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Sylvia au bout du rouleau ivre - Christian Mistral - 2001

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« Tout se passe comme si je repoussais le moment où il me faudra aller voir Sylvia. Ainsi je multiplie les beuveries qui me laissent sur le carreau deux jours durant. » (p. 65). « Je » est peut-être un autre Christian Mistral, l'écrivain avec un chapeau, mais il est ici Max Cockrel, un auteur raté recyclé en mercenaire du texte ayant fui Montréal, cette « femelle aux passions dévorantes » (p. 34) lorsque jeté à la rue par une Sylvia dont on imagine qu'elle fut aisément au bout du rouleau à ce moment-là. Il prétend revenir en ville d'abord pour faire plaisir à sa jumelle Maxine plutôt que pour enterrer son père, mais il avoue ultérieurement y revenir pour tenter de renouer avec cette Sylvia envers qui il ressent une évidente culpabilité et qui l'attend toujours. Que se passe-t-il dans la tête de ce Godot trash?


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Novella de 28 chapitres, très souvent courts et aérés de dialogues. Il s'agit d'une version corrigée et augmentée d'une nouvelle (« Dedans ») déjà commentée ici, mais originellement publiée dans la revue Stop #8/9 en 1988. Ce texte (publié par XYZ en 2001 puis réédité chez Boréal depuis) a été écrit du 24 février au 26 mars 1985. La langue riche y est plus épurée que ce à quoi nous a habitués l'auteur, elle est souvent exempte de lyrisme. Ces formalités faites, shirons : Christian Mistral est probablement l'écrivain le plus opinioné par les gens croisés dans les débits de boissons que je fréquente (souvent, ils ne l'ont pas lu) et ceux-ci lui reprochent fréquemment d'être un vulgaire (j'ai même entendu « mauvais ») plagiaire de l'écrivain états-unien Charles Bukowski. Sylvia au bout du rouleau ivre est, à mon sens, la meilleure illustration que leurs prétentions ne sont pas exemptes de fondement, mais qu'ils sont totalement dans les plants de marijuana. En effet, on y sent la marque du grand écrivain dégueulasse à chaque page, mais seuls les ignares ne pourront pas constater que Christian Mistral n'a pas dépassé le grand maître, mais qu'il l'a intégré suffisamment pour faire autre chose et laisser libre cours à sa voix propre. C'est un livre qui n'est pas passionnant, mais suffisamment intéressant pour qu'on s'y penche. On note : « Pas qu'elle m'intéresse, mais j'aime bien entendre une histoire jusqu'au bout. Celle-ci n'a aucune incidence sur mon récit, je pourrais la sauter aussi raide, mais tant qu'à y être... » (p. 73), « Ma vie entière n'est rien d'autre qu'un monument au romantisme et à la prétention. » (p. 44), « Quel puissant aimant que la ruine! Cette éponge humaine qui me flanquait connaissait peut-être le vrai courage, celui de tout droper dans un crash fracassant de ses ambitions. » (p. 98) et « Je n'ai jamais cherché autre chose qu'un sens à ma sclérose. » (p. 104)

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