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Léon, Coco et Mulligan - Christian Mistral - 2007

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1984. C'est au carré Saint-Louis (« paraît qu'il faut dire square » p. 12), ce « mamelon supplémentaire » de Montréal, qu'apparaissent Léon et Coco, des pochards qui ont fait le tour du monde. Ils s'y installent pour dormir. Léon, c'est le plus jeune, l'écrivain, du moins celui qui projette de le devenir, mais qui n'y arrive pas. Coco, c'est le vieux, celui qui n'est plus bon qu'à crier les vieux poèmes de Camille Mulligan quand ce n'est pas le temps et à se réfugier dans son monde schizoïde, ou supposé tel, par son chaperon Léon. Demain, ils se trouveront un appartement. Un type, qui s'appelle Hugo, qui a un trois et demi et qui fréquente le P'tit Bar, les accueillera, non sans se demander comment ils se financent ni quelle est l'identité sexuelle de ces deux-là. Son appartement ne donne peut-être pas directement sur le carré, ni sur des tours, mais t'sais, « autour du carré Saint-Louis, c'est encore le carré Saint-Louis... » (p. 51)


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Le supplément tribal

À notre avis :

Court roman de 22 chapitres inégaux écrits par un narrateur omniscient effacé, contemporain à la parution du roman (Boréal, 2007). Je crois savoir que, comme tant d'oeuvres antérieures de l'auteur, ce livre a été esquissé des années auparavant; ce qui n'explique tout de même pas ce taux de 30% sur la devise états-unienne (p. 67) et l'apport de la désinstitutionnalisation (p. 73) au récit (me semble que ça s'est passé après...). Je n'ai pas parlé des francismes de cet auteur depuis quelques résumés, mais je m'interroge toujours sur des bouts de phrases comme « troquant ses trucs contre des machins » (p. 123). Aussi, c'est rare que ça me vient en premier dans mes commentaires, mais j'ajouterais que le chapitre 19 est foutrement mal placé. Allez le lire dès que vous aurez un blanc dans cette jouissive lecture; placé à la fin, il casse le rythme. C'est dans la période où je buvais le plus d'alcool que j'ai le plus pleuré en finissant les livres que je lisais. De tous ces livres, il n'y en a que deux qui m'ont laissés une marque indélébile. Le premier, c'est Vautour, de ce même Mistral. L'autre est, comme dans les Agatha Christie, celui que j'aurais crû le moins susceptible de le faire, moins suceptible parce que j'en connaissais déjà la fin dans un film, Of mice and man. Cette lecture m'a touché et... Depuis 349 livres, j'ai à peu près réussi à ne parler que du livre en lui-même. Cette fois, je suis forcé de parler en parallèle du (ou d'un des) chef-d'oeuvre de John Steinbeck, duquel Mistral s'est (fortement) inspiré. J'ai donc lu le réputé chef-d'oeuvre bien avant le Mistral ici traité; j'ai fait mon deuil du premier, puis je suis tombé sur le second qui m'a causé de fortes réminiscences, réminiscences assez puissantes pour venir polluer (très) favorablement l'appréciation de la première moitié de ce récit. C'est que Mistral ne verse pas dans la puérile imitation, il s'approprie totalement l'oeuvre et la porte là où il le peut et/ou le veut : le lecteur profite non seulement d'une grande histoire, mais, en plus, celle-ci le fait revisiter sans le vouloir une autre histoire, qui a été la cause d'un grand plaisir littéraire. Après cette première moitié lue, soit le lendemain, je me suis mis à guetter la fin, connaissant déjà celle de Steinbeck. Celle de Mistral ne pouvait que me décevoir, mais c'est tout de même là que l'auteur m'a prouvé qu'il est écrivain et non écrivassier. On note : « Les origines de leur association demeuraient mystérieuses pour la plupart des gens. Rares étaient ceux qui savaient d'où ces deux-là sortaient, depuis quand ils se connaissaient, pourquoi ils restaient ensemble. Non pas qu'on pût les accuser de délibérément nourrir l'énigme, mais ils n'en parlaient jamais. Seulement, quiconque les observait quelques jours s'ébahissait de leur parenté d'esprit hors du commun, de l'affection mêlée de dépit les unissant, et de la rude tendresse qui sous-tendait leurs simulacres de querelles, comme une paire de jumeaux qui se sautent à la gorge lorsqu'ils sont ensemble et ne trouvent pas le sommeil dès qu'on les sépare; comme un couple de vieux mariés qui se disent leur amour à grandes tapes sur la gueule. S'ils parlaient beaucoup, c'était surtout pour meubler le silence. La compréhension du coeur leur venait à demi-mot et ce lien privilégié était sensible à leur entourage, lequel dissimulait mal son embarras devant une intimité qu'il ne comprenait pas. (p.59)

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