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Une
morosité qui a du charme
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Et
puis pourquoi, déjà, que l'on ne se couche pas par terre et
que l'on ne se laisse pas mourir d'inanition?
Christophe explique ce qui tenaille tous les
protagonistes de ces histoires en parlant de la pyramide de
Maslow : « Tu manges à ta faim. Tu as un toit sous
lequel dormir. Ta vie n'est pas directement menacée. Tes
besoins primaires sont comblés. » (p. 32) Éric, de son côté,
n'en a «rien à foutre des pyramides» (p. 32); il n'est pas
heureux.
Et si la vie se résumait à savoir emballer des
cadeaux, à savoir «parler aux gens et faire des tartes aux
pommes » (p. 49), s'interroge pour sa part Camille.
Camille qui a pensé au moins une fois aller s'asseoir dans le
garde-robe et refermer la porte : « Dans l'obscurité, j'aurais
relevé mes genoux. J'aurais enfoui ma tête entre mes bras. »
(p. 69) « Il arrive que les choses et les êtres ne soient
pas au bon endroit. On n'y peut rien. » (p. 111) « La
morale [...], c'est ravale. Ravale, ma vieille. » (p. 148)
Du bonbon acidulé
Trente et une petites vignettes aux titres
anodins, simplement descriptifs. Vignettes finement ciselées,
à la fois lâchement et solidement imbriquées, composent un
recueil où vont et viennent un petit nombre de personnages aux
prénoms banals, qui pourraient tous s'appeler Chose. Ils
communiquent peu, sont faussement détachés de tout. Ils sont
les réels survivants d'une apocalypse qui ne s'est jamais donné
la peine de se concrétiser. Et ils ne savent pas si le chant
des baleines n'est pas, au fond, l'expression d'une profonde détresse.
Lorsqu'ils mangent en groupe et que quelqu'un
fait une blague, c’est assez important pour qu’un personnage
consigne que tout le monde rit en une phrase qui fait tout le
paragraphe1.
Et quand ils mangent ensemble, ils ne font pas
que mastiquer. Des fois, ils racontent des histoires, souvent
avec des animaux. Souvent morbides. Mais ils ne semblent pas obsédés
par l'idée de leur mort pour autant. Ils vivent de la même façon
qu'ils jouaient à Destin : « La plupart du temps, nous ne finissions pas la partie
entamée. Nous nous arrêtions avant d'atteindre les maisons de
retraite. » (p. 53) Ils ne sont pas normaux, disent-ils.
Ils n'ont pas de nom de famille, mais on se rend
bien compte que ce sont tous des Ducharme. Des adultes, oui,
mais d'abord des enfants avec des besoins d'enfants lâchés
dans un monde où, lorsqu'ils rencontrent un « étudiant »,
celui-ci se met à parler « de dépression et de rêves
accessibles » (p. 100).
La sobriété de la plume tranche ici avec la
dureté du propos. La parenté avec le célèbre monsieur au
visage éternellement juvénile s'établit via l'univers mental
dans lequel vivent les protagonistes, et non par l'écriture,
beaucoup plus sobre que celle du grand écrivain. Le mot n'est
jamais recherché. Il est toujours juste mais jamais
spectaculaire. Et la phrase est souvent simple et faite avec
doigté.
Ce livre fait partie des trop peu nombreuses petites
douceurs qui existent ici-bas. En attendant l'apocalypse…
1. p. 145
Sébastien
Lavoie
   
Fannie Loiselle, Les enfants moroses,
Montréal, 2011, Marchand de feuilles, 148 p. 19,95 $
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