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Un sujet toujours aussi
riche, toujours aussi grave, nécessairement; le tout est assez
finement mené (et ça suscite même quelques réflexions).
L'accouchement d'une femme
privée de la vue à cause d'une maladie héréditaire, ses
angoisses, ses réminiscences, ses espoirs (« La prunelle
de ses yeux »). Un amant se perd dans l'amour qui
l'envahit lors de la venue au monde de son fils (« La mort
dans l'âme »). Au moment des premiers émois sexuels, une
jeune fille insiste auprès de sa mère pour qu'elle lui révèle
l'identité de son géniteur, question de ne pas masturber par
erreur quelqu'un avec qui elle serait génétiquement liée (« Don
de soi »). Une guide touristique qui entend chaque jour
plus nettement le tic tac de son horloge biologique hésite à
se porter garante de ce petit gars d'une dizaine d'années qu'un
policier bat sous ses yeux dans une gare de New Delhi; le
ferait-elle pour elle, par pur égoïsme, par grandeur d'âme,
ou pour lui? Mesure-t-elle toutes les conséquences pour elle-même
et l'enfant? (« L'enfant »). Et on n'a pas encore
parlé de la gardienne, celle qui remplit l'enfance de rayons de
soleil, qui nous protège, celle qui, parfois, peut aller jusqu'à
border papa, celle qu'on rejette comme on jette un jour sa
doudou, la cherchant désespérément, par la suite (« La
gardienne »).
L'enfant est un livre
simplement et librement écrit. Simplement, en ce sens que le
vocabulaire est commun, oui, mais que ce choix sacrifie peu à
la finesse; l'écrivaine est en parfaite adéquation avec le
lecteur qui la suit où qu'elle aille et qui comprend et
anticipe même souvent les élans de ses personnages, sans
qu'elle ait besoin de mettre les points sur les i. Librement,
parce qu'elle a le geste ample, sans fausse pudeur sinon celle
qui convient à la bienséance. La plume n'est pas léchée à
l'excès, mais la prose est tout de même enviable.
J'ai beaucoup aimé la réflexion
que suscite la lecture de « L'enfant », même si je
me suis aussi légèrement buté à ce que j'ai appelé plus
haut de la « pudeur », terme sans doute plus juste
que celui « d'intellectualisation », qui aurait été
outrancier, mais qui m'est venu à l'esprit en premier. Tout de
même, c'est sans doute la dernière nouvelle, la plus pédagogique
du lot, que j'ai le plus appréciée, que j'ai jugé la plus nécessaire
et qui m'a le plus parlé. L'histoire tourne autour du tabou
national que sont les pensionnats autochtones et leurs odieuses
mesures pour acculturer ceux que l'on appelait alors des
sauvages (« La mémoire interdite »). Pour ne rien révéler
de l'histoire, disons simplement que c'est la première fois que
je voyais l'expression « fosse commune » accolée à
ce problème bien vivant.
Paraît que ça peut servir à
ça aussi, la littérature. Apprendre des choses. Et moi qui ne
demandais qu'à lire des histoires...
Sébastien
Lavoie
   
Caroline
Montpetit, L'enfant, Montréal, Les Éditions
du Boréal, 2009, 136 pages, 17,95 $.
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