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Deux
meurtres et un faux coupable
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Julie Mazzieri est née au Québec en 1975. Elle a étudié et enseigné
à l’université McGill et elle vit actuellement en Corse. Son
premier roman, publié en France, est une réussite.
Le
roman commence par le meurtre de l’idiot du village: «En
plein jour. Ils l’ont jeté dans un puits de l’autre côté
du village. Ils l’ont pris par les jambes et l’ont fait
basculer comme une poche de blé. Le maire et son adjoint.» (p.
9) Mais même si, quelque temps après, un fermier trouve un
autre cadavre dans un fossé, celui d’une femme, il ne
s’agit ni d’un thriller ni d’un roman policier. Personne
au village ne saura ce qu’il est advenu de l’idiot et
personne ne découvrira ni l’identité de la femme ni les
circonstances de sa mort. Les meurtres sont plutôt ici des prétextes
pour dépeindre les mœurs des habitants du village et surtout
pour illustrer le fonctionnement de la machine à rumeurs. Car
ce qui est au centre du roman, ce n’est pas la recherche
d’un coupable, mais la manière dont la rumeur populaire peut
en désigner un.
La
force pernicieuse de la rumeur
Quelques
semaines avant les meurtres, un fermier a engagé un ouvrier
agricole, Paul Barabé, venu à la campagne dans le but de «se
refaire». C’est lui que la rumeur ne tardera pas à désigner
comme le coupable. Même si le maire, pour se disculper, essaie
d’abord de faire porter le blâme du meurtre de la femme par
l’idiot, en laissant entendre que la «disparition» de ce
dernier est louche, c’est de Paul Barabé dont tous se méfient.
Il est étranger au village et il a eu un bec-de-lièvre qui a
été corrigé, mais qui lui a tout de même «laissé une
gueule un peu de travers - une gueule - «pas claire» à
cause du perpétuel sourire narquois qu’il arbor[e] malgré
lui» (p. 23). Le discours sur la tombe de l’idiot est
un roman sur l’intolérance, sur la bêtise et sur la désignation
arbitraire d’un bouc émissaire. C’est aussi un roman sur la
culpabilité. Alors que le maire n’exprime aucun remords, son
adjoint, par contre, est rapidement submergé par la culpabilité
et une anxiété morbide qui lui feront peu à peu perdre la tête.
Une
atmosphère étrange
Julie
Mazzieri a réussi à créer une atmosphère inquiétante à
partir de personnages de la vie de tous les jours. Le lecteur se
retrouve dans la même position qu’une citadine nouvellement
installée au village qui, très vite, s’y sent mal à
l’aise, mais ne sait pas dire pourquoi. Les villageois mènent
une vie ordinaire et ne sont pas méchants, mais ils sont
ignorants, fermés et obtus. On les devine capables du meilleur
comme du pire. Ils peuvent à la fois organiser un enterrement
à l’inconnue trouvée morte dans le fossé et incendier la
grange du père Fouquet pour inciter Paul Barabé à partir.
Julie
Mazzieri travaille avec le non-dit, le ressenti, le sous-jacent
et elle parvient à se tenir en équilibre sur la ligne souvent
floue qui sépare les apparences de la réalité. Ses phrases
sont courtes et vont à l’essentiel, ainsi qu’en témoigne
l’incipit cité plus haut. C’est vraiment très bon. On en
redemande.
Josée Bonneville
 

Julie Mazzieri, Le discours sur la tombe de
l’idiot, Paris, José Corti, 2008, 256 p., 29,95$
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