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Dois-je
m'exprimer si je ne m'entends?
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Où le critique s'interroge
sur ses limites et celles du livre entre ses mains.
Recueil au
titre remarquablement choisi, Entends-tu ce que je tais?
n'est pas, malheureusement, un recueil remarquable. Pourtant, je
n'arrive pas à mettre le doigt sur le bobo, n'importe quelle
remarque générale qui me passe par la tête étant contredite
par un passage de l'une ou l'autre des vingt-trois (souvent très)
courtes nouvelles qui meublent ce livre. Réfléchissons à
plume haute.
Qu'est-ce qui cloche?
Est-ce mal écrit? Non, sauf
que la prose n'est pas toujours habitée ou inspirée, jamais
imaginative et trop peu habile pour être feutrée. Enfin, si on
oublie « Instants » où on ressent parfaitement le désarroi
d'une mère devant son bébé qui s'est déglingué à
l'adolescence au contact de ce que vous lirez peut-être.
Celle-là est épurée et incarnée au possible.
Est-ce convenu, alors?
Parfois, surtout quand l'auteure se risque au jeu des
oppositions centenaires du type rat des villes versus rat des
champs (« C'est écrit dans le ciel ») ou comme dans
sa version rat de l'opulence versus rat de la misère et de la méchanceté
(« Là-bas », néanmoins racheté par sa chute).
Mais pour être totalement dans l'affirmative, on devra oblitérer
la très efficace nouvelle « La légèreté d'une morte »,
aussi construite sur l'opposition entre une famille élargie de
bourgeois (et donc conformistes, et donc ennuyantes), aux
enfants de la famille nucléaire de la défunte qui profite de
la mort de leur mère pour rejeter ladite famille élargie et
s'affirmer avec d'autres valeurs.
Les personnages sont-ils mal
esquissés? Normalement tout y est, comme, par exemple, dans
« Quand la mémoire oublie » dont le titre dispense
à l'auteure d'écrire le mot « Alzheimer » en
toutes lettres, mais dont l'égrènement des symptômes favorise
de prévisibles périphrases servant de prétexte au « campement »
du récit. De la chute exulte cependant de l'âme.
De l'âme... Est-ce trop
demander d'en ressentir à chacune des nouvelles? Toutes celles
que j'ai aimées sont celles où les personnages sont repoussés
dans leurs derniers retranchements. « Au bal du Lézard »,
par exemple, où un médecin s'interroge sur sa compétence, lui
qui n'a pas vu les signes de santé défaillante sur son très
proche frère. Et encore de « Mamie », où une mère,
à qui il importe de « gagner » sa « vie »
et celle de son fils, regarde avec douleur ce dernier entretenir
une relation plus chaleureuse avec sa gardienne, qu'il appelle
« Mamie »; ce trou au coeur sera comblé le jour où
il proposera à sa mère de jouer ce même rôle de mamie auprès
de son propre enfant... C'est un des plus beaux textes du
recueil, fait de riches silences et de petites évocations
jamais appuyées.
Dans l'ensemble, cependant (et
pour être brutal), j'ai trouvé le tout assez académique.
Parce que souvent trop désincarné. C'est tout un pari
de tout miser sur le ressenti pour toucher le lecteur en
quelques pages. Mais peut-être ne suis-je qu'un indécrottable
romantique monosentimental, moi qui n'ai été conquis que par
des textes émanant de la deuxième des trois parties, celle qui
exulte la nostalgie, « Le passé crépite encore »?
Sébastien
Lavoie

Claudine Paquet, Entends-tu ce que je tais?,
Laval, Guy Saint-Jean éditeur, 2009, 131 pages, 19,95 $
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