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« T'es
trop vieux pour les jeunes. T'es trop jeune pour les vieux. »
chantait jadis Plume Latraverse. Trop vieux pour les jeunes? Pas
toujours! Trop jeune pour Hors du bleu? C'est peut-être bien ça...
Il
est toujours extrêmement agaçant de lire un livre et de sentir
que le moteur de l'auteur nous échappe. L'an dernier, j'ai tenté
d'exprimer à Naïm Kattan la frustration que j'avais ressentie
à la lecture d’un passage de L'amour reconnu dans
lequel ses deux protagonistes riaient de l'amour d'un couple de
jeunes qui s'embrassaient sous leurs yeux à bouche que
veux-tu... Le narrateur disait qu'à leur âge, ces jeunes ne
pouvaient pas comprendre le vrai sens de l'amour, qu'il leur
fallait atteindre un certain âge... sans jamais qu’il ne
donne sa vraie définition de l'amour.
Ici,
le choc n'est pas si frontal, mais je sais bien que je n'ai
souvent pas pu me pénétrer totalement des sentiments véhiculés
par les personnages de cette trentaine de nouvelles, personnages
souvent jeunes quinquagénaires et presque toujours en train de
faire des bilans. Je n'ai donc pas tout à fait saisi l'âme de
ce recueil en quatre parties. Il ne me reste qu'à en livrer
une analyse clinique, façon autopsie.
Bilan
Notre
sujet est petit et parfois mince. Il est composé de trente et
une nouvelles réparties en quatre sections. L'action est
principalement située au sud des États-Unis
et au Québec, mais on y rêve aussi de l'Afrique. Il est à
noter que la deuxième partie, qui compte deux courtes
nouvelles, est écrite en anglais. L'écriture est sobre,
directe, nécessairement économe vu la brièveté des
histoires, et repose presque toujours sur la chute qui est
rarement ouverte (ce qui ne me déplaît pas tant que je peux
m'imaginer, en cours de lecture, que le punch puisse être d'un
autre ordre...) De facture réaliste, les récits ne s'attardent
sur des détails que lorsqu'il s'agit de singulariser les
histoires ou le décor. Elles peuvent parfois virer à
l'onirisme... sans que l'auteur en prévienne le lecteur. Une ou
deux formules clichés du genre : « Elles sentaient
la sueur et le parfum bon marché. » (p. 49) sont à noter
ainsi que deux phrases amputées, dont l’une me fait dire que
l'éditeur n’a pas su mener à bien son ultime relecture (« Daniel
une pause. », p. 39; page 119 pour l'autre amputation.)
Sinon, on note généralement au dossier de l'auteur un énorme
talent pour planter un décor, pour caractériser ses
personnages rapidement sans jamais sombrer dans les archétypes
et arrivant parfois même à les déjouer. On lui accorde aussi
des points pour les chutes de ses histoires.
Permettez
un hourra! pour la nouvelle intitulée «Introduction» (p.
119-120) où l'auteur ridiculise en peu de mots un type bien
particulier de roman. « [...] j'ai décidé d'aller dans
une direction nouvelle : un roman de l'ennui. Vous me direz
que cela risque de ressembler à du nouveau roman. Mais non. »
(p. 130)
Quant
à m'arrimer aux états d'âme des personnages, comme je l'ai
dit en ouverture, ce n'est pas ma
tasse de thé.
Sébastien
Lavoie
 
Luc LaRochelle, Hors du bleu, Triptyque,
Montréal, 152 pages, 19,00 $
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