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Article paru dans le numéro 122, hiver 2006, de la revue Lettres québécoises (page 20).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le roman d’une imposture littéraire

Gloriole à vendre est un roman bien intentionné, mais il ne tient pas ses promesses.

De bons ingrédients

Gloriole à vendre raconte une bonne histoire. Un jeune homme, Bastien Comtois, sauve in extremis de l’incendie de la maison familiale le manuscrit d’un roman écrit par son père décédé plusieurs années plus tôt. Il juge ce roman exceptionnel et décide de le faire publier sous son nom à lui. Il sait pourtant qu’il n’a aucun talent littéraire; au collège, il faisait rédiger ses dissertations par d’autres. Mais il aimerait bien se racheter aux yeux de sa mère, déçue qu’il n’ait pas fait d’études universitaires comme sa sœur et qu’il soit devenu agent d’immeubles. Le roman, croit-il, lui procurera la gloire. La discrétion de son père quant à ses velléités littéraires sert son projet. Seule sa grand-mère paternelle connaît l’existence du roman, mais elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Les protagonistes de cette histoire sont attachants, en particulier Bastien, touchant dans sa quête identitaire, mais plus encore Léon, un météorologue à la retraite, à la fois mélancolique et sage, qui a perdu sa femme et ses trois enfants dans un accident d’avion.

Le roman, de plus, aborde des thèmes intéressants: la difficulté pour un fils de dépasser son père, l’usurpation d’identité, le besoin de reconnaissance sociale. Les ingrédients sont donc de bonne qualité mais, malheureusement, la pâte ne lève pas.

 

Un résultat mitigé

Ce qui nous est donné à lire, c’est le journal que Bastien écrit après l’incendie de la maison. Il y relate les péripéties de son imposture littéraire et y parle de sa famille et de ses amis. Or, alors que le journal intime met habituellement les émotions en évidence, je n’y ai pas senti un être humain vibrer. Pas même lorsque Bastien développe, après la parution du roman, une phobie sociale qui l’angoisse au point de le paralyser lors des entrevues qu’il doit accorder. Tout cela sonne faux, en partie parce que tout, dans la vie du narrateur, semble calculé… pour faire un roman. Ainsi, certaines coïncidences servent tellement bien le récit qu’elles en deviennent invraisemblables: sa mère ignore que son mari a passé des années à écrire un roman, l’infirmière de sa grand-mère connaît –quel hasard!– Léon, et sa mère connaît –quel hasard aussi!– une recherchiste à l’émission de radio que son fils a ratée en proie à une crise d’angoisse. Même la présence de Léon dans son nouveau voisinage – placé là expressément pour jouer auprès de lui le rôle de père substitut– est cousue de fil blanc. Certains commentaires superficiels affadissent également la sauce, notamment ceux qui portent sur la vie qui passe, sur la valeur sentimentale relative que les gens accordent aux objets, sur l’association entre l’accouchement d’une œuvre et celle d’un bébé.

 

Décidément, il ne suffit pas de bonnes intentions pour faire de bons romans.

 

Josée Bonneville

Rachel Laverdure, Gloriole à vendre, prix révisé, Montréal, Sémaphore, 2008,181 p. 18,95$.

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