 

L’action se déroule dans l’un de ces gated communities qui se sont mis à proliférer après l’attentat du 11 septembre 2018, à New York, au cours duquel deux Airbus ont frappé le Memorial Center et la statue de la Liberté. Evergreen est située près de Fort Lauderdale, en Floride, et elle est habitée exclusivement par d’ex rock stars. On y trouve, entre autres, Eric Clapton, qui a plus de 80 ans, Ozzy Osborne en chaise roulante et Keith Richards atteint de «démence gérontomaniaque» (p. 79). Ces «débris de stars» (p. 50), à l’instar de leur maire, Ray Manzarek, ont troqué leur «conviction profonde de pouvoir changer le monde» (p. 7) pour leur désir de prolonger leur vie défaillante. Ils carburent à la drogue et au sexe, mais aussi à toutes les techniques de rajeunissement possibles: liposuccions, face lifts, implants mammaires, etc.

 

Le récit commence le jour où Ray Manzarek vient demander l’aide d’une vieille connaissance, Mike Burns, dans une affaire qui implique Jon Lord, l’ancien claviériste de Deep Purple trouvé mort dans la piscine de Lou Reed. Mike Burns n’est en rien l’alter ego de Miss Marple ou du commissaire Maigret. C’est un vétéran de la guerre d’Irak qui, après avoir été déclaré «délinquant hyperdangereux, antisocial et […] polytoxicomane incurable» (p. 87) est allé travailler comme policier dans le Bronx avant de devenir inspecteur. Ray Manzarek lui demande de rédiger, pour deux millions de dollars, un rapport qui conclut à l’accident. Mais Mike Burns s’y refuse et il entame une enquête qui nous amène à découvrir avec lui les horreurs d’Evergreen.

 

Roman noir et poésie

Evergreen est une caricature de roman noir et il carbure à l’humour noir, très noir. La gated community où l’action se déroule est «la plus écoeurante des Etats-Unis» (p. 29); c’est un «bourbier puant» (p. 22) dont les habitants inspirent le dégoût. Ce parti pris de la noirceur m’a lassée, à la longue. Était-il nécessaire de pousser si loin la caricature?

 

J’ai cependant apprécié, dans le premier roman de cet auteur connu jusqu’ici comme poète, le lyrisme de la décadence et du sordide qui affleure ça et là, comme dans cette énumération fort bien rythmée, à l’allitération sonnante, qui se termine sur une éloquente métaphore: «Gin, mousseux, dope brûlée, décolletés luisants, toupets colmatés, vergetures camouflées, cliquetis clinquant de facettes de porcelaine, l’Amérique de Caligula» (p. 55). Les métaphores qui désignent les vieux, par ailleurs, sont expressives et variées: «momies» (p. 20), épaves» (p. 24), «cadavres en cuirette cloutée» (p. 55), «vieux alligators en rut» (p. 52), «vieux rochers défiant la mort» (p. 53), etc. Poupart a même réussi à intégrer, dans sa description de la maison d’Alice Cooper, trois mots du «Vaisseau d’Or» de Nelligan: «Strass, arrivisme, dégoût haine et névrose» (p. 52).

 

Lire Evergreen, tout compte fait, c’est s’immiscer dans le bad trip d’un autre.

 

Josée Bonneville

Jean-François Poupart, Toujours vert, Montréal, Coups de tête, 2009, 110 p., 10,95$

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