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Sauver
sa peau ou servir le bien commun?
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Francois
Lepage expose cette alternative dans un récit rondement mené.
Un
dilemme
Le
dilemme du prisonnier se pose lorsque quelqu’un doit choisir
entre un comportement individualiste et un comportement coopératif.
Imaginons deux suspects confrontés aux options suivantes:
s’ils se dénoncent mutuellement, chacun écopera de cinq ans
de prison; si un seul dénonce l’autre, le dénonciateur sera
libre et le dénoncé passera dix ans en prison; si aucun ne dénonce
l’autre, chacun sera incarcéré un an.
Francois
Lepage illustre brillamment ce dilemme qui se pose dans
d’innombrables situations. Sa force est de ne pas le faire
d’une manière didactique, mais dans un récit fort bien mené
où des allusions à la physique théorique en côtoient
d’autres à Homer Simpson et à Snoopy.
Quatre
personnages
Le
récit est porté par quatre personnages très éloignés les
uns des autres, autant géographiquement que culturellement, ce
qui permet à François Lepage de ratisser large. L’un
d’eux, Martin Benoît, est un professeur du réputé Glendon
College de Pennsylvanie dont la vie bascule après la
publication, en juin 2001, d’un article dont les commentateurs
ne retiennent que la phrase suivante: «L’islam est une société
certainement plus solide que la société américaine» (p.
110). Après le 11 septembre, son texte prend évidemment une
dimension politique et alimente la paranoïa ambiante. Aggravé
par un voyage en Iran, il lui vaut, en octobre 2001, une plainte
en vertu du Patriot Act. Les autres protagonistes sont Laetitia,
une militante environnementaliste qui gère un projet
humanitaire en Afghanistan,
Pierre Maurice, une «petite crapule» (p. 59) qui a fondé
une ONG qui lui sert de couverture pour faire du trafic de
drogue, d’armes et même d’enfants, et enfin Ahmed Morghad,
un mollah afghan prêt à tout pour servir Allah.
Beaucoup
de sarcasme
Le
dilemme du prisonnier est un roman de moraliste dans le sens
le plus noble du terme. Dans la lignée de La Rochefoucauld et
de Montesquieu. Un roman qui affirme l’impérieuse nécessité
de la coopération entre les êtres humains et qui dénonce, à
l’aide du sarcasme, plusieurs formes d’égoïsme. Un
sarcasme qui fait souvent sourire et parfois rire jaune. Si le
système judiciaire, les religions et l’aide humanitaire,
entre autres, sont proprement égratignés, c’est le milieu
universitaire qui semble la cible privilégiée de François
Lepage, lui-même un universitaire. Il aborde
avec cynisme la question des rapports de séduction entre
les professeurs et les étudiants et étudiantes (il faut se prémunir
contre les tentatives de suicide des premiers et les crises
d’hystérie des secondes) et ne ménage ni les administrateurs
soucieux de l’image de l’institution, ni les nouveaux étudiants
dont l’intégration confine «à la guerre civile» (p. 74),
ni les parents qui
achètent les diplômes de leurs enfants, ni les professeurs qui
considèrent les gestionnaires comme des semeurs d’«embûches
sur la route qui les mène à la gloire intellectuelle» (p.
78). Ses phrases semblent taillées au scalpel. Ça grince et
c’est terriblement efficace!
Josée
Bonneville
 

François Lepage, Le dilemme du prisonnier,
Montréal, Boréal, 2008, 160 p., 18,75$.
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