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Les trois modes de conservation des viandes - Maxime-Olivier Moutier - 2006

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Vous êtes issu d'une famille éclatée. Votre père est né en Alsace. Son père à lui a fait émigrer sa famille au Québec, avec ses parents. Votre mère a commencé à coiffer à l'âge de trois ans, a fait la noce avec votre père avant de le jeter et d'entreprendre une succession de déménagements qui seront pour vous autant de déracinements (votre frère ne s'en remettra pas). C'est sur cette toile de fond que Maxime-Olivier Moutier laisse la voix libre au narrateur, un jeune fonctionnaire parfois oppressé par son rôle de père (qu'il accomplit stoïquement), toujours rempli du désir de faire du sexe avec sa femme.


Lettres québécoises

L'ÎLE

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À notre avis :

Les chapitres sont courts et ne sont pas numérotés. C'est un roman sans intrigue. Personne n'est nommé sinon par le lien familial. Le narrateur de Moutier a des racines alsaciennes (comme dans les autres livres de l'auteur). C'est encore de l'autofiction. Et c'est toujours la plume de Moutier, certes, mais je ne peux pas dire que j'ai puisé grand-chose dans ce livre. Les vrais hommes sont ceux qui serrent les dents, font preuve d'abnégation et jouent leur rôle de père. Soit. On n'entend que le discours qui victimise les pères, on ne parle plus de devoir. Soit. Et après?

À votre avis :

Marie-Hélène Poitras a écrit : «[…] une main glissée dans une paume aimée est bien plus impudique et compromettante qu’une langue enfoncée dans un cul» («Fées et princesses au bout de leur sang» dans La mort de Mignonne et autres histoires, p. 69). Le roman de Maxime-Olivier Moutier dit, en 263 pages, un peu la même chose.  La génération des 30-40 ans en aurait-elle marre de la liberté sexuelle sans limites?  Marre surtout d’une vie sans amour?  Chose certaine, ces dernières années, plusieurs écrivains ont exprimé le même inconfort, la même insatisfaction, le même ras-le-bol vis-à-vis le sexe pour le sexe.  Moutier va beaucoup plus loin, cependant : il prône le bonheur dans le mariage, la famille et la stabilité. La narration alterne entre l’enfance du narrateur (qui a vécu la séparation de ses parents) et sa vie d’adulte marié qui se questionne sur sa paternité et qui clame haut et fort le bonheur de la p’tite vie tant ridiculisée ailleurs, par un Claude Meunier, par exemple. Le titre même du roman dit bien l’importance qu’il accorde au quotidien le plus banal. Sa démonstration est souvent convaincante, mais elle me met mal à l’aise quand il présente le mariage et la paternité comme des moyens de défense contre la dépression. Mettre des enfants au monde pour s’empêcher de déprimer? Cela m’apparaît bien malsain! Quelle lourde responsabilité, pour un enfant, que de devoir sauver son père de la dépression! Quoi qu’il en soit, le roman provoque une réflexion qui m’apparaît nécessaire en ces temps de grande désillusion et de vide existentiel. Il a d’ailleurs fait jaser lors de sa parution.

Josée Bonneville

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