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Un
jeu où il manque un joueur: le lecteur.
La quatrième de couverture présente La seconde moitié comme un
«brouillamini entre vérité et mensonge». Or, ce «brouillamini»
n’apparaît pas dans les onze premiers chapitres du roman qui
se présente comme le récit linéaire, et truffé
d’explications, de l’histoire du couple formé de Krista et
de Ben.
Beaucoup d’explications
Les explications, par ailleurs, qui visent entre autres à faire
comprendre le personnage de Krista, sont loin d’être toujours
convaincantes, quand elles ne constituent pas des parenthèses
à l’utilité douteuse. Krista évolue par à-coups, d’une
manière qui semble souvent forcée. Ainsi, la
femme sexuellement très libre du début, qui prêche
l’infidélité à tous crins, devient une femme mariée fidèle
et frigide avant de retrouver son comportement infidèle, et ce,
sans que ces changements soient vraiment justifiés. Autre
exemple: le comportement obssessif-compulsif dont fait preuve
Krista «ne dat[e] pas d’hier» (p. 103) et pourtant il
n’apparaît que dans l’avant-dernier chapitre.
L’explication à l’effet que Krista est déstabilisée par
le départ de son mari et a «trop de temps libre» (p. 103) ne
justifie pas l’apparition soudaine de l’angoisse que ce
comportement obsessionnel cherche à contrer.
Peu de vie
Le roman est très court et raconte sept ans de la vie du couple, de la
rencontre de Ben et Krista, à l’automne 1997, jusqu’à la
fin de la rédaction de leur histoire – qui scelle leur séparation
– en septembre 2004. Il aurait sans doute eu besoin de
beaucoup plus d’espace pour rendre crédibles l’évolution
de Krista et celle de son couple avec Ben. À vrai dire, il est
même difficile de croire que Krista et Ben forment un couple
tant celui-ci manque de vie. Quand je lis que Krista se sent «accrochée
à [Ben] de façon définitive» (p. 57), qu’ils sont «malades
d’amour» (p. 60) et qu’ils «sont faits l’un pour
l’autre» (p. 68), je n’y crois pas. Quand ils emménagent
ensemble, je me demande pourquoi, et encore plus quand ils se
marient. Les explications à ce sujet ne sont guère
convaincantes, et elles ont le défaut d’être … des
explications. Je préférerais sentir vivre les personnages.
Un embrouillamini tardif
Finalement, c’est dans le douzième et dernier chapitre que
l’embrouillamini est révélé alors qu’un retournement de
situation inattendu oblige à relire le roman autrement. On se
dit alors : «Quelle belle idée!» On se dit aussi que si
elle avait été mieux exploitée, elle aurait permis un roman
autrement percutant. Car si cette révélation fait comprendre
certaines lacunes du roman, elle ne les justifie pas pour
autant. Il aurait sans doute fallu, tout au long du roman, au
moins laisser soupçonner l’existence d’un jeu sur la vérité
et le mensonge. Tout se passe comme si l’auteure avait créé
un jeu pour le lecteur, mais n’avait pensé l’inviter à y
jouer qu’une fois le jeu terminé. Quel dommage!
Josée
Bonneville

Janis Locas, La seconde moitié, Montréal,
Hurtubise HMH, 2005,128 p., 18,95$.
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