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Si
la «vraie» vie était comme ça…!
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Gaétan
Leboeuf a écrit un roman fort sympathique, un roman plus beau
que la vie.
Ce
qui nous est donné à lire, avec Bébé et bien d’autres
qui s’évadent, c’est le récit qu’Alice fait des
trois années qu’elle vient de vivre Aux racines de la santé,
le restaurant végétarien où elle travaille. Elle nous parle
de sa vie quotidienne de serveuse, avec des clients parfois
exigeants, parfois bizarres, mais surtout des autres employés
et de leur passé, souvent lourd: Mohi, l’ingénieur obligé
de s’exiler en catastrophe du Bangladesh; Alvaro, l’ancien
caporal d’une milice privée qui a fini par le terroriser, en
Équateur; Parmal, le Tamoul professeur de géographie devenu
aide-cuisinier à Montréal; Emma, l’ancienne junkie qui a
passé trois ans dans un centre d’accueil et qui aime bien
ponctuer la conversation de proverbes; Hok, le plus jeune de la
bande, un boute-en-train qui adore écrire des contes et ne
s’est pas remis de la mort de son jumeau, etc. Alice elle-même
a connu une année difficile avant d’entrer au restaurant:
elle a perdu sa mère et sa belle-mère dans un accident de la
route et s’est séparée de son mari René peu de temps après.
Heureusement qu’il y a Bébé (avec un grand B), le fœtus
qu’Alice porte, sa consolation et sa joie. Foetus
exceptionnel, Bébé ne vient pas au monde au bout de neuf mois.
«Avide de connaissances» (p. 194), il apprend tout de même à
lire (il raffole des livres d’histoire) et à écrire (il
communique avec les autres en écrivant sur la face interne du
ventre de sa mère).
Une
complicité chaleureuse
Le
charme, le grand charme du roman, tient à la chaleureuse amitié
et à la complicité qui unissent les personnages. Les deux
seuls personnages antipathiques du roman, Eugène, l’austère
gérant dit le caporal, et Solange, la cuisinière qui met
volontairement des couteaux tranchants dans le bac à vaisselle
de Hok, finissent par en être évincés. On se réjouit, le
temps des 250 pages, de vivre dans un monde où l’entraide et
la solidarité sont à l’honneur. Même le patron est
sympathique, lui qui se montre digne du surnom que lui ont donné
ses employés: Dieu. Tel un dieu compatissant et sage, en effet,
cet ancien travailleur social veille sur eux.
La
faiblesse du roman, c’est … la même chose. Tout cela est
tellement sympathique qu’une fois le livre refermé, on ne
peut s’empêcher de se dire que c’est trop beau pour être
vraisemblable. Que c’est, malheureusement, juste un
roman. Gaétan Leboeuf est un écrivain qui maîtrise
parfaitement son art. Les multiples personnages et actions du récit
s’insèrent dans un univers très cohérent, et sa plume est
très habile. Qui plus
est, il aborde plusieurs aspects de la vie contemporaine qui
suscitent l’intérêt: l’obsession de la bouffe santé
(certains passages à ce sujet sont très drôles),
l’immigration, la privatisation de l’eau, etc. Je ne me suis
pas ennuyée une seconde en lisant son roman, mais je me demande
si les deux romans jeunesse qu’il a écrits n’ont pas déteint
sur son premier roman adulte. Quelque chose dans le ton me le
donne à penser.
Ne
vous privez surtout pas, néanmoins, du plaisir de lire un roman
qui vous réconciliera avec la vie. Garanti!
Josée
Bonneville
 
Gaétan Leboeuf, Bébé et bien d’autres qui s’évadent, Montréal,
Triptyque, 2007, 276 p. 23$.
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