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Article paru dans le numéro 136, hiver 2009, de la revue Lettres québécoises (page 34).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toutes enfances unies

Un sujet toujours aussi riche, toujours aussi grave, nécessairement; le tout est assez finement mené (et ça suscite même quelques réflexions).

 

L'accouchement d'une femme privée de la vue à cause d'une maladie héréditaire, ses angoisses, ses réminiscences, ses espoirs (« La prunelle de ses yeux »). Un amant se perd dans l'amour qui l'envahit lors de la venue au monde de son fils (« La mort dans l'âme »). Au moment des premiers émois sexuels, une jeune fille insiste auprès de sa mère pour qu'elle lui révèle l'identité de son géniteur, question de ne pas masturber par erreur quelqu'un avec qui elle serait génétiquement liée (« Don de soi »). Une guide touristique qui entend chaque jour plus nettement le tic tac de son horloge biologique hésite à se porter garante de ce petit gars d'une dizaine d'années qu'un policier bat sous ses yeux dans une gare de New Delhi; le ferait-elle pour elle, par pur égoïsme, par grandeur d'âme, ou pour lui? Mesure-t-elle toutes les conséquences pour elle-même et l'enfant? (« L'enfant »). Et on n'a pas encore parlé de la gardienne, celle qui remplit l'enfance de rayons de soleil, qui nous protège, celle qui, parfois, peut aller jusqu'à border papa, celle qu'on rejette comme on jette un jour sa doudou, la cherchant désespérément, par la suite (« La gardienne »).

L'enfant est un livre simplement et librement écrit. Simplement, en ce sens que le vocabulaire est commun, oui, mais que ce choix sacrifie peu à la finesse; l'écrivaine est en parfaite adéquation avec le lecteur qui la suit où qu'elle aille et qui comprend et anticipe même souvent les élans de ses personnages, sans qu'elle ait besoin de mettre les points sur les i. Librement, parce qu'elle a le geste ample, sans fausse pudeur sinon celle qui convient à la bienséance. La plume n'est pas léchée à l'excès, mais la prose est tout de même enviable.

J'ai beaucoup aimé la réflexion que suscite la lecture de « L'enfant », même si je me suis aussi légèrement buté à ce que j'ai appelé plus haut de la « pudeur », terme sans doute plus juste que celui « d'intellectualisation », qui aurait été outrancier, mais qui m'est venu à l'esprit en premier. Tout de même, c'est sans doute la dernière nouvelle, la plus pédagogique du lot, que j'ai le plus appréciée, que j'ai jugé la plus nécessaire et qui m'a le plus parlé. L'histoire tourne autour du tabou national que sont les pensionnats autochtones et leurs odieuses mesures pour acculturer ceux que l'on appelait alors des sauvages (« La mémoire interdite »). Pour ne rien révéler de l'histoire, disons simplement que c'est la première fois que je voyais l'expression « fosse commune » accolée à ce problème bien vivant.

Paraît que ça peut servir à ça aussi, la littérature. Apprendre des choses. Et moi qui ne demandais qu'à lire des histoires...

 

Sébastien Lavoie

Caroline Montpetit, L'enfant, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2009, 136 pages, 17,95 $.

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