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Drogue,
sexe, rock’n roll et chirurgie plastique
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Toujours
vert est le 17e
titre de Coups de tête, une collection de romans de gare dirigée
par Michel Vézina, qui l’avait inaugurée en 2007 avec Élise.
L’action
se déroule dans l’un de ces gated communities qui se
sont mis à proliférer après l’attentat du 11 septembre
2018, à New York, au cours duquel deux Airbus ont frappé
le Memorial Center et la statue de la Liberté. Evergreen est
située près de Fort Lauderdale, en Floride, et elle est habitée
exclusivement par d’ex rock stars. On y trouve, entre autres,
Eric Clapton, qui a plus de 80 ans, Ozzy Osborne en chaise
roulante et Keith Richards atteint de «démence gérontomaniaque»
(p. 79). Ces «débris de stars» (p. 50), à l’instar de leur
maire, Ray Manzarek, ont troqué leur «conviction profonde de
pouvoir changer le monde» (p. 7) pour leur désir de prolonger
leur vie défaillante. Ils carburent à la drogue et au sexe,
mais aussi à toutes les techniques de rajeunissement possibles:
liposuccions, face lifts, implants mammaires, etc.
Le
récit commence le jour où Ray Manzarek vient demander l’aide
d’une vieille connaissance, Mike Burns, dans une affaire qui
implique Jon Lord, l’ancien claviériste de Deep Purple trouvé
mort dans la piscine de Lou Reed. Mike Burns n’est en rien
l’alter ego de Miss Marple ou du commissaire Maigret. C’est
un vétéran de la guerre d’Irak qui, après avoir été déclaré
«délinquant hyperdangereux, antisocial et […] polytoxicomane
incurable» (p. 87) est allé travailler comme policier dans le
Bronx avant de devenir inspecteur. Ray Manzarek lui demande de rédiger,
pour deux millions de dollars, un rapport qui conclut à
l’accident. Mais Mike Burns s’y refuse et il entame une enquête
qui nous amène à découvrir avec lui les horreurs d’Evergreen.
Roman
noir et poésie
Evergreen
est une caricature de roman noir et il carbure à l’humour
noir, très noir. La gated community où l’action se déroule
est «la plus écoeurante des Etats-Unis» (p. 29); c’est un
«bourbier puant» (p. 22) dont les habitants inspirent le dégoût.
Ce parti pris de la noirceur m’a lassée, à la longue. Était-il
nécessaire de pousser si loin la caricature?
J’ai
cependant apprécié, dans le premier roman de cet auteur connu
jusqu’ici comme poète, le lyrisme de la décadence et du
sordide qui affleure ça et là, comme dans cette énumération
fort bien rythmée, à l’allitération sonnante, qui se
termine sur une éloquente métaphore: «Gin, mousseux, dope brûlée,
décolletés luisants, toupets colmatés, vergetures camouflées,
cliquetis clinquant de facettes de porcelaine, l’Amérique de
Caligula» (p. 55). Les métaphores qui désignent les vieux,
par ailleurs, sont expressives et variées: «momies» (p.
20), épaves» (p. 24), «cadavres en cuirette cloutée» (p.
55), «vieux alligators en rut» (p. 52), «vieux rochers défiant
la mort» (p. 53), etc. Poupart a même réussi à intégrer,
dans sa description de la maison d’Alice Cooper, trois mots du
«Vaisseau d’Or» de Nelligan: «Strass, arrivisme, dégoût
haine et névrose» (p. 52).
Lire
Evergreen, tout compte fait, c’est s’immiscer dans le
bad trip d’un autre.
Josée Bonneville
  
Jean-François Poupart, Toujours vert,
Montréal, Coups de tête, 2009, 110 p., 10,95$
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