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Article paru dans le numéro 138, été 2010, de la revue Lettres québécoises (pages 34-35).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mosaïque byzantine

« T'es trop vieux pour les jeunes. T'es trop jeune pour les vieux. » chantait jadis Plume Latraverse. Trop vieux pour les jeunes? Pas toujours! Trop jeune pour Hors du bleu? C'est peut-être bien ça...

 

Il est toujours extrêmement agaçant de lire un livre et de sentir que le moteur de l'auteur nous échappe. L'an dernier, j'ai tenté d'exprimer à Naïm Kattan la frustration que j'avais ressentie à la lecture d’un passage de L'amour reconnu dans lequel ses deux protagonistes riaient de l'amour d'un couple de jeunes qui s'embrassaient sous leurs yeux à bouche que veux-tu... Le narrateur disait qu'à leur âge, ces jeunes ne pouvaient pas comprendre le vrai sens de l'amour, qu'il leur fallait atteindre un certain âge... sans jamais qu’il ne donne sa vraie définition de l'amour.

Ici, le choc n'est pas si frontal, mais je sais bien que je n'ai souvent pas pu me pénétrer totalement des sentiments véhiculés par les personnages de cette trentaine de nouvelles, personnages souvent jeunes quinquagénaires et presque toujours en train de faire des bilans. Je n'ai donc pas tout à fait saisi l'âme de ce recueil en quatre parties. Il ne me reste qu'à en livrer une analyse clinique, façon autopsie.

Bilan

Notre sujet est petit et parfois mince. Il est composé de trente et une nouvelles réparties en quatre sections. L'action est principalement située au sud des États-Unis et au Québec, mais on y rêve aussi de l'Afrique. Il est à noter que la deuxième partie, qui compte deux courtes nouvelles, est écrite en anglais. L'écriture est sobre, directe, nécessairement économe vu la brièveté des histoires, et repose presque toujours sur la chute qui est rarement ouverte (ce qui ne me déplaît pas tant que je peux m'imaginer, en cours de lecture, que le punch puisse être d'un autre ordre...) De facture réaliste, les récits ne s'attardent sur des détails que lorsqu'il s'agit de singulariser les histoires ou le décor. Elles peuvent parfois virer à l'onirisme... sans que l'auteur en prévienne le lecteur. Une ou deux formules clichés du genre : « Elles sentaient la sueur et le parfum bon marché. » (p. 49) sont à noter ainsi que deux phrases amputées, dont l’une me fait dire que l'éditeur n’a pas su mener à bien son ultime relecture (« Daniel une pause. », p. 39; page 119 pour l'autre amputation.) Sinon, on note généralement au dossier de l'auteur un énorme talent pour planter un décor, pour caractériser ses personnages rapidement sans jamais sombrer dans les archétypes et arrivant parfois même à les déjouer. On lui accorde aussi des points pour les chutes de ses histoires.

Permettez un hourra! pour la nouvelle intitulée «Introduction» (p. 119-120) où l'auteur ridiculise en peu de mots un type bien particulier de roman. « [...] j'ai décidé d'aller dans une direction nouvelle : un roman de l'ennui. Vous me direz que cela risque de ressembler à du nouveau roman. Mais non. » (p. 130)

Quant à m'arrimer aux états d'âme des personnages, comme je l'ai dit en ouverture, ce n'est pas ma  tasse de thé.

 

 

 

Sébastien Lavoie

Luc LaRochelle, Hors du bleu, Triptyque, Montréal, 152 pages, 19,00 $

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