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Un
interrogatoire sans questions et un thriller sans suspense
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Un
jardinier expose à un enquêteur les faits qui lui permettront
d’élucider le mystère de la disparition de 27 personnes dans
un village. Élucider? Pas sûr!
Pendant
ses études universitaires en biologie et en botanique, le
narrateur reçoit la visite de M. Chaos, un immunologiste qui
lui offre de réaménager d’immenses jardins situés sur une
propriété qu’il vient d’acquérir et qui a été laissée
à l’abandon. Le nouveau jardinier emploie son premier été
à défricher le terrain couvert d’arbres, et son premier
hiver, à faire des plans pour le jardin et à cultiver, dans
une serre, les arbustes et les fleurs qu’il veut y
transplanter au printemps. Mais, le moment venu, M. Chaos lui
propose un tout autre travail. Une de ses amies, Mme Lacroix,
qui souffre d’une tumeur et vient d’apprendre qu’il lui
reste moins d’un an à vivre, lui a demandé de l’aider à réaliser
un désir auquel s’opposent les règlements municipaux: être
enterrée non pas au cimetière, mais au pied d’une statue à
l’effigie de son mari, sur la place du village. La réalisation
de ce désir se bute à divers obstacles, et M. Chaos sollicite
l’aide de son jardinier, qui accepte. C’est le point de départ
d’une série de disparitions de cadavres et de manipulations génétiques
sur des bactéries responsables de l’odeur des corps en décomposition.
La précision des détails techniques donnés alors par le
narrateur contribue à la vraisemblance du récit, mais leur
abondance devient lassante, à la longue, et ce, même si le
narrateur, vers la fin de son récit, la justifie.
Une
mécanique (trop) bien huilée
En
fait, le récit est mené d’une manière extrêmement
rigoureuse et se présente comme une mécanique bien huilée.
Mais ce qui pourrait être une qualité est ici un défaut: le récit
manque d’âme et apparaît désincarné. Le fait que le
village ne soit ni nommé (sauf de manière métaphorique) ni
situé accentue cette impression. Mais c’est la langue du
narrateur qui pose surtout
problème. Celui-ci emploie une langue très écrite,
sans trace d’oralité (il est pourtant en train de parler à
quelqu’un), une langue neutre, sans couleur et sans saveur.
Par ailleurs, la manière dont le roman est structuré empêche tout
suspense. Dès la deuxième page, le jardinier dit à l’enquêteur:
«Vous n’aurez pas l’occasion de poser des questions, qui
seraient d’ailleurs inutiles, car, une fois toute l’histoire
déballée, vous connaîtrez toutes les réponses que je peux
apporter aux questions que vous avez en tête et même à celles
que vous ne savez pas encore devoir poser» (p. 12-13). Le
lecteur, ainsi placé dans la position d’apprendre
l’existence d’un mystère en même temps que la solution lui
en est révélée, est privé du plaisir de vivre un suspense.
Ce n’est que vers la fin du roman, à la lumière d’un
retournement de situation, qu’un autre mystère apparaît là
où il ne l’attendait pas. La vérité, si limpide jusque-là,
se brouille, et les certitudes sont ébranlées. Ce jeu sur la vérité
et le mensonge arrive cependant bien tard. Le suspense, en fin
de compte, commence là où le roman s’achève.
Josée
Bonneville

Francis Malka, Le jardinier de monsieur Chaos, Montréal,
Hurtubise HMH, coll. «AmÉrica», 2007, 184 p. 19,95$
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