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Article paru dans le numéro 122, été 2006, de la revue Lettres québécoises (page 18).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre vérité et mensonge

Un jeu où il manque un joueur: le lecteur.

La quatrième de couverture présente La seconde moitié comme un «brouillamini entre vérité et mensonge». Or, ce «brouillamini» n’apparaît pas dans les onze premiers chapitres du roman qui se présente comme le récit linéaire, et truffé d’explications, de l’histoire du couple formé de Krista et de Ben. 

Beaucoup d’explications

Les explications, par ailleurs, qui visent entre autres à faire comprendre le personnage de Krista, sont loin d’être toujours convaincantes, quand elles ne constituent pas des parenthèses à l’utilité douteuse. Krista évolue par à-coups, d’une manière qui semble souvent forcée. Ainsi, la  femme sexuellement très libre du début, qui prêche l’infidélité à tous crins, devient une femme mariée fidèle et frigide avant de retrouver son comportement infidèle, et ce, sans que ces changements soient vraiment justifiés. Autre exemple: le comportement obssessif-compulsif dont fait preuve Krista «ne dat[e] pas d’hier» (p. 103) et pourtant il n’apparaît que dans l’avant-dernier chapitre. L’explication à l’effet que Krista est déstabilisée par le départ de son mari et a «trop de temps libre» (p. 103) ne justifie pas l’apparition soudaine de l’angoisse que ce comportement obsessionnel cherche à contrer. 

Peu de vie

Le roman est très court et raconte sept ans de la vie du couple, de la rencontre de Ben et Krista, à l’automne 1997, jusqu’à la fin de la rédaction de leur histoire – qui scelle leur séparation – en septembre 2004. Il aurait sans doute eu besoin de beaucoup plus d’espace pour rendre crédibles l’évolution de Krista et celle de son couple avec Ben. À vrai dire, il est même difficile de croire que Krista et Ben forment un couple tant celui-ci manque de vie. Quand je lis que Krista se sent «accrochée à [Ben] de façon définitive» (p. 57), qu’ils sont «malades d’amour» (p. 60) et qu’ils «sont faits l’un pour l’autre» (p. 68), je n’y crois pas. Quand ils emménagent ensemble, je me demande pourquoi, et encore plus quand ils se marient. Les explications à ce sujet ne sont guère convaincantes, et elles ont le défaut d’être … des explications. Je préférerais sentir vivre les personnages.

Un embrouillamini tardif

Finalement, c’est dans le douzième et dernier chapitre que l’embrouillamini est révélé alors qu’un retournement de situation inattendu oblige à relire le roman autrement. On se dit alors : «Quelle belle idée!» On se dit aussi que si elle avait été mieux exploitée, elle aurait permis un roman autrement percutant. Car si cette révélation fait comprendre certaines lacunes du roman, elle ne les justifie pas pour autant. Il aurait sans doute fallu, tout au long du roman, au moins laisser soupçonner l’existence d’un jeu sur la vérité et le mensonge. Tout se passe comme si l’auteure avait créé un jeu pour le lecteur, mais n’avait pensé l’inviter à y jouer qu’une fois le jeu terminé. Quel dommage!

 

Josée Bonneville

Janis Locas, La seconde moitié, Montréal, Hurtubise HMH, 2005,128 p., 18,95$.

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