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Je m'attendais à beaucoup, en raison des
critiques élogieuses qui ont fusé à la sortie du livre, et c'est
peut-être pourquoi ma déception est si grande. Je ne crois pas que
les personnages «ne connaissent ni jalousie, ni frustration, ni
agressivité». Au contraire, j'ai l'impression qu'ils en sont remplis
jusqu'à la moelle («Il oublie que je n'ai confiance en personne.»)
et qu'ils se complaisent dans le déni, d'eux-mêmes et du monde
(«Depuis la fin du monde ancien, un autobus est une bombe, les rails
du métro conduisent au paradis, la rue est un défilé de
corbillards. L'autre me menace [blablabla]»). La narratrice est un
être faux et méprisant qui vit dans un univers factice («Je me suis
dispersée entre plusieurs hommes pour ne pas avoir à engager des
explications ou des guerres [...]»). Dans ce roman, tout est
horriblement petit-bourgeois : on sert le café dans des «bols de
porcelaine», on dit d'une telle qu'elle ressemble aux peintures de
Georges de la Tour, on dit d'un tel qu'il est «comme une chanson
signée Nabokov». Dans son cercle d'intimes, la narratrice (qui passe
sans peine de Paris à Montréal) compte un musicien médaillé,
des
écrivains de renom, une sculpteure, une libraire qui veut faire de la
danse, une «amie surréaliste» et elle-même est étudiante en
médecine (arrêtez ça, je vais finir par m'identifier!) Certes, la
plume n'est pas vilaine, mais le propos reste mince : j'ai tourné les
pages en espérant que la narratrice réalise sa vacuité, peine
perdue : «Je dois rester celle qui décide, l'inverse m'ennuie. La
plus forte, c'est l'intruse.», dit-elle. «Aucune trahison ne
m'étonnerait», répète-t-elle. Qui va ensuite s'étonner qu'elle se
permette ce cliché : «L'amour est à réinventer.» Quoi? Encore?
Sébastien Lavoie
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