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La guerre est une page blanche - Louis Philippe - 2005

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Durant la guerre civile en Yougoslavie, trois jeunes filles, Majka, Sejda et Burjensa sont réquisitionnées par leur village assiégé pour aller troquer, au village voisin, du savon contre des médicaments. Le sentier a été miné par leurs parents après qu'ils eurent égorgé les chrétiens du village et elles y avancent précautionneusement, se livrant des secrets intimes, se cachant d'autres vérités plus profondes, fanfaronnant... Jusqu'à ce qu'elles arrivent au belvédère, étape de leur périple et début de leur seconde vie qui sera bien pire que la première parce qu'elle se passera aux mains de l'ennemi. «On ne peut parler de la guerre sans mentir. Tout ce qu'on a écrit sur la guerre jusqu'à ce jour, et tout ce qu'on en écrira, est mensonge. Celui qui a vu et connu la guerre n'arrivera à en parler que s'il consent à mentir lui aussi, c'est-à-dire à parler comme celui qui ne l'a ni vue ni connue.»

À notre avis :

Assez court roman, délicieusement cynique, de dix-sept chapitres (et un court épilogue) écrit au passé, dont la chronologie n'est pas tout le temps linéaire (et on se demande bien pourquoi). La plume se veut clinique, mais a parfois des pointes lyriques; le vocabulaire est simple, les phrases sont souvent complexes. Des redites inutiles, cependant. Ah! Ces journalistes qui sentent le besoin de se faire pédagogues; le mot «dorologue», par exemple, est introduit deux fois en moins de cinq pages. L'intrigue perd de son importance au fur et à mesure qu'on avance, et le document se mue alors en analyse sociologique. L'auteur arrive à décortiquer froidement les mécanismes qui mènent aux pires atrocités de la guerre, sans jamais manquer de détachement, mais la deuxième partie du livre, plus statique, finit par peser. J'ai beaucoup aimé le docteur et son haut sens moral. On note : «On attendait le soir avec impatience : la bière, le lynchage.», «La ressemblance entre ennemis est le sempiternel inconvénient des guerres civiles.», «Les devoirs moraux élevés sont toujours les ennemis des droits fondamentaux!», «Il faut violer avec bonne conscience; c'est la mauvaise conscience qui rend le viol si criminel. La bonne conscience est garante de la justice quoi que l'on fasse.» et «Une victime doit effectuer sur soi le travail de se réduire à un archétype compréhensible afin de réintégrer la société.».

De l'avis de l'auteur :

 

 

Monsieur Lavoie,

Quand je serai célèbre et blasé de mon propre succès, je n'accorderai certainement plus d'attention aux critiques et je ferai passer mon indifférence, que je rendrai ostensible, pour une forme d'humilité. Pour l'instant, je suis curieux de lire ce qu'écrivent ceux qui m'ont lu, quoique les quelques critiques auxquelles j'ai eu droit jusqu'ici me déçoivent quasiment toujours, habituellement parce qu'elles sont trop mal écrites et trop peu "critiques" pour être prises au sérieux. Votre critique est brève, bien écrite, et va droit au but. Je suis ravis de la savoir en ligne. Longue vie à lire.ca !

Louis Philippe

Lire aussi l'article paru dans le numéro 121 de la revue...

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