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Article paru dans le numéro 140, hiver 2010, de la revue Lettres québécoises (pages 33-34).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous l'hommerie, un pénis

Cinq nouvelles souvent historiques mettent en scène des personnages au destin apparemment inéluctable, évoluant dans un monde inexorablement menaçant.

Impossible de trouver un centre géographique à ce court recueil de nouvelles qui nous transporte sur tous les continents, ou presque. Tout commence à l'époque contemporaine, à Paris, à l'arrière de la gare de Saint-Lazare, avec « Fatima », la mystérieuse fille d'un vieux couple d'Algériens, qui a un sourire de madone, un sourire triste. « Elle ne parle à personne, ne fréquente pas l'école […] À dix-neuf ans, elle aurait déjà dû être mère. » (p. 9-10) Une aura de mystère entoure la belle, les voisins tiquent et bientôt l'accusent de sorcellerie et de tous les maux qui affectent le voisinage. Une commère la fait « suivre par son fils, qui travaille comme agent de liaison entre la communauté maghrébine et la gendarmerie »... (p. 12)

En vous épargnant la chute, c'est le sexe qui ressort de cette première nouvelle. Il est omniprésent dans le recueil, toujours menaçant, et toujours menaçant parce qu'il est le fait de l'homme, qui ne fait jamais grand cas de l'autre quand il est question de ses désirs. À la notable exception de la deuxième nouvelle.

 

Écrivaine 1, Critique 0

C'est à la page 34, en lisant « Théodore », que j'ai crié à l'imposture : « Ce narrateur masculin ne pense pas comme un homme! », me suis-je exclamé.

Scandale!

Plutôt que de récriminer en lisant le punch, l'être narcissique que je suis a plutôt applaudi la finesse de l'écrivaine, tout en se félicitant de sa grande perspicacité... N'empêche, ce qui m'a titillé tout au long du recueil, c'est l'absence totale de religiosité. La nouvelle à laquelle je fais référence se veut tout de même une sorte de Brokeback Mountain mettant en scène un Breton du début du 18e siècle. S'il craint la bougrerie, sa crainte devrait au moins en partie être inspirée par Dieu, me semble-t-il.

La dernière nouvelle m'a moins charmé. Elle se passe en Louisiane bien avant et pendant l'ouragan Katrina de 2005. Une vieille femme se remémore des souvenirs de jeunesse où son père, un homme avec une âme de poète, «refusait d'accepter que les vieux créoles du coin n'étaient plus aujourd'hui que des Américains MacDonald and Coke» (p. 77). La vieille s'égare dans les bayous de sa mémoire troués par les médicaments et, à mesure qu'elle évoque ses souvenirs, la réalité la rattrape. Elle a été abandonnée par le personnel de l'hospice qui s'est enfui devant Katrina. Elle se croit seule, mais est rejointe par un Noir à la mine patibulaire qui la déleste de son argent et lui arrache ses boucles d'oreilles. Ce qui la préoccupe le plus, c'est la crainte d'être violée.

Je n'ai pas saisi ce qui liait les deux situations et le récit s'est perdu, à mes yeux, en d'inutiles circonvolutions. En définitive, j'ai compris du recueil que si l'homme et son pénis font craindre bien des choses à la femme, elle reste bien consciente que ces craintes ne sont que de pures affabulations et l'homme pardonne alors à la femme de n'être qu'une créature aux cheveux longs et aux idées courtes.

Non?

 

Sébastien Lavoie

 

Eileen Lohka, C'était écrit, Ottawa, Les éditions L'Interligne, 2009, 112 p., 14,95 $.

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