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Une revue de la nouvelle québécoise
à l’aune de l’écriture fragmentaire. C’est bien compris,
bien senti, mais trop souvent étouffant.
Après
avoir précisé en avant-propos qu'elle n'avait retenu que les
nouvelles parues en recueil, écartant d'emblée celles qui ne
relèvent que de la littérature de genre, et après
avoir fait état des divergences entre les commentateurs quant
au découpage historique de la nouvelle, l'essayiste nous
explique pourquoi elle a choisi les années 1980 à 1995. Ses
explications ne sont pas toujours convaincantes, surtout
lorsqu'elle fait ce parallèle classique mais douteux avec les
deux référendums. Là où elle est plus persuasive, c'est
lorsqu'elle donne à voir un graphique montrant l'explosion du
nombre de parutions de recueils de nouvelles pendant la période
incriminée (explosion similaire à celle qui a eu lieu dans le
reste de la francophonie, au demeurant) et lorsqu’elle
affirme, à la toute fin du premier chapitre, que «le corpus québécois
des années 80-90 […] a des traits qui distinguent la nouvelle
de cette période de celle qui la précède [...]» (p. 31).
Ironie
défragmentée
L’écriture
fragmentaire, c’est « l’inachèvement » (p. 46),
l’« absence de complétude » (p. 47). Dans la
nouvelle, s’évertue-t-elle à nous démontrer, autant sur les
plans de la forme et du contenu que dans le macrotexte, le
fragment « fait éclater une structure qui,
traditionnellement, représente le « Un » par
excellence » (p. 64) L’auteure convie André Carpentier qui
précise :
[…]
dans la famille étymologique du mot fragment, on trouve :
fracture, fracas, fragile, fraction, infraction, réfractaire,
naufrage, etc. (p. 50)
C'est
le propre de l'essai de mettre les points sur les « i »,
mais je me suis souvent surpris à songer que l'auteure aurait
parfois bénéficié de mettre en pratique sa louange du
fragment... On a l’impression que toute assertion y est répétée
dix fois, et les rappels ne sont pas tous heureux. Combien de
fois doit-on lire que la période étudiée a constitué un âge
d’or de la nouvelle et à quoi bon entendre soudain (p. 26)
que Gilles Pellerin se porte en faux par rapport à cette
assertion? Si je suis là à vous parler d'un essai et de deux récits,
c’est parce que
je n'ai pas de recueils de nouvelles à me mettre sous la dent.
Les faits sont incontournables et les nuances parfois inutiles,
même dans un essai.
L'auteure
semble parfois vouloir nous convaincre du bien-fondé du recours
au fragment, responsable d'un souffle nouveau dans l'univers de
la nouvelle; ce faisant, elle enfonce des portes souvent
ouvertes avec une naïveté quelquefois étonnante : «Le
fait que la nouvelle soit à l'image d'un monde qui bouge et qui
change à toute vitesse ne signifie pas que celle-ci puisse être
écrite à toute vitesse, de même qu'elle ne peut pas être lue
à toute vitesse» (p. 66) Comme disait Annie Hall : «Ah
ben dis donc!»
Ce
livre constitue tout de même un bon état de la situation, car
Mme Minelle semble avoir tout lu, tout vu, tout
compris. Mais elle manque de structure et on préférerait un
condensé dans une éventuelle livraison du Sélection du
Reader's digest...
Sébastien
Lavoie
 
Cristina Minelle, La nouvelle québécoise (1980-1995) Portions d'univers, fragments de récits,
Québec, L'instant même, 2010, 240 pages, 29,95 $
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