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L’arrière-petite-fille
n’est qu’un pâle reflet de son aïeule.
Une comparaison inévitable
Il faut de l’audace pour évoquer Emma Bovary, l’une des plus célèbres
héroïnes de la littérature française, car la comparaison
avec le roman de Flaubert devient dès lors inévitable.
Qu’ont donc en commun Emma et Béatrice, l’héroïne de Marcoux? Les
deux sont mariées, insatisfaites et commettent l’adultère.
Mais alors qu’Emma s’ennuyait auprès d’un mari niais,
dans un village
peuplé de gens insipides, Béatrice vit à Montréal et
travaille dans une institution de crédit; elle est davantage
menacée de surmenage que d’ennui. Son mari est cadre supérieur,
ce qui leur assure un confort matériel douillettement
bourgeois. Béatrice aime son mari qui le lui rend bien. Le hic,
c’est qu’il est si occupé qu’il oublie de lui faire
l’amour. Quand il part travailler en Afrique pour quelques
mois, elle en profite pour prendre un amant. Au contraire d’Emma,
elle ne court donc aucun risque. D’ailleurs, personne ne lui
reproche son adultère si ce n’est une certaine Quartz Rose,
qui est un personnage caricatural. En fait, Béatrice manque
cruellement d’épaisseur en comparaison d’Emma qui, on le
sait, est un personnage riche et complexe qui a même donné son
nom à un comportement, le bovarysme, consistant à nier la réalité
pour se complaire dans le rêve. Béatrice rêve, mais reste
pragmatique, et sa vie ne basculera pas dans la tragédie.
Une vision manichéenne
Le roman prône l’affranchissement d’une morale trop frileuse par
rapport à la sexualité, mais il le fait en insistant
lourdement sur une autre morale maintes fois répétée: pour se
sentir vivant, il faut faire l’amour. Conséquence: sa vision
est manichéenne. Les «bons» sont ceux qui aiment faire
l’amour et les «méchants», les autres, c’est-à-dire les
femmes qui n’aiment pas le sexe et les hommes trop lâches
pour séduire les femmes et les baiser. Les «bons», ce sont Béatrice
et Charles (qui n’est pas le mari, comme chez Flaubert, mais
l’amant de l’héroïne), Emmanuel, le père de Charles, et
sa femme, Éva, ainsi que Louise, l’amie de Béatrice qui
envie sa liaison. Les «méchants», eux, appartiennent à l’Association
d’aide pour les hommes amoureux anonymes, un regroupement
d’hommes divorcés qui aiment les femmes, mais ne savent
comment s’y prendre avec elles, et à un groupe de
croissance personnelle, Féminine singulière, composé
de femmes qui «ont peur des hommes» (p. 233) et cherchent à
se purifier des «souillures mâles» (p. 224) en s’adonnant
à des pratiques ésotériques. Bref, les personnages sont jugés
en fonction de leur comportement sexuel, ce qui est bien
mince!
Le tout est émaillé de nombreuses références littéraires justifiées
par le fait que Charles détient une maîtrise en littérature.
Comme si le romancier avait cherché à donner de la profondeur
à son roman en faisant appel à ceux des autres. Dommage! parce
que Bernard Marcoux sait écrire. Les scènes érotiques sont
narrées de manière sensuelle et le roman renferme de belles
pages sur les saisons et sur l’hiver québécois.
Josée
Bonneville
  
Bernard Marcoux, L’arrière-petite-fille
de Madame Bovary, Hurtubise HMH, coll. «amÉrica»,
2006, 336 pages, 27,95$.
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