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Marie-Hélène
Poitras a écrit : «[…] une main glissée dans une paume aimée
est bien plus impudique et compromettante qu’une langue enfoncée
dans un cul» («Fées et princesses au bout de leur sang» dans La
mort de Mignonne et autres histoires, p. 69). Le roman de
Maxime-Olivier Moutier dit, en 263 pages, un peu la même chose. La génération des 30-40 ans en aurait-elle marre de la
liberté sexuelle sans limites? Marre
surtout d’une vie sans amour? Chose
certaine, ces dernières années, plusieurs écrivains ont exprimé le
même inconfort, la même insatisfaction, le même ras-le-bol vis-à-vis
le sexe pour le sexe. Moutier
va beaucoup plus loin, cependant : il prône le bonheur dans le
mariage, la famille et la stabilité. La narration alterne entre
l’enfance du narrateur (qui a vécu la séparation de ses parents)
et sa vie d’adulte marié qui se questionne sur sa paternité et qui
clame haut et fort le bonheur de la p’tite vie tant ridiculisée
ailleurs, par un Claude Meunier, par exemple. Le titre même du roman
dit bien l’importance qu’il accorde au quotidien le plus banal. Sa
démonstration est souvent convaincante, mais elle me met mal à
l’aise quand il présente le mariage et la paternité comme des
moyens de défense contre la dépression. Mettre des enfants au monde
pour s’empêcher de déprimer? Cela m’apparaît bien malsain!
Quelle lourde responsabilité, pour un enfant, que de devoir sauver
son père de la dépression! Quoi qu’il en soit, le roman provoque
une réflexion qui m’apparaît nécessaire en ces temps de grande désillusion
et de vide existentiel. Il a d’ailleurs fait jaser lors de sa
parution.
Josée
Bonneville
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