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Balistique
de l’hyperlien rappelle à la fois Oulipo, par son ludisme
exacerbé, et le Nouveau Roman, par la précision des
descriptions et l’importance de l’objet.
Un roman à la structure complexe
Le premier roman de Pierre Marmiesse publié au Québec (l’auteur, né
à Paris, vit au Québec depuis 2004) est un roman
rigoureusement construit où les destins de plusieurs
personnages s’entrecroisent sur plusieurs continents et
pendant plusieurs décennies. Ces personnages sont des monomanes
qui se consacrent à d’étonnantes et improbables entreprises
dans lesquelles ils déploient une grande créativité: l’un
dirige un oligopole, Libravin, qui associe les livres et les
vins («Le pavillon d’or de Mishima associé à un vin
d’Entraygues», par exemple, p. 265); un autre raconte, sur un
blogue, son soi-disant tour du monde en vélo, puis en bateau,
alors qu’il pédale et rame au CEPSUM (la fiction et la réalité
s'imbriquent ici de manière magistrale); une artiste invente
une nouvelle science et fonde une entreprise, Burobana unlimited,
qui conseille les gens après avoir fait l’analyse de leur
bureau (le président américain, le dalaï lama, le pape, entre
autres, sont ses clients); un musicien compose une symphonie, la
51, à partir de ce qu’il note et enregistre lors de ses
trajets quotidiens dans l’autobus 51 (ses notes à ce sujet
ressemblent à des équations mathématiques); etc. Le caractère
obsessionnel de tous ces personnages, comme de bien d’autres,
culmine chez un homme congédié à la suite de la buranalyse de
Burobana; il se donne le défi d’occuper successivement, et
dans l’ordre, les 89 sièges de la chapelle du Bon-Pasteur où
il compte assister à autant de concerts (le jour où la
symphonie 51 y est jouée et qu’une partie de la salle a été
transformée en autobus, il perd connaissance!).
Un roman ludique
Ce roman ludique, n’en doutons pas, relève du délire. Son humour, qui
passe par des jeux de mots (Fous semblants) et par des métaphores
(la langue des ados est «un chant choral complexe d’onomatopées,
rires et jurons, scandé de O. K.», p. 151) et des comparaisons
loufoques («Son ego enfle comme un foie d’oie gavée de
confiance en soi», p. 318-319), se fait parfois ironique (le
fondateur de Libravin est promu Immortel alors qu’il lit peu
et n’a écrit que sa thèse, Maigret l’alcoolique) et
se teinte parfois de noir (l’exemplaire 911 d’un sac à main
à tirage limité a fourni la date des célèbres attentats aux
membres américains d’Al-Qaïda). Il s’alimente, de plus, à
de nombreuses références historiques et culturelles qui vont
du simple clin d’œil à la mention explicite (un assassin,
qui fonde une troupe de théâtre en prison, ne consent à
monter Huis clos qu’une fois libéré!).
Bref, on ne s’ennuie pas à la lecture de ce roman brillant dont le délire
est rigoureusement orchestré. N’y cherchez pas d’émotion,
cependant. Il faut le lire comme on jouerait à un jeu complexe.
Le ludisme est à la fois sa force et sa pierre d’achoppement.
Josée
Bonneville
   
Pierre Marmiesse, Balistique de l’hyperlien,
Montréal, Leméac, 2007, 336 p., 28,95$.
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