|
Court
roman de 22 chapitres inégaux écrits par un narrateur omniscient
effacé, contemporain à la parution du roman (Boréal, 2007). Je
crois savoir que, comme tant d'oeuvres antérieures de l'auteur, ce
livre a été esquissé des années auparavant; ce qui n'explique
tout de même pas ce taux de 30% sur la devise états-unienne (p.
67) et l'apport de la désinstitutionnalisation (p. 73) au récit
(me semble que ça s'est passé après...). Je n'ai pas parlé des
francismes de cet auteur depuis quelques résumés, mais je
m'interroge toujours sur des bouts de phrases comme « troquant
ses trucs contre des machins » (p. 123). Aussi, c'est rare que
ça me vient en premier dans mes commentaires, mais j'ajouterais que
le chapitre 19 est foutrement mal placé. Allez le lire dès que
vous aurez un blanc dans cette jouissive lecture; placé à la fin,
il casse le rythme. C'est dans la période où je buvais le plus
d'alcool que j'ai le plus pleuré en finissant les livres que je
lisais. De tous ces livres, il n'y en a que deux qui m'ont laissés
une marque indélébile. Le premier, c'est Vautour, de ce même
Mistral. L'autre est, comme dans les Agatha Christie, celui que j'aurais crû le moins susceptible de le faire, moins suceptible parce que j'en connaissais déjà la fin dans un film,
Of mice and man.
Cette lecture m'a touché et... Depuis 349 livres, j'ai à peu près
réussi à ne parler que du livre en lui-même. Cette fois, je suis
forcé de parler en parallèle du (ou d'un des) chef-d'oeuvre de John
Steinbeck, duquel Mistral s'est (fortement) inspiré. J'ai donc lu
le réputé chef-d'oeuvre bien avant le Mistral ici traité; j'ai
fait mon deuil du premier, puis je suis tombé sur le second qui m'a
causé de fortes réminiscences, réminiscences assez puissantes
pour venir polluer (très) favorablement l'appréciation de la
première moitié de ce récit. C'est que Mistral ne verse pas dans
la puérile imitation, il s'approprie totalement l'oeuvre et la
porte là où il le peut et/ou le veut : le lecteur profite non
seulement d'une grande histoire, mais, en plus, celle-ci le fait
revisiter sans le vouloir une autre histoire, qui a été la cause
d'un grand plaisir littéraire. Après cette première moitié lue,
soit le lendemain, je me suis mis à guetter la fin,
connaissant déjà celle de Steinbeck. Celle de Mistral ne pouvait que me décevoir,
mais c'est tout de même là que l'auteur m'a prouvé
qu'il est écrivain et non écrivassier. On
note : « Les origines de leur association demeuraient
mystérieuses pour la plupart des gens. Rares étaient ceux qui
savaient d'où ces deux-là sortaient, depuis quand ils se
connaissaient, pourquoi ils restaient ensemble. Non pas qu'on pût
les accuser de délibérément nourrir l'énigme, mais ils n'en
parlaient jamais. Seulement, quiconque les observait quelques jours
s'ébahissait de leur parenté d'esprit hors du commun, de
l'affection mêlée de dépit les unissant, et de la rude tendresse
qui sous-tendait leurs simulacres de querelles, comme une paire de
jumeaux qui se sautent à la gorge lorsqu'ils sont ensemble et ne
trouvent pas le sommeil dès qu'on les sépare; comme un couple de
vieux mariés qui se disent leur amour à grandes tapes sur la
gueule. S'ils parlaient beaucoup, c'était surtout pour meubler le
silence. La compréhension du coeur leur venait à demi-mot et ce
lien privilégié était sensible à leur entourage, lequel
dissimulait mal son embarras devant une intimité qu'il ne comprenait pas. (p.59)
|