|
Le
roman d’une imposture littéraire
|
Gloriole
à vendre est un roman bien intentionné, mais il ne tient
pas ses promesses.
De
bons ingrédients
Gloriole
à vendre raconte une bonne histoire. Un jeune homme,
Bastien Comtois, sauve in extremis de l’incendie de la maison
familiale le manuscrit d’un roman écrit par son père décédé
plusieurs années plus tôt. Il juge ce roman exceptionnel et décide
de le faire publier sous son nom à lui. Il sait pourtant
qu’il n’a aucun talent littéraire; au collège, il faisait
rédiger ses dissertations par d’autres. Mais il aimerait bien
se racheter aux yeux de sa mère, déçue qu’il n’ait pas
fait d’études universitaires comme sa sœur et qu’il soit
devenu agent d’immeubles. Le roman, croit-il, lui procurera la
gloire. La discrétion de son père quant à ses velléités
littéraires sert son projet. Seule sa grand-mère paternelle
connaît l’existence du roman, mais elle est atteinte de la
maladie d’Alzheimer. Les protagonistes de cette histoire sont
attachants, en particulier Bastien, touchant dans sa quête
identitaire, mais plus encore Léon, un météorologue à la
retraite, à la fois mélancolique et sage, qui a perdu sa femme
et ses trois enfants dans un accident d’avion.
Le
roman, de plus, aborde des thèmes intéressants: la difficulté
pour un fils de dépasser son père, l’usurpation d’identité,
le besoin de reconnaissance sociale. Les ingrédients sont donc
de bonne qualité mais, malheureusement, la pâte ne lève pas.
Un
résultat mitigé
Ce
qui nous est donné à lire, c’est le journal que Bastien écrit
après l’incendie de la maison. Il y relate les péripéties
de son imposture littéraire et y parle de sa famille et de ses
amis. Or, alors que le journal intime met habituellement les émotions
en évidence, je n’y ai pas senti un être humain vibrer. Pas
même lorsque Bastien développe, après la parution du roman,
une phobie sociale qui l’angoisse au point de le paralyser
lors des entrevues qu’il doit accorder. Tout cela sonne faux,
en partie parce que tout, dans la vie du narrateur, semble
calculé… pour faire un roman. Ainsi, certaines coïncidences
servent tellement bien le récit qu’elles en deviennent
invraisemblables: sa mère ignore que son mari a passé des années
à écrire un roman, l’infirmière de sa grand-mère connaît
–quel hasard!– Léon, et sa mère connaît –quel hasard
aussi!– une recherchiste à l’émission de radio que son
fils a ratée en proie à une crise d’angoisse. Même la présence
de Léon dans son nouveau voisinage – placé là expressément
pour jouer auprès de lui le rôle de père substitut– est
cousue de fil blanc. Certains commentaires superficiels
affadissent également la sauce, notamment ceux qui portent sur
la vie qui passe, sur la valeur sentimentale relative que les
gens accordent aux objets, sur l’association entre
l’accouchement d’une œuvre et celle d’un bébé.
Décidément,
il ne suffit pas de bonnes intentions pour faire de bons romans.
Josée
Bonneville

Rachel Laverdure, Gloriole à vendre,
prix révisé, Montréal, Sémaphore, 2008,181 p. 18,95$.
|