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Clara Ness - Ainsi font-elles toutes - 2005

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Les personnages de ce premier roman de Clara Ness (un pseudonyme) ne semblent assujettis ni à la morale ni aux contingences affectives du commun des mortels. Ils multiplient les amours, partagent amants et maîtresses et ne connaissent ni jalousie, ni frustration, ni agressivité. La narratrice vit à Montréal avec Paul, un musicien, et conserve des liens avec Luiz, un écrivain vivant à Paris avec qui elle a connu l’amour fou pendant dix ans. Elle se prend de désir pour Agnès A., une libraire qu’elle présente à Paul qui la désire à son tour. Elle les trompera avec François, un ami de Luiz, et aura une aventure avec Céline, rencontrée dans  un bar. Un grand vent de liberté souffle donc sur ce roman.

Résumé préparé par Josée Bonneville

À notre avis :

Ainsi font-elles toutes est un roman intelligent et magnifiquement écrit. Il est admirable qu’une si jeune femme (Clara Ness n’a que 22 ans) possède une telle culture (les références culturelles sont discrètes mais multiples) et une telle maîtrise de l’écriture. L’écriture est ramassée, dense. En seulement une page ou deux, Clara Ness arrive souvent à raconter un épisode important de la vie d’un personnage.  Elle a, de plus, un sens du rythme qui fait se rejoindre musique et littérature. Clara Ness est une auteure à suivre, assurément!

J.B.

À «votre» avis :

Je m'attendais à beaucoup, en raison des critiques élogieuses qui ont fusé à la sortie du livre, et c'est peut-être pourquoi ma déception est si grande. Je ne crois pas que les personnages «ne connaissent ni jalousie, ni frustration, ni agressivité». Au contraire, j'ai l'impression qu'ils en sont remplis jusqu'à la moelle («Il oublie que je n'ai confiance en personne.») et qu'ils se complaisent dans le déni, d'eux-mêmes et du monde («Depuis la fin du monde ancien, un autobus est une bombe, les rails du métro conduisent au paradis, la rue est un défilé de corbillards. L'autre me menace [blablabla]»). La narratrice est un être faux et méprisant qui vit dans un univers factice («Je me suis dispersée entre plusieurs hommes pour ne pas avoir à engager des explications ou des guerres [...]»). Dans ce roman, tout est horriblement petit-bourgeois : on sert le café dans des «bols de porcelaine», on dit d'une telle qu'elle ressemble aux peintures de Georges de la Tour, on dit d'un tel qu'il est «comme une chanson signée Nabokov». Dans son cercle d'intimes, la narratrice (qui passe sans peine de Paris à Montréal) compte un musicien médaillé, des écrivains de renom, une sculpteure, une libraire qui veut faire de la danse, une «amie surréaliste» et elle-même est étudiante en médecine (arrêtez ça, je vais finir par m'identifier!) Certes, la plume n'est pas vilaine, mais le propos reste mince : j'ai tourné les pages en espérant que la narratrice réalise sa vacuité, peine perdue : «Je dois rester celle qui décide, l'inverse m'ennuie. La plus forte, c'est l'intruse.», dit-elle. «Aucune trahison ne m'étonnerait», répète-t-elle. Qui va ensuite s'étonner qu'elle se permette ce cliché : «L'amour est à réinventer.» Quoi? Encore?

Sébastien Lavoie

Lire aussi l'article paru dans le numéro 120 de la revue...

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