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Article paru dans le numéro 135, automne 2009, de la revue Lettres québécoises (page 33).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dois-je m'exprimer si je ne m'entends?

Où le critique s'interroge sur ses limites et celles du livre entre ses mains.

Recueil au titre remarquablement choisi, Entends-tu ce que je tais? n'est pas, malheureusement, un recueil remarquable. Pourtant, je n'arrive pas à mettre le doigt sur le bobo, n'importe quelle remarque générale qui me passe par la tête étant contredite par un passage de l'une ou l'autre des vingt-trois (souvent très) courtes nouvelles qui meublent ce livre. Réfléchissons à plume haute.

Qu'est-ce qui cloche?

Est-ce mal écrit? Non, sauf que la prose n'est pas toujours habitée ou inspirée, jamais imaginative et trop peu habile pour être feutrée. Enfin, si on oublie « Instants » où on ressent parfaitement le désarroi d'une mère devant son bébé qui s'est déglingué à l'adolescence au contact de ce que vous lirez peut-être. Celle-là est épurée et incarnée au possible.

Est-ce convenu, alors? Parfois, surtout quand l'auteure se risque au jeu des oppositions centenaires du type rat des villes versus rat des champs (« C'est écrit dans le ciel ») ou comme dans sa version rat de l'opulence versus rat de la misère et de la méchanceté (« Là-bas », néanmoins racheté par sa chute). Mais pour être totalement dans l'affirmative, on devra oblitérer la très efficace nouvelle « La légèreté d'une morte », aussi construite sur l'opposition entre une famille élargie de bourgeois (et donc conformistes, et donc ennuyantes), aux enfants de la famille nucléaire de la défunte qui profite de la mort de leur mère pour rejeter ladite famille élargie et s'affirmer avec d'autres valeurs.

Les personnages sont-ils mal esquissés? Normalement tout y est, comme, par exemple, dans « Quand la mémoire oublie » dont le titre dispense à l'auteure d'écrire le mot « Alzheimer » en toutes lettres, mais dont l'égrènement des symptômes favorise de prévisibles périphrases servant de prétexte au « campement » du récit. De la chute exulte cependant de l'âme.

De l'âme... Est-ce trop demander d'en ressentir à chacune des nouvelles? Toutes celles que j'ai aimées sont celles où les personnages sont repoussés dans leurs derniers retranchements. « Au bal du Lézard », par exemple, où un médecin s'interroge sur sa compétence, lui qui n'a pas vu les signes de santé défaillante sur son très proche frère. Et encore de « Mamie », où une mère, à qui il importe de « gagner » sa « vie » et celle de son fils, regarde avec douleur ce dernier entretenir une relation plus chaleureuse avec sa gardienne, qu'il appelle « Mamie »; ce trou au coeur sera comblé le jour où il proposera à sa mère de jouer ce même rôle de mamie auprès de son propre enfant... C'est un des plus beaux textes du recueil, fait de riches silences et de petites évocations jamais appuyées.

Dans l'ensemble, cependant (et pour être brutal), j'ai trouvé le tout assez académique.  Parce que souvent trop désincarné. C'est tout un pari de tout miser sur le ressenti pour toucher le lecteur en quelques pages. Mais peut-être ne suis-je qu'un indécrottable romantique monosentimental, moi qui n'ai été conquis que par des textes émanant de la deuxième des trois parties, celle qui exulte la nostalgie, « Le passé crépite encore »?

Sébastien Lavoie

Claudine Paquet, Entends-tu ce que je tais?, Laval, Guy Saint-Jean éditeur, 2009, 131 pages, 19,95 $

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